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simone-over-blog Vivre la foi chrétienne au quotidien ici et ailleurs: réflexions , réactions et méditations en chemin.

À suivre...

Simone
Manuscrit d'un évangile

Manuscrit d'un évangile

21 avril, 2022, Auvergne, jeudi après Pâques, fin de l’évangile de Marc


 

Marc 16 : 9-20


 

Le temps liturgique a rattrapé mon temps de lecture de l’évangile de Marc : le tombeau vide et l’annonce de la résurrection. Les exégètes s’accordent semble-t-il, (une fois n’est pas coutume) sur le fait que les versets de 9 à 20 auraient été ajoutés plus tard et ne feraient pas partie du texte écrit par Marc. La question reste de savoir pourquoi Marc aurait terminé son récit par la réaction des femmes et la mention qu’elles n’auraient rien raconté à personne et non pas par une apparition de Jésus. Toutes les hypothèses possibles ont été imaginées entre autres qu’il avait l’intention de la terminer mais n’en a vraiment pas eu le temps. Bien sûr on ne le saura jamais. Voilà donc ce texte :


 

Jésus, étant ressuscité le matin du premier jour de la semaine, apparut d'abord à Marie de Magdala, de laquelle il avait chassé sept démons.

Elle alla en porter la nouvelle à ceux qui avaient été avec lui, et qui s'affligeaient et pleuraient.

Quand ils entendirent qu'il vivait, et qu'elle l'avait vu, ils ne le crurent point.

Après cela, il apparut, sous une autre forme, à deux d'entre eux qui étaient en chemin pour aller à la campagne.

Ils revinrent l'annoncer aux autres, qui ne les crurent pas non plus.

Enfin, il apparut aux onze, pendant qu'ils étaient à table; et il leur reprocha leur incrédulité et la dureté de leur coeur, parce qu'ils n'avaient pas cru ceux qui l'avaient vu ressuscité.

Puis il leur dit: Allez par tout le monde, et prêchez la bonne nouvelle à toute la création.

Celui qui croira et qui sera baptisé sera sauvé, mais celui qui ne croira pas sera condamné.

Voici les miracles qui accompagneront ceux qui auront cru: en mon nom, ils chasseront les démons; ils parleront de nouvelles langues;

ils saisiront des serpents; s'ils boivent quelque breuvage mortel, il ne leur feront point de mal; ils imposeront les mains aux malades, et les malades, seront guéris.

Le Seigneur, après leur avoir parlé, fut enlevé au ciel, et il s'assit à la droite de Dieu.

Et ils s'en allèrent prêcher partout. Le Seigneur travaillait avec eux, et confirmait la parole par les miracles qui l'accompagnaient.


 


 

C’est vraiment d’un épilogue ce dont il s’agit  qui commence par un résumé  de tout ce que l’on a appris sur ce qui s’est passé après la résurrection, des différentes apparitions de Jésus à commencer par celle à Marie Madeleine qui souligne l’incrédulité des disciples  ... pour enchaîner sur les dernières directives de Jésus avant de disparaître une bonne fois pour toute, et terminer finalement par les débuts de la prédication des disciples.  Une tentative en un paragraphe d'apporter une conclusion au texte de Marc.


 

C’est comme s’ il y avait une pause dans le temps entre l'écriture de « Elles sortirent et s’enfuirent du tombeau, parce qu’elles étaient toutes tremblantes et hors d’elles-mêmes. Elles ne dirent rien à personne, car elles avaient peur » et ce qui suit «  Jésus, étant ressuscité le matin du premier jour de la semaine, apparut d'abord à Marie de Magdala, de laquelle il avait chassé sept démons » 

 
 

On passe maintenant à une autre étape. Marc a raconté la vie de Jésus en détail jusqu’à sa mort et nous a donné la première réaction à l’annonce de sa résurrection : il a rempli son cahier de charges, son travail est fini, c’est une autre histoire qui commence. Est-ce pour cela que Marc aurait fait une pause en prenant le temps de réfléchir pour savoir comment il allait terminer son évangile sans pouvoir le faire? Ou est-ce que les récits des apparitions étant multiples et bien connus, il ne voyait pas le besoin de s’y attarder ?


 

On retrouve quand même deux éléments qui assurent une continuité avec le texte précédent : les femmes qui ont reçu la primauté de la résurrection ( donnant l’identité de Marie Madeleine) et l’incrédulité des disciples hommes..


 

 

 Enfin, il apparut aux onze, pendant qu'ils étaient à table; et il leur reprocha leur incrédulité et la dureté de leur coeur, parce qu'ils n'avaient pas cru ceux qui l'avaient vu ressuscité.


 

Les reproches de Jésus envers les disciples, sont en cohérence avec le Jésus que Marc a présenté tout au long de son évangile un Jésus qui n’avait pas peur de leur montrer leurs manquements et leur incapacité à le comprendre. On retrouve bien l’homme exigeant d’avant la résurrection et si l’on considère que le témoignage de Pierre d’une manière ou d’une autre est à l’origine de cet évangile, on peut être étonné qu’il n’y ait rien de dit sur les rencontres entre Jésus et Pierre, en particulier quand celui-ci lui demande par trois fois s’il l’aime…


 

Pudeur de Pierre ou rappel de sa honte, respect de l’évangéliste qui prend ses distances avec tout ce qui est un peu trop intime sur les personnes dont il parle ? On ne le saura jamais non plus. En tout cas, maintenant le message qui est donné est celui d’un autre moment de l’histoire qui commence quand l’église se met en marche et Jésus, celui en chair et en os que Marc nous a fait connaître passe à l’arrière plan… Implicitement la dernière phrase de cet évangile, nous dit de ne pas regarder en arrière et regretter ce Jésus mort mais qui maintenant est ressuscité. Il nous dit de nous mettre en marche. Il me rappelle ces paroles dans Actes :


 

Hommes Galiléens, pourquoi vous arrêtez-vous à regarder au ciel? Ce Jésus, qui a été enlevé au ciel du milieu de vous, viendra de la même manière que vous l'avez vu allant au ciel.

 

 

* * *

 

Du début jusqu’à la fin, dans cette lecture de Marc, j’ai rencontré un Jésus en chair et en os, au caractère bien trempé, au pas résolu, ne refusant pas la confrontation, loin, très loin des images pieuses, un Jésus brut, qui n’avait pas encore acquis de dimension mythologique, qui n’avait pas encore été examiné à la loupe pour se mouler ou se conformer à des présupposés théologiques, philosophiques ou idéologiques qui ont transformé son image et qui maintenant après plus de deux millénaires de christianisme lui collent à la peau et faussent notre regard.

 

Même si le récit de Marc garde ses distances avec lui et peut-être à cause de cela, il m’a fait valoir que Jésus avait bien existé, qu’il n’était pas une invention de disciples en quête de reconnaissance ou encore moins arborant un désir inavoué de conquête mais de quelqu’un de bien réel. Il m’a permis de rencontrer, même si la formule semble excessive ou inappropriée (dans le contexte des débats des exégètes) un Jésus véritablement historique.

 

Et ce Jésus historique force l’admiration par ses qualité humaines, sa critique virulente des autorités religieuses et de leur hypocrisie, son intransigeance dans les principes qu’il énonce, son autorité sans excuse, sa capacité à ne pas juger selon les apparences qui le conduit à donner en exemple autant un centurion romain qu’une femme dépensière, et qui nous surprend pour sa compassion et son étonnant intérêt pour les petits enfants...

 

Mais à la fin de ce récit, ce Jésus qui ne sort pas vraiment du cadre de son époque, ressuscite... et tout à coup, tout bascule : ce qui au cours de ce récit en faisait un être au-dessus du commun, que l’on admirait pour ses pouvoirs de guérisseurs et d’exorciste, éventuellement capable de calmer une tempête et même de nourrir une foule affamée, prend une toute autre dimension. D’autres moments dans le récit sur lesquels, l’auteur ne s’appesantit pas, comme celui de son baptême où une voix venant du ciel le désigne comme le fils bien aimé, ou encore quand il est transfiguré en haut de la montagne, ont besoin qu’on s’y attarde et nous font réfléchir. Comme les disciples, on est étonné de découvrir que la prédiction de son arrestation et de son exécution viennent à se réaliser et encore plus de sa résurrection. D’une certaine manière, on croyait le connaître, on croyait pouvoir le cerner mais il nous échappait.

 

 

Maintenant, il nous faudra tout relire...

 

 

En fait, je me rends compte que c’est ce qui s’est passé dans l’histoire du christianisme : le Jésus ressuscité a totalement éclipsé le Jésus vivant et prêchant de la Palestine du premier siècle… et ce Jésus là qui passe à travers les murs, qui apparaît et disparaît, décrit comme un espèce de fantôme mort-vivant, est tellement fascinant qu’on en oublie celui terre à terre qui tient la dragée haute à ses adversaires mais finit par se faire flageller et se faire exécuter.

 

 

C’est vrai que la résurrection ça change tout… mais comment tenir en même temps les deux bouts : si on lâche l’un, l’autre bat de l’aile...

 

 

À la fin de cette lecture, je ne peux qu’exprimer ma gratitude pour l’auteur, l’évangéliste Marc, à propos duquel on continue à s’interroger mais qui n’a pas essayé de falsifier ce Jésus dont on lui a parlé, dont on lui a raconté les faits et gestes ( et qu’il a peut-être aperçu lui-même ? ), et qui a fait de son mieux pour rapporter fidèlement ce qu’il avait entendu dire sur lui , qu’il ait ou non compris l’importance et la valeur de tout ce qui lui avait été transmis. Je le remercie pour son travail assidu, pour sa volonté de s’effacer devant son sujet pour mieux nous le montrer, pour avoir répondu si humblement à la tâche qui lui avait été demandée, à l’appel qui lui était parvenu de la part de Dieu dans des circonstances qui ont pu être quelquefois difficiles, sans se douter que 2000 ans après on continuerait à examiner chaque mot, chaque lettre de ce qu’il avait écrit pour mieux comprendre ce Jésus Christ, fils de Dieu qui quoique bien réel, semble toujours aussi insaisissable

Que faire d'autre sinon de reprendre ma route avec lui,

 

À suivre

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