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simone-over-blog Vivre la foi chrétienne au quotidien ici et ailleurs: réflexions , réactions et méditations en chemin.

Vous ne savez ce que vous demandez

Simone
En chemin, Los llanos, Colombie

En chemin, Los llanos, Colombie

Le 7 avril, 2021, la Virginie,

 

Marc 10: 32-41


 

La semaine liturgique de la commémoration de la mort et Résurrection de Jésus m’a conduit à sauter des chapitres, ce qui fait que ça fait un peu drôle de retourner en arrière quand on sait à l’avance la fin de l’histoire : trottent encore dans ma tête ces deux histoires de femmes, celle du parfum déversé sur la tête de Jésus avant sa mort et celle de la découverte du tombeau vide par des femmes qui allaient embaumer son corps.


 

Ils étaient en chemin pour monter à Jérusalem, et Jésus allait devant eux. Les disciples étaient troublés, et le suivaient avec crainte. Et Jésus prit de nouveau les douze auprès de lui, et commença à leur dire ce qui devait lui arriver:

Voici, nous montons à Jérusalem, et le Fils de l'homme sera livré aux principaux sacrificateurs et aux scribes. Ils le condamneront à mort, et ils le livreront aux païens,

qui se moqueront de lui, cracheront sur lui, le battront de verges, et le feront mourir; et, trois jours après, il ressuscitera.

Les fils de Zébédée, Jacques et Jean, s'approchèrent de Jésus, et lui dirent: Maître, nous voudrions que tu fisses pour nous ce que nous te demanderons.

Il leur dit: Que voulez-vous que je fasse pour vous?

Accorde-nous, lui dirent-ils, d'être assis l'un à ta droite et l'autre à ta gauche, quand tu seras dans ta gloire.

 Jésus leur répondit: Vous ne savez ce que vous demandez. Pouvez-vous boire la coupe que je dois boire, ou être baptisés du baptême dont je dois être baptisé? Nous le pouvons, dirent-ils.

Et Jésus leur répondit: Il est vrai que vous boirez la coupe que je dois boire, et que vous serez baptisés du baptême dont je dois être baptisé;

mais pour ce qui est d'être assis à ma droite ou à ma gauche, cela ne dépend pas de moi, et ne sera donné qu'à ceux à qui cela est réservé.

Les dix, ayant entendu cela, commencèrent à s'indigner contre Jacques et Jean.

Jésus les appela, et leur dit: Vous savez que ceux qu'on regarde comme les chefs des nations les tyrannisent, et que les grands les dominent.

Il n'en est pas de même au milieu de vous. Mais quiconque veut être grand parmi vous, qu'il soit votre serviteur;

et quiconque veut être le premier parmi vous, qu'il soit l'esclave de tous.

Car le Fils de l'homme est venu, non pour être servi, mais pour servir et donner sa vie comme la rançon de plusieurs.


 

* * *



 

Ils étaient en chemin pour monter à Jérusalem, et Jésus allait devant eux.


 

On n’est pas encore au récit de la « Passion » mais on en retrouve l’annonce et comme on l’a déjà noté, c’est un récit « en chemin » mais cette fois-ci vers Jérusalem où vont se dérouler les dernières étapes de sa mission et de sa vie...mais les disciples ne le savent pas encore. La présence de Jésus à la tête du groupe, montre un homme résolu qui ne ralentit pas sa marche comme s’il voulait arriver à cette étape le plus vite possible pour en finir une bonne fois pour toute sachant qu’elle va être très pénible, et que l’attendre sans rien faire, serait le pire …


 

Les disciples étaient troublés, et le suivaient avec crainte


 

L’ordre des événements raconté est difficile à suivre  : la mention du trouble des disciples donne à penser que la nouvelle annonce de la condamnation et la mort prochaine de Jésus vient avant leur réaction au lieu d’après car il n’y a pas d’explication à leur trouble autrement.

 

Et Jésus prit de nouveau les douze auprès de lui, et commença à leur dire ce qui devait lui arriver:

Voici, nous montons à Jérusalem, et le Fils de l'homme sera livré aux principaux sacrificateurs et aux scribes. Ils le condamneront à mort, et ils le livreront aux païens,

qui se moqueront de lui, cracheront sur lui, le battront de verges, et le feront mourir; et, trois jours après, il ressuscitera.


 

Également, la requête des fils de Zebédé ne cadre pas du tout juste après cette annonce inquiétante : on saute tout de suite à un autre thème qui donne l’impression que les disciples ne mesurent pas ce que Jésus vient de leur dire ou ne le croient pas vraiment, ou veulent l’oublier et passer à autre chose.

(Il est possible ou peut-être plus probable que même si ces deux passages se suivent dans le texte, il ne se sont pas suivis dans le temps).

 

Les fils de Zébédée, Jacques et Jean, s'approchèrent de Jésus, et lui dirent: Maître, nous voudrions que tu fisses pour nous ce que nous te demanderons.

Il leur dit: Que voulez-vous que je fasse pour vous?

Accorde-nous, lui dirent-ils, d'être assis l'un à ta droite et l'autre à ta gauche, quand tu seras dans ta gloire.

 

En tout cas, dans le texte, l’insouciance de la requête de Jacques et Jean qui nous est rapportée juste après renforce le contraste entre Jésus et ses disciples et le fossé qui les séparent : ils ne connectent pas...ils sont à côté de lui et pourtant ils ne le comprennent pas. Leur requête montre bien que les disciples n’ont pas abandonné l’idée du messie triomphant, accédant au pouvoir politique , montant sur un trône réel pour renverser le pouvoir romain où eux les disciples de la première heure qui ont cru en lui auront une place et un rôle de choix. Le qui-pro-quo est évident, leurs paroles se croisent mais ne se rencontrent pas : ils ne parlent pas de la même gloire ni du même règne.


 

Jésus leur répondit: Vous ne savez ce que vous demandez. Pouvez-vous boire la coupe que je dois boire, ou être baptisés du baptême dont je dois être baptisé? Nous le pouvons, dirent-ils.

 

Et Jésus leur répondit: Il est vrai que vous boirez la coupe que je dois boire, et que vous serez baptisés du baptême dont je dois être baptisé;


 

Pas d’énervement vraiment ni de reproche à proprement parler de la part de Jésus face à cette demande de privilège qui montre pourtant qu’ils sont totalement à coté de la plaque. Jésus serait-il résigné à l’idée qu’ils n’ont pas compris ou cru son annonce et qu’il n’a rien à attendre d’eux ? Il semble l’être quand il dit clairement «Vous ne savez ce que vous demandez » et il n’insiste pas quand il leur annonce qu’eux aussi ils souffriront, sachant qu’ils ne l’entendront pas.


 

Selon son habitude, Jésus passe de la réponse directe à une question qui lui est posée à un enseignement plus large sur les valeurs du Royaume et le type de communauté que ses disciples doivent établir. De nouveau il insiste sur un thème qu’il a déjà abordé et réitéré de différentes manières, utilisant des situations variées : celui de l’absence de hiérarchie ou plutôt d'une hiérarchie qui va à contre-pied de tout ce à quoi on est habitué, où le maître doit être le serviteur. Quand on parcourt les deux chapitres précédents on est frappé par le nombre de fois que Jésus est obligé de revenir à ce thème, tellement il est contraire à la mentalité de ses disciples, surtout quand ils avaient vu les foules enthousiastes le suivre et qu’ils devaient avoir rêvé comme le suggère leur requête d’avoir un jour à sa suite l’expérience de cette même célébrité et de cette même adulation qu’ils avaient observée.


 


 

Le goût et l’attrait du pouvoir,


 

La rivalité entre les disciples, on aurait tort de s’en moquer et de la montrer du doigt (expression de l’ego masculin pourrait-on dire) on la voit tout le temps sur la scène politique mais aussi religieuse. Le goût de la puissance, des honneurs même si on fait semblant de ne pas y toucher, pour ceux d’entre nous qui connaissons les coulisses de la vie des églises, on sait que c’est malheureusement une réalité trop courante.


 

On ne dira jamais comme il est profond, et comme il est présent ce goût du pouvoir chez les hommes d’église ( c’est moins visible que chez les femmes d’église car justement on ne leur a pas accordé autant de pouvoir…. mais les rivalités entre femmes n’en sont pas moins légendaires) et combien tous les enseignements de Jésus et ses mises en garde étaient nécessaires : les lettres de Paul sont remplies d’avertissements et de reproches qui attestent des problèmes de rivalité et de pouvoir dans les églises naissantes… Deux mille ans d’histoire du christianisme font écho à cette demande de Jacques et Jean et à la réaction outrée des autres disciples. Et évidemment, ici aux États Unis, le goût du Trumpisme chez les leaders évangéliques en est la manifestation la plus récente et la plus déplorable.


 

Mais il y a aussi cette question de Jésus qui m’interpelle :


 

Vous ne savez ce que vous demandez


 

C’est tellement vrai, on ne sait pas ce que l’on demande : l’envie, la jalousie, le goût du pouvoir nous fait désirer des choses qui pourraient nous nuire ou même nous détruire. On parle souvent de la rançon de la gloire : combien d’hommes célèbres ont été traînés dans la boue après avoir été au sommet de leur notoriété surtout aujourd’hui avec les réseaux sociaux qui sont devenus des tribunaux humains impitoyables…Nos désirs de réussite, de popularité ou de richesse sont des rêves qui nous feraient courir bien des dangers s’ils devenaient réalité...


 

 

Finalement, revenir en arrière, dans cet évangile de Marc, après avoir lu les événements qui se sont déroulés après, me fait réaliser à quel point le présent limite notre compréhension de ce qui est vrai et ce qui est faux, de ce qui est réel et de ce qui est illusoire. C’est en réalité le génie de cet évangile de nous permettre d’entrevoir cet avant des disciples où ils passent de l’enthousiasme et de l’émerveillement des débuts aux découvertes difficiles de la fin. Jésus devient de plus en plus déroutant au fur et à mesure qu’ils avancent avec lui surtout après qu il leur annonce une destinée qui ne conduit plus à la gloire à laquelle ils s’attendaient.


 

Cheminer dans le présent avec Jésus nous laisse toujours aussi perplexe et reste encore aujourd’hui une question de foi au milieu de l’incertitude.

 

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