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simone-over-blog Vivre la foi chrétienne au quotidien ici et ailleurs: réflexions , réactions et méditations en chemin.

Éloge de la peur et de l'étonnement

Simone
à l'aube....

à l'aube....

du 18 mars au 6 avril 2022, des USA à l’Auvergne ... presque 3 semaines pour réfléchir sur ce texte: tout un parcours au milieu des valises faites et défaites, des aéroports et des gares, des gens qu'on croise et qu'on quitte ...  et toujours la guerre en Ukraine en toile de fond... ce texte que je reprends à l'ouvrage comme un tricot délaissé au fond d'un sac et qu'il me faut finir...


 

Marc 16 : 1-8


 

Je suis presque rattrapée par le temps liturgique : on est encore dans le carême mais on s’achemine à grand pas vers la semaine sainte… ce texte n’est pas la résurrection dans sa plénitude…mais il l’annonce.


 

Le sabbat terminé, Marie Madeleine, Marie, mère de Jacques, et Salomé achetèrent des parfums pour aller embaumer le corps de Jésus.

De grand matin, le premier jour de la semaine, elles se rendent au tombeau dès le lever du soleil.

Elles se disaient entre elles : « Qui nous roulera la pierre pour dégager l’entrée du tombeau ? »

Levant les yeux, elles s’aperçoivent qu’on a roulé la pierre, qui était pourtant très grande.

En entrant dans le tombeau, elles virent, assis à droite, un jeune homme vêtu de blanc. Elles furent saisies de frayeur.

Mais il leur dit : « Ne soyez pas effrayées ! Vous cherchez Jésus de Nazareth, le Crucifié ? Il est ressuscité : il n’est pas ici. Voici l’endroit où on l’avait déposé.

Et maintenant, allez dire à ses disciples et à Pierre : “Il vous précède en Galilée. Là vous le verrez, comme il vous l’a dit.” »

Elles sortirent et s’enfuirent du tombeau, parce qu’elles étaient toutes tremblantes et hors d’elles-mêmes. Elles ne dirent rien à personne, car elles avaient peur.


 

On n’est pas étonné d’entendre nommées, les mêmes femmes déjà présentes au moment de la crucifixion et restées suffisamment longtemps pour voir le corps de Jésus être descendu de la croix et mis dans le tombeau de Joseph d’Arimathée. On les retrouve donc, sans surprise après le sabbat se dirigeant vers le tombeau pour aller «embaumer»le corps de Jésus. Elles savaient où il avait été mis, donc rien de surprenant pour l’instant…


 

( par contre ce qui m’a surpris c’est de trouver des articles parlant de Salomé comme étant la sœur de Jésus, et de savoir que des écrits apocryphes faisaient de Joseph un veuf avant de rencontrer Marie… Les langues allaient bon train à l’époque, autant qu’aujourd’hui d’ailleurs, et les hypothèses sur la vie privée et familiale de Jésus étaient multiples et quelquefois, rocambolesques...on ne se rend pas compte aujourd’hui du travail et du discernement qui a été demandé pour s’en tenir uniquement à ces quatre évangiles canoniques quand on a l’opportunité de lire des documents du deuxième ou plutôt troisième siècle après Jésus Christ. On apprécie d’autant plus leur sobriété et c’est d’ailleurs cette sobriété insatisfaisante pour beaucoup, qui a suscité tant de textes qui ont cherché à combler les « lacunes » des textes devenus officiels pour satisfaire la curiosité des convertis…)


 

Rien de surprenant, non plus qu’elles aient eu peur quand elles ont vu un inconnu, décrit très sobrement comme vêtu de blanc… elles s’attendaient à trouver le corps de Jésus et à la place elles voient cet homme, un inconnu, un intrus certainement qu’elles supposent être responsable de sa disparition. Étant donné les circonstances de la mort de Jésus comme un paria, leur plus grande peur était justement que son corps soit volé et donc désacralisé. Or la pierre roulée signifiait bien que quelqu’un s’était introduit dans le sépulcre...l’interprétation, après coup qu’il puisse être un ange, ne leur est pas venu à l’esprit. On a vraiment l’impression d’un premier récit, de personnes qui sont sous le choc…

 

 

Beaucoup a été écrit sur les traumatismes et sur la manière dont on réagit face à une situation inattendue surtout quand il s’agit d’une mort violente, la réaction de ces femmes est tout à fait conforme à ce que l’on sait…

 

 

Elles sortirent et s’enfuirent du tombeau, parce qu’elles étaient toutes tremblantes et hors d’elles-mêmes. Elles ne dirent rien à personne, car elles avaient peur.

 

Ce qui est intéressant justement est que les paroles et l’explication, « rationnelle » ou tout au moins compréhensible pour nous qui connaissons l’histoire de la résurrection, ne les rassure pas … la résurrection n’est pas du tout pour elles une évidence, un événement normal et attendu quand elles viennent à peine de le voir battu, crucifié, humilié, agonisant ; la joie triomphante que l’on associe avec la résurrection de Jésus n’était pas une option possible … même s’il l’avait annoncé.

 

Au lieu de les rassurer, ses paroles les font entrer dans une plus grande confusion… à la frayeur s’ajoute maintenant la stupéfaction...la joie donc ne pourra venir que bien plus tard mais pas à la vue du tombeau vide, pas au moment où ces femmes déjà attristées par la mort de Jésus, croient que son corps a disparu...

 

( comme dans les scènes de film où l’on voit un mort sortir d’un cercueil et sa veuve s’évanouir…)

 

 

Elles prennent donc leurs jambes à leur cou et ne proclament rien, surtout pas aux disciples : après tout, ce sont des femmes, naturellement des hystériques et des émotives qui pourrait donc les croire ?

 

 

 

* * *

 

 

 

Dans tout ce récit de Marc sur les faits et gestes de Jésus, on voit des disciples incrédules, incapables de le comprendre, accumulant les faux pas : l’histoire semble écrite de leur point de vue, mais étonnement ce point de vue est peu flatteur et ne cherche pas à se ou à les disculper. Il semble nous donner plutôt leur réaction brute, celle du moment où l’événement se passe. Après coup, ils auront le temps de repasser les événements dans leur tête et de comprendre mieux ce qu’ils ont vécu et ce deuxième moment de réflexion apparaît d’ailleurs quelquefois dans le texte.

 

 

Dans ce passage, c’est la réaction des femmes telle quelle qui nous est présentée  : l’auteur rapporte ce dont elles se souviennent quand elles finiront par le raconter ou quand on les interrogera plus tard. On se rappelle toujours très bien ses frayeurs et ses agissements à des moments clefs de sa vie, et celui-là en était certainement un.

 

 

À vrai dire, leur réaction face à l’événement de la résurrection, montre bien qu’elles ne s’attendaient pas du tout à ce qu’il ait lieu et si on pense à comment cet événement est devenu le centre de la proclamation de la foi chrétienne, elle est la meilleure marque d’authenticité ou peut être peut-on même dire de garantie que l’on puisse en avoir … Même la fameuse histoire de Thomas qui veut toucher Jésus après sa mort (que certains considèrent comme apocryphe) ne nous donne pas la certitude que la spontanéité de cette scène du tombeau vide peut nous offrir. Tout indique la surprise totale : autant la peur, l’ébahissement que la fuite et le silence. La théorie selon laquelle, cette résurrection serait le résultat d’un désir et d’une attente forte suscitant des apparitions illusoires, ne tient pas la route ici…

 

 

Pour ma part, j’aime ces femmes : j’aime leur naturel, j’aime leur fidélité envers Jésus, j’aime leur réaction de frayeur et d’ébahissement, j’aime leur spontanéité car elles, ne jouent pas la comédie. Plus tard malheureusement, on créera cette image artificielle de la femme chrétienne vertueuse  où la spontanéité n’entrera plus en jeu et elle se sentira obligée pour s’y conformer de la jouer vraiment cette comédie, bien loin de ces femmes qui les ont précédées au tombeau et qui sont leurs aînées dans la foi.

 

 

Merci à Marc d’avoir rapporté leur témoignage et merci à l’Esprit Saint de lui avoir inspiré de le faire !

 

 

 

 

 

P.S. Cette réaction des femmes a fait couler beaucoup d’encre pour de multiples raisons. Je cite ici un article qui quoiqu’écrit en anglais avait un synopsis en français

 

O’Collins, G. (1988). The Fearful Silence of Three Women (Mark 16:8c). Gregorianum, 69(3), 489–503. http://www.jstor.org/stable/23577947

La fin de l'évangile de Marc montre trois femmes silencieuses et terrorisées, qui fuient la tombe ouverte et vide de Jésus (16:8). De J. Wellhausen (1902) à P. et L. Badhan (1982) divers auteurs ont interprété ce verset de façon historique: Marc est conscient du fait que l'histoire des femmes et du tombeau vide s'est développée ultérieurement et/ou a seulement commencé de faire partie du message pascal à un stade ultérieur. Marc explique ce fait en mettant l'accent sur le silence terrifié des femmes. Cependant, une interprétation théologique correspond de façon bien plus satisfaisante à l'intention profonde de l'évangile de Marc. En vue d'autres interprétations théologiques (dûes à W. Marxsen, N. Perrin, E. Schweizer etc.), l'opinion de R.H. Lightfoot a peut-être besoin d'être mise à jour; elle reste cependant la plus satisfaisante. La peur et la fuite silencieuse peuvent être une réaction initiale, appropriée, face au mysterium tremendum et fascinans révélé dans le message de la résurrection de Jésus (Marc 16:6).


 


 


 

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