Overblog
Edit post Follow this blog Administration + Create my blog
simone-over-blog Vivre la foi chrétienne au quotidien ici et ailleurs: réflexions , réactions et méditations en chemin.

Des roseaux et des arbres...

 

Le 30 Mai 2018

 

Un mois de plus qui se termine ! Le beau mois de mai...et il continue à pleuvoir..

Reprendre un rythme après une semaine perturbée, c'est difficile : j'admire ces gens imperturbables qui continuent leur routine quotidienne bon an, mal an. Je ne parle pas de ces routines qui nous empêchent de changer mais de celles-là qui nous ancrent au milieu des tempêtes externes ou internes.

Il y a les arbres et les roseaux, Pascal lui il vantait les qualités du roseau qui se plie sous l'effet du vent mais finalement ne peut pas être déraciné comme les arbres....

L’homme n’est qu’un roseau, le plus faible de la nature; mais c’est un roseau pensant. Il ne faut pas que l’univers entier s’arme pour l’écraser : une vapeur, une goutte d’eau suffit pour le tuer. Mais quand l’univers l’écraserait, l’homme serait encore plus noble que ce qui le tue, parce qu’il sait qu’il meurt, et l’avantage que l’univers a sur lui, l’univers n’en sait rien

Ces paroles sont magnifiques, Pascal était vraiment un génie. C'était mon auteur préféré : je me demande pourquoi il a été considéré comme hérétique à son époque...

( ah je sais, en grande partie c'est parce-qu'il avait critiqué les puissants jésuites de l'époque ! Comme quoi, les puissants qu'ils soient religieux ou pas n'aiment pas qu'on leur fasse de l'ombre)

En tout cas, il a écrit des pages magnifiques sur le christianisme et il a jeté un regard sur l'univers que l'on peut qualifier de visionnaire : son texte sur l'infiniment petit et l'infiniment grand anticipe à la fois la découverte de l'atome et celle des années lumières de l'existence de nos nébuleuses célestes. En voici ici des extraits...  Non finalement je vais citer tout le texte, il est trop beau : je vais seulement mettre en caractère gras ce qui me plaît le plus !

« Que l'homme contemple donc la nature entière dans sa haute et pleine majesté, qu'il éloigne sa vue des objets bas qui l'environnent. Qu'il regarde cette éclatante lumière, mise comme une lampe éternelle pour éclairer l'univers, que la terre lui paraisse comme un point au prix du vaste tour que cet astre décrit et qu'il s'étonne de ce que ce vaste tour lui-même n'est qu'une pointe très délicate à l'égard de celui que les astres qui roulent dans le firmament embrassent. Mais si notre vue s'arrête là, que l'imagination passe outre; elle se lassera plutôt de concevoir, que la nature de fournir. Tout ce monde visible n'est qu'un trait imperceptible dans l'ample sein de la nature. Nulle idée n'en approche. Nous avons beau enfler nos conceptions au-delà des espaces imaginables, nous n'enfantons que des atomes, au prix de la réalité des choses. C'est une sphère dont le centre est partout, la circonférence nulle part. Enfin, c'est le plus grand caractère sensible de la toute puissance de Dieu, que notre imagination se perde dans cette pensée.
Que l'homme, étant revenu à soi, considère ce qu'il est au prix de ce qui est; qu'il se regarde comme égaré dans ce canton détourné de la nature; et que de ce petit cachot où il se trouve logé, j'entends l'univers, il apprenne à estimer la terre, les royaumes, les villes et soi-même son juste prix. Qu'est-ce qu'un homme dans l'infini ?

(Évidemment, ça fait écho au psalmiste : qu'est-ce que l'homme que tu en gardes souci?)

Mais pour lui présenter un autre prodige aussi étonnant, qu'il recherche dans ce qu'il connaît les choses les plus délicates. Qu'un ciron ( c'est un insecte) lui offre dans la petitesse de son corps des parties incomparablement plus petites, des jambes avec des jointures, des veines dans ces jambes, du sang dans ces veines, des humeurs dans ce sang, des gouttes dans ces humeurs, des vapeurs dans ces gouttes; que, divisant encore ces dernières choses, il épuise ses forces en ces conceptions, et que le dernier objet où il peut arriver soit maintenant celui de notre discours; il pensera peut-être que c'est là l'extrême petitesse de la nature. Je veux lui faire voir là dedans un abîme nouveau. Je lui veux peindre non seulement l'univers visible, mais l'immensité qu'on peut concevoir de la nature, dans l'enceinte de ce raccourci d'atome. Qu'il y voie une infinité d'univers, dont chacun a son firmament, ses planètes, sa terre, en la même proportion que le monde visible; dans cette terre, des animaux, et enfin des cirons, dans lesquels il retrouvera ce que les premiers ont donné; et trouvant encore dans les autres la même chose sans fin et sans repos, qu'il se perde dans ses merveilles, aussi étonnantes dans leur petitesse que les autres par leur étendue; car qui n'admirera que notre corps, qui tantôt n'était pas perceptible dans l'univers, imperceptible lui-même dans le sein du tout, soit à présent un colosse, un monde, ou plutôt un tout, à l'égard du néant où l'on ne peut arriver ?
Qui se considérera de la sorte s'effrayera de soi-même, et, se considérant soutenu dans la masse que la nature lui a donnée, entre ces deux abîmes de l'infini et du néant, il tremblera dans la vue de ces merveilles; et je crois que sa curiosité, se changeant en admiration, il sera plus disposé à les contempler en silence qu'à les rechercher avec présomption.
Car enfin qu'est-ce que l'homme dans la nature ? Un néant à l'égard de l'infini, un tout à l'égard du néant, un milieu entre rien et tout. Infiniment éloigné de comprendre les extrêmes, la fin des choses et leur principe sont pour lui invinciblement cachés dans un secret impénétrable, également incapable de voir le néant d'où il est tiré, et l'infini où il est englouti. »

Cela a été écrit au 17ème siècle et 4 siècles plus tard les découvertes scientifiques nous font dire :

L'infiniment grand et l'infiniment petit se rejoignent dans la description de l'univers global. C'est une des avancées majeures de la physique des cinquante dernières années. Il existe ainsi un dialogue permanent entre physique de l'infiniment petit et cosmologie.

https://www.futura-sciences.com/sciences/dossiers/astronomie-cosmologie-laboratoire-infiniment-petit-999/

Étonnant ce Pascal, croyant et (ou donc?) hérétique !

* * *

En fait je me rends compte que ce n'est pas Pascal qui comparait le roseau à l'arbre mais La Fontaine...je mélangeais mes classiques...Mais bon comme aujourd'hui on en est aux citations, je vais me faire plaisir et copier toute cette fable de La Fontaine...dont la morale d'ailleurs me plaît :

Le Chêne et le Roseau

Le Chêne un jour dit au roseau :
Vous avez bien sujet d'accuser la Nature ;
Un Roitelet  pour vous est un pesant fardeau.
Le moindre vent qui d'aventure
Fait rider la face de l'eau,
Vous oblige à baisser la tête :
Cependant que mon front, au Caucase pareil,
Non content d'arrêter les rayons du soleil,
Brave l'effort de la tempête.
Tout vous est aquilon ; tout me semble zéphir (3).
Encor si vous naissiez à l'abri du feuillage
Dont je couvre le voisinage,
Vous n'auriez pas tant à souffrir :
Je vous défendrais de l'orage ;
Mais vous naissez le plus souvent
Sur les humides bords des Royaumes du vent. 
La Nature envers vous me semble bien injuste.

 

Votre compassion, lui répondit l'Arbuste ,
Part d'un bon naturel ; mais quittez ce souci.
Les vents me sont moins qu'à vous redoutables.
Je plie, et ne romps pas. Vous avez jusqu'ici
Contre leurs coups épouvantables
Résisté sans courber le dos ;
Mais attendons la fin. Comme il disait ces mots,
Du bout de l'horizon accourt avec furie
Le plus terrible des enfants
Que le Nord eût porté jusque-là dans ses flancs.
L'Arbre tient bon ; le Roseau plie.Le vent redouble ses efforts,
Et fait si bien qu'il déracine

Celui de qui la tête au ciel était voisine,
Et dont les pieds touchaient à l'empire des morts.

 

Quoiqu'en dise cette fable, moi je préfèrerais être un arbre, ça me semble moins douloureux comme le reconnaît le chêne d'ailleurs, que d'être balloté par le vent... si ce n'était que balloté encore, mais c'est plutôt fouetté par le vent et ça ce n'est pas drôle du tout...

Alors je terminerai avec ce beau psaume 1 qui nous enseigne comment être un arbre :

Heureux l'homme qui ne marche pas selon le conseil des méchants, Qui ne s'arrête pas sur la voie des pécheurs, Et qui ne s'assied pas en compagnie des moqueurs, Mais qui trouve son plaisir dans la loi de l'Eternel, Et qui la médite jour et nuit ! Il est comme un arbre planté près d'un courant d'eau, Qui donne son fruit en sa saison, Et dont le feuillage ne se flétrit point: Tout ce qu'il fait lui réussit.

(Le reste, ce qui arrive aux méchants, ça ne m'intéresse pas particulièrement aujourd'hui mais comme ça fait partie du psaume : en voilà la suite : Il n'en est pas ainsi des méchants : Ils sont comme la paille que le vent dissipe. C'est pourquoi les méchants ne résistent pas au jour du jugement, Ni les pécheurs dans l'assemblée des justes; Car l'Éternel connaît la voie des justes, Et la voie des pécheurs mène à la ruine. )

Moralité : pour être un arbre, il faut trouver son plaisir dans la loi de l'Éternel, en d'autres termes, méditer sa parole...

Rien de nouveau, rien de transcendantal,

Mais il faut quand même le dire ou plutôt le faire !

To be informed of the latest articles, subscribe:

Comments