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simone-over-blog Vivre la foi chrétienne au quotidien ici et ailleurs: réflexions , réactions et méditations en chemin.

Jésus et la vérité coûte que coûte

Simone
quand le soleil se lève c'est comme la vérité qui vient éclairer le monde

quand le soleil se lève c'est comme la vérité qui vient éclairer le monde

13 décembre 2021,Virginie


 

Je continue à lire une flopée d’articles sur la question du procès de Jésus...et je prends conscience de plus en plus des enjeux énormes qu’il y a derrière …


 

Le procès de Jésus et les enjeux des exégètes contemporains…


 

Après la Shoah, les églises chrétiennes ont eu mauvaise conscience ( il était temps ! ) et ont dû examiner leurs théologies et leurs actions pour savoir quel rôle elles avaient joué dans cette systématisation de l’anti-sémitisme qui avait conduit à ce génocide d’une ampleur jamais atteinte auparavant…( même si le nazisme était anti-religieux)


 

Il a bien fallu reconnaître que quand on accuse un peuple d’être « déicide » ou « meurtrier de Dieu » ( peu importe le terme exact) on le condamne à l’avance à la destruction et l’on justifie tous les coups portés contre lui . On pourrait s’étonner même qu’il a fallu autant de temps pour qu’un projet de l’ampleur de la solution finale se présente étant donné l’histoire de l’anti-sémitisme en Europe et ses flambées périodiquement meurtrières.


 

( même si je savais que l’anti-sémitisme était une réalité dans l’église catholique dans laquelle j’ai été élevée, je n’ai découvert que récemment à quel point des figures admirées et ayant autorité comme un Bossuet par exemple avaient fait écho et popularisé cette accusation de peuple déicide…. )


 

Les crimes basés sur des convictions religieuses, on le voit aujourd’hui avec l’islamisme radical (le procès de la tuerie du 13 novembre au Bataclan, en montre l’évidence) sont les plus dangereux et les plus graves car ils permettent aux acteurs de justifier « moralement » leurs actions… Pour commettre un crime de ce genre, on n’a pas besoin d’avoir une mentalité de délinquant ni de tueur en série.. Ils permettent de prononcer cette phrase qui revient périodiquement dans l’histoire de la condamnation d’êtres humains et que l’on entend encore aujourd’hui « ils méritent la mort »


 

Tout ça pour dire que…. Il est difficile de ne pas lire et analyser le texte qui suit d’une manière qui ne soit pas anachronique et que la question de savoir qui est responsable légalement ou moralement parlant de la mort de Jésus n’est pas sans conséquences, C’est pour ça qu’après avoir culpabilisé « les juifs » à mort ( c’est le cas de le dire) on cherche maintenant à les dédouaner quitte à ne pas respecter le texte. Je n’aborde donc pas ce passage en me posant la question, si légitime soit-elle, de qui est « responsable »car elle ne permet pas d’aborder le texte sereinement et constitue une entrave à la lecture. ( aussi je ne suis pas habilitée à le faire, beaucoup d'autres l'ont traitée)


 


 


 

Marc 14 : 53-65


 

Ils emmenèrent Jésus chez le grand prêtre. Ils se rassemblèrent tous, les grands prêtres, les anciens et les scribes.

Pierre avait suivi Jésus à distance, jusqu’à l’intérieur du palais du grand prêtre, et là, assis avec les gardes, il se chauffait près du feu.

Les grands prêtres et tout le Conseil suprême cherchaient un témoignage contre Jésus pour le faire mettre à mort, et ils n’en trouvaient pas.

De ce fait, beaucoup portaient de faux témoignages contre Jésus, et ces témoignages ne concordaient pas.

Quelques-uns se levèrent pour porter contre lui ce faux témoignage :

« Nous l’avons entendu dire : “Je détruirai ce sanctuaire fait de main d’homme, et en trois jours j’en rebâtirai un autre qui ne sera pas fait de main d’homme.” »

Et même sur ce point, leurs témoignages n’étaient pas concordants.

Alors s’étant levé, le grand prêtre, devant tous, interrogea Jésus : « Tu ne réponds rien ? Que dis-tu des témoignages qu’ils portent contre toi ? »

Mais lui gardait le silence et ne répondait rien. Le grand prêtre l’interrogea de nouveau : « Es-tu le Christ, le Fils du Dieu béni ? »

Jésus lui dit : « Je le suis. Et vous verrez le Fils de l’homme siéger à la droite du Tout-Puissant, et venir parmi les nuées du ciel. »

Alors, le grand prêtre déchire ses vêtements et dit : « Pourquoi nous faut-il encore des témoins ?

Vous avez entendu le blasphème. Qu’en pensez-vous ? » Tous prononcèrent qu’il méritait la mort.

Quelques-uns se mirent à cracher sur lui, couvrirent son visage d’un voile, et le giflèrent, en disant : « Fais le prophète ! » Et les gardes lui donnèrent des coups.


 


 

A la recherche d’une légitimité


 


 

Ils emmenèrent Jésus chez le grand prêtre. Ils se rassemblèrent tous, les grands prêtres, les anciens et les scribes.

Pierre avait suivi Jésus à distance, jusqu’à l’intérieur du palais du grand prêtre, et là, assis avec les gardes, il se chauffait près du feu.


 

On continue à avoir l’impression que cette arrestation n’est pas régulière...le texte de Marc, ne parle pas de tribunal au début mais du simple fait que Jésus se retrouve « chez le grand prêtre ». Si l’on suit ce qui a été dit auparavant, son arrestation cette nuit là particulièrement semble venir du fait que Judas savait où Jésus se trouvait et donc avait prévenu les grands prêtres leur disant qu’ils leur seraient facile de pouvait venir le « cueillir » à ce moment là car il était dans un endroit isolé et à une heure tardive évitant que son arrestation cause des troubles populaires...Ils savaient bien qu’ils ne pouvaient pas saisir Jésus quand il prêchait dans le temple… D’ailleurs Jésus leur en a fait la remarque…


 


 

Les grands prêtres et tout le Conseil suprême cherchaient un témoignage contre Jésus pour le faire mettre à mort, et ils n’en trouvaient pas.


 

Cependant, le texte parle maintenant de la présence du « conseil suprême », à savoir un groupe de personnes qui avait un pouvoir légitime dans la hiérarchie juive. Il semble donc que l’opportunité se présentant de saisir Jésus et de l’interroger, ils arrivent à réunir à la hâte un nombre suffisant de personnes pour former un conseil et vont chercher des témoins…. et les grand prêtres qui connaissent la loi juive savent que quelqu’un ne peut être condamné sans qu’il y ait des témoins crédibles,


 

( ayant assisté à de nombreuses réunions de conseils d’administration d’église, je vois très bien comment on peut réunir dans l’urgence un groupe de personnes pour leur faire voter une mesure impopulaire ou pour se débarrasser d’un membre gênant, quelquefois même d’un pasteur… il y a toujours dans ces cas là, un semblant de légitimité où l’on s’assure qu’il y a un nombre minimum présent pour qu’il y ait quorum et que l’on dise plus tard que tout a été fait dans les règles. ).


 


 

Les grands sont toujours entourés de toute une cour de personnes qui leur sont acquises à la recherche de faveurs….mais malgré tout, ils n’arrivent pas à trouver de témoins crédibles, surtout que Jésus lui reste silencieux...une autre forme de résistance face à l’injustice sachant qu’il était déjà jugé de toutes façons… et son attitude ne peut me faire que penser à cette loi qui existe dans nos démocraties « à rester silencieux » sachant à quel point on peut facilement condamner un inculpé en le faisant parler….Ce droit en tant que tel n’existait pas...mais le silence de Jésus montre de sa part une conscience aiguë des pièges dans lesquels le conseil voulait le faire tomber…


 

Quand Jésus brise le silence


 

Ne pouvant pas trouver de témoins crédibles, un des grands prêtres prend en main la situation, il pose une question directe à Jésus et cette fois-ci … on a envie de dire que Jésus joue les provocateurs par la manière dont il leur répond :


 

« Es-tu le Christ, le Fils du Dieu béni ? »

Jésus lui dit : « Je le suis. Et vous verrez le Fils de l’homme siéger à la droite du Tout-Puissant, et venir parmi les nuées du ciel. »


 

On a vraiment l’impression qu’il les défie…. et qu’il en rajoute ! Non seulement, il leur dit qu’il est le fils du Dieu béni, ce qui en soi ne serait pas vraiment un blasphème (simplement qu’il devrait le leur prouver) mais quand il parle de « siéger à la droite du Tout Puissant et venir parmi les nuées du ciel » , là il va trop loin...car effectivement il se met au même niveau que Dieu…


 

Pourtant on sait que Jésus n’est pas un inconscient, il sait ce qu’il fait quand il affirme cela, il connaît ses interlocuteurs et n’ignore pas la loi juive et peut imaginer que cette déclaration rendra furieux le grand prêtre, qu’il n’essaie pas d’amadouer ni de ménager. On l’a vu plus d’une fois confronter les scribes ou les pharisiens et ne pas mâcher ses mots pour les critiquer. Le fait d’être arrêté et dans une situation vulnérable ne semble pas le préoccuper. Tout au contraire ! il sert au grand prêtre sur un plat ce qu’il voulait, ( ce à quoi ce dernier ne s’attendait certainement pas) en lui mettant entre les mains une raison de vouloir le faire mourir, « la raison par excellence », le blasphème, la caution religieuse soit morale dont il avait besoin ! C’est une chance que ce-dernier ne manquera pas de saisir. On donnera pour rappel les paroles du début de ce chapitre :


 

La fête de la Pâque et des pains sans levain allait avoir lieu deux jours après. Les grands prêtres et les scribes cherchaient comment arrêter Jésus par ruse, pour le faire mourir.


 


 

Ils ont maintenant la justification dont ils ont besoin pour le condamner et alors que leurs témoins fantoches et menteurs étaient incapables de le faire, c’est Jésus lui-même qui la leur donne ( s’il avait eu un avocat, il lui aurait sommé de se taire, et l'aurait pris pour un illuminé!) . Le condamner n’est plus illégitime alors que son arrestation l’était, , ce n’est plus une faute ni un crime, ni un abus de pouvoir, c’est un impératif religieux… La manœuvre est classique, on le sait car à travers les siècles tous les tribunaux ecclésiastiques des Inquisitions ici et ailleurs, en ont usé et abusé ….


 

Alors, le grand prêtre déchire ses vêtements et dit : « Pourquoi nous faut-il encore des témoins ?

Vous avez entendu le blasphème. Qu’en pensez-vous ? » Tous prononcèrent qu’il méritait la mort.


 

La réaction théâtrale du grand prêtre ne se fait pas attendre... et cette fois-ci, c’est lui qui en rajoute, tellement il est content d’avoir enfin obtenu ce qu’il cherchait. Finalement cette arrestation, cette nuit là était une bonne idée, maintenant ils pourront passer à la deuxième étape de leur plan : faire condamner Jésus par un tribunal romain qui seul peut exécuter une sentence de mort, mais pour eux des hommes roués à la politique et au compromis, ce ne sera qu’un jeu d’enfants… ils savent de quoi ils peuvent l’accuser et quels leviers utiliser pour obtenir cette condamnation. Les accords entre hommes politiques et hommes religieux où chacun y trouve son compte pour maintenir son pouvoir, continuent à être une réalité dans les pays où la religion est une force avec laquelle les gouvernements doivent composer.


 

Vous avez entendu le blasphème. Qu’en pensez-vous ?


 

Je note quand même une grande subtilité de la part du grand prêtre qui montre son intelligence et sa sournoiserie  : ce n’est pas lui qui dit que Jésus mérite la mort, il fait semblant de leur demander leur avis. « Qu’en pensez-vous ? » dit-il : il le fait dire par les autres. Bien entendu, c’est lui qui prononce le mot blasphème mais ce sont eux qui veulent sa condamnation à mort ! Lui ne la demande pas ! Il peut s’en laver les mains …. en fait le Pilate c’est lui ! Il laisse les autres prendre la responsabilité de la condamnation de Jésus. C’est étonnant dans sa subtilité !


 

( Ici encore je pourrai citer un et mille exemples dans les différents conseils d’administrations d’églises, où on utilise ce genre de manœuvre quand on cherche à éliminer quelqu’un)


 

Quelques-uns se mirent à cracher sur lui, couvrirent son visage d’un voile, et le giflèrent, en disant : « Fais le prophète ! » Et les gardes lui donnèrent des coups.


 

Ce qui suit, est aussi malheureusement dans le triste cours des choses dans ce genre de situation … Jésus est condamné impuissant, on a le droit maintenant de lui taper dessus et de l’humilier. On a l’assentiment du pouvoir, on peut s’en donner à cœur joie… .et je me demande si ceux qui lui ont craché dessus, ne seraient pas ceux qui ayant été envoyés pour le piéger et se sont sentis humiliés publiquement quand il a su leur répondre avec pertinence et qu’on nous dit « que la foule l’écoutait avec plaisir » . Maintenant, ils peuvent prendre leur revanche….


 

(Tout le chapitre 12 est un compte rendu de ses discussions entre Jésus, les scribes et les pharisiens où il les dénonce...il faudrait le citer tout entier, je citerai seulement ce passage : Dans son enseignement, il disait : « Méfiez-vous des scribes, qui tiennent à se promener en vêtements d’apparat et qui aiment les salutations sur les places publiques, les sièges d’honneur dans les synagogues, et les places d’honneur dans les dîners. Ils dévorent les biens des veuves et, pour l’apparence, ils font de longues prières : ils seront d’autant plus sévèrement jugés. »)


 

Que les gardes se mettent à lui donner des coups, rien d’anormal non plus, on sait que dans tous les commissariats du monde entier, les personnes arrêtées se font tabasser pour qu’ils apprennent à ne plus recommencer…. assure-t-on ( même si l’on sait que la loi l’interdit dans beaucoup de pays….)


 


 

* * *


 

La vérité à tout prix !


 

Le récit de cette arrestation…. et les actions des personnages qui y font figure me semblent tout à fait cohérents avec les autres aspects du récit. On est préparé par les confrontations de Jésus avec les scribes, les pharisiens et l’entourage du grand prêtre à Jérusalem à ce qu’ils arrivent à l’arrêter et quand il tombe entre leurs mains, le désir qu’ils peuvent avoir de se venger d’un homme comme lui, qui attire les foules et les humilie en public…. (en plus de risquer d incommoder le pouvoir romain) n’a rien d’étonnant.


 

Ce à quoi ils ne s’attendaient pas certainement c’est que Jésus arrêté et impuissant, continue à les défier, d’abord par son silence et ensuite en faisant cette réponse claire et incroyable sur qui il est vraiment:  inconscience du vantard sans doute ont-ils pu penser, tombant dans le piège qu’ils lui avait tendu, de prononcer un blasphème?


 

Sauf que….


 

Jésus disait la vérité,


 

et cela non plus, surtout cela, ils ne pouvaient pas l’imaginer possible….


 

(Et peut-être que nous non plus….)


 


 

P. S. La dignité de Jésus me touche profondément et sa force d’âme et d’esprit devant ses grands qui se croient tout puissants me réjouit…. c’est la figure de celui qui ne plie pas le genou, qui ne baisse pas la tête, qui n’accepte pas de compromis même s’il sait ce qui lui en coûtera. Pour moi qui m’insurge presque quotidiennement contre l’abus du pouvoir des autorités, Jésus me conforte dans mes indignations et mes rebellions. Son attitude justifie à l’avance tous ces « justes » lanceurs d’alerte et autres qui ont défié les autorités et en ont payé de leur vie. Il est la tête de file de tous ceux-là mais lui qui est resté debout rachète aussi tous ceux que j’ai rencontré qui n’ont pas tenu le coup et se sont soumis…


 

Comme Pierre, le poltron qui va le renier par trois fois….

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