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simone-over-blog Vivre la foi chrétienne au quotidien ici et ailleurs: réflexions , réactions et méditations en chemin.

Qui est le plus grand?

Simone
Qui est le plus grand?

Marc 9: 30-37

Le 13/14 janvier, 2021

 

(Il y a trop de choses qui se passent dans l’actualité que je n’en mentionnerait aucune, mais c’est chaud, très chaud)

 

Marc : 9 30-32

 

Ils partirent de là, et traversèrent la Galilée. Jésus ne voulait pas qu'on le sût.

Car il enseignait ses disciples, et il leur dit: Le Fils de l'homme sera livré entre les mains des hommes; ils le feront mourir, et, trois jours après qu'il aura été mis à mort, il ressuscitera.

Mais les disciples ne comprenaient pas cette parole, et ils craignaient de l'interroger.


 

Le sujet qui fâche…


 

On retourne au sujet qui a fâché Pierre et sur lequel Jésus revient comme pour marteler une vérité difficile à comprendre et de nouveau on a la réaction des disciples qui est tellement importante pour comprendre l’énormité de l’annonce de Jésus et à quel point elle remettait en cause la vision du monde, et particulièrement du monde religieux, du judaïsme de son époque.

 

Ce ne sont pas les traités sur la conception du Messie dans l’ancien Testament qui peuvent nous aider à comprendre ( car il y a tellement de passages que l’on pourrait citer) mais la réaction de ses contemporains, en particulier ses disciples qui nous éclaire le mieux. L’idée d’un messie qui va être livré est totalement impensable même si on peut citer les écrits d’Isaïe sur le serviteur souffrant. L’incompréhension des disciples nous fait réaliser que cette lecture, n’a été faite qu’après coup, après la passion de Jésus, mais avant qu’elle n’arrive, il n’y avait pas de raison de penser qu’elle s’appliquerait à un Jésus qui serait le Messie.


 

Ils craignaient de l’interroger…


 

(Je ne peux m’empêcher de sourire en lisant cela...et de penser, pas étonnant qu’ils craignaient de l’interroger, la manière dont il les a envoyés balader quelquefois quand ils posent des questions ou dont il s’est énervé car ils n’arrivaient pas à chasser un démon, on le serait à moins !)


 

Qui est le plus grand ?


 

Marc 9 : 33-37


 

Ils arrivèrent à Capernaüm. Lorsqu'il fut dans la maison, Jésus leur demanda: De quoi discutiez-vous en chemin?

Mais ils gardèrent le silence, car en chemin ils avaient discuté entre eux pour savoir qui était le plus grand.

Alors il s'assit, appela les douze, et leur dit: Si quelqu'un veut être le premier, il sera le dernier de tous et le serviteur de tous.

Et il prit un petit enfant, le plaça au milieu d'eux, et l'ayant pris dans ses bras, il leur dit:

Quiconque reçoit en mon nom un de ces petits enfants me reçoit moi-même; et quiconque me reçoit, reçoit non pas moi, mais celui qui m'a envoyé.


 

Déjà, est ce qui me vient à l’esprit !


 

Avant les disputes dans les églises de Corinthe dont Paul se fait l’écho dans ses épîtres pour savoir qui est le meilleur prédicateur ou le plus important, bien avant la hiérarchisation à outrance de l’église avec ses évêques, ses cardinaux et ses papes, bien avant que sur Internet apparaissent les noms de pasteurs de méga-églises avec la liste de tous les comités auxquels ils appartiennent, de tous les livres qu’ils ont écrits, de toutes les conférences auxquelles ils ont participé etc…

Avant les discussions dans mes petits cercles de connaissances d’une église ou d’une paroisse , de qui est plus spirituel que qui, et de qui est un vrai chrétien et qui ne l’est pas...

Avant celles au sein de la famille de qui des enfants ou des petits enfants a réussi le mieux et donc est le plus grand ( ou autrement dit le préféré)

Bien avant tout cela, ceux que Jésus avait choisi lui-même et parce qu’ils ne croient toujours pas qu’il va vraiment être appréhendé et mis à mort ... discutent pour savoir qui est le plus grand. Ce sont ses disciples, cette église en embryon, où tout a commencé !


 

Pourtant cette fois-ci, Jésus ne s’énerve pas, ne leur fait pas de reproche pour leur ambition mal placée, il s’assied et prend le temps de l’explication avant de se tourner vers les enfants. Et il énonce ce principe qui sera tellement cité mais tellement peu mis en pratique  qu’il deviendra presque un dicton ou une forme de proverbe :


 

Si quelqu'un veut être le premier, il sera le dernier de tous et le serviteur de tous.


 


 

Pourquoi les enfants ?


 

Contrairement à ce que l’on lit quelquefois, la valeur d’un enfant était reconnue et appréciée dans la culture juive de l’époque. L’historien Jay R Berkovitz cite le philosophe Juif Philo d’Alexandrie du 1er siècle qui s’élevait contre la pratique d’infanticide dans les milieux romains (qui consistait à abandonner un enfant non désiré à sa naissance ) et attire l’attention sur l’importance du mandat divin d’avoir des enfants que l’on trouve dans le « multipliez-vous » de la Genèse. Il faut rappeler aussi, qu’il n’y a pas de conception de péché originel dans la pensée juive et que demander à un rabbin de bénir un enfant, n’était pas une coutume inhabituelle, (http://www.faqs.org/childhood/In-Ke/Judaism.html)

 

Malgré tout cette scène de Jésus qui va chercher un enfant pour le prendre dans ses bras n’est pas si naturelle que cela, et quoique Jésus a été présenté comme quelqu’un qui est ému de compassion « prendre dans les bras un enfant » est un geste de douceur et de tendresse auquel on ne s’attend pas dans cette présentation de quelqu’un si accaparé par sa mission.

( ce n’est pas un homme politique dans une campagne électorale et il s’agit d’un homme et surtout d’un homme qui est supposé ne pas avoir lui-même d’enfants...)


 

D;ailleurs quand on lit attentivement la déclaration de Jésus, « Quiconque reçoit en mon nom un de ces petits enfants me reçoit moi-même; et quiconque me reçoit, reçoit non pas moi mais celui qui m'a envoyé » elle ne semble pas vraiment rattachée à l’idée de serviteur ( il ne dit pas qu’il faut les imiter) mais semble être plutôt une affirmation de la valeur intrinsèque des enfants, ce qui en soi est remarquable. Jésus va beaucoup plus loin que le judaïsme traditionnel dans l’affirmation de leur valeur puisqu’un acte de bonté envers un enfant équivaut à un acte de bonté non seulement envers lui mais aussi celui qui l’a envoyé. C’est fort et ça bouscule la hiérarchie sociétale de l’époque !

(C’est d’ailleurs ce qui a motivé les églises à travers les âges de s’occuper des enfants abandonnés dont malheureusement l’œuvre a été noircie a cause des scandales de la pédophilie!)


 

Comment ces deux enseignements se rejoignent-ils ? Il se rejoignent dans leur remise en cause fondamentale des valeurs du monde qui entourait les disciples et qui nous entoure encore sur qui est le plus grand : le plus grand n’est pas le serviteur, ni dans le monde politique, ni dans le monde religieux (même si certains signent leur nom comme serviteur du Christ, une formule pieuse convenue) ni dans le monde professionnel !

(Alors on ne sait plus si l’importance donnée aux enfants est une si bonne idée car on dit aujourd’hui que l’enfant est roi...mais au moins il n’est plus l’objet des châtiments corporels qui pouvaient être particulièrement cruels quelquefois)


 

* * *


 

Ce sont les disciples et leurs réactions qui retiennent mon attention dans ce passage et qui ici plus qu’ailleurs, montrent qu’elles ne sont pas un ajout secondaire dans le récit, elles sont essentielles pour comprendre ce que dit Jésus. Tout le monde parle aujourd’hui en littérature de l’importance du lecteur ou du récepteur et là on a la chance d’avoir dans le texte lui-même la réaction de l’auditeur (récepteur) à ses paroles. C’est d’autant plus important de leur prêter attention que ce sont celles de ceux qui parlaient la même langue, et avaient la même religion et la même culture et qui nécessairement pouvaient comprendre mieux que nous le sens d’un message rapporté dans un texte si ancien et si éloigné de notre réel. Et pourtant, malgré cet éloignement dans le temps et dans l’espace, on se surprend de voir comme on leur ressemble et comme on a besoin d’entendre Jésus nous dire et redire, face à notre manie incorrigible et si néfaste de nous comparer aux autres pour nous faire mousser et nous mettre en valeur :


 

Si quelqu'un veut être le premier, il sera le dernier de tous et le serviteur de tous.


 

Mais aussi que de s’occuper d’un enfant est aussi important que de s’occuper d’un grand de ce monde ! (vive les baby sitters!)


 

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