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simone-over-blog Vivre la foi chrétienne au quotidien ici et ailleurs: réflexions , réactions et méditations en chemin.

Le bouche à oreile

Simone
Le bouche à oreile

le 27/31 octobre 2022,

 

le bouche à oreille..

 

Toujours cette douceur inattendue du temps : on est presque aux portes de l’hiver et l’on vit encore un été...les tomates continuent à rougir et les roses à fleurir...même si je ne m’en plains pas...je sais que c’est inquiétant pour le reste : le manque de pluie surtout…On verra….

 

Jean 1 : 39-51

 

André, frère de Simon Pierre, était l'un des deux qui avaient entendu les paroles de Jean, et qui avaient suivi Jésus.

Ce fut lui qui rencontra le premier son frère Simon, et il lui dit: Nous avons trouvé le Messie (ce qui signifie Christ).

Et il le conduisit vers Jésus. Jésus, l'ayant regardé, dit: Tu es Simon, fils de Jonas; tu seras appelé Céphas (ce qui signifie Pierre).

Le lendemain, Jésus voulut se rendre en Galilée, et il rencontra Philippe. Il lui dit: Suis-moi.

Philippe était de Bethsaïda, de la ville d'André et de Pierre.

Philippe rencontra Nathanaël, et lui dit: Nous avons trouvé celui de qui Moïse a écrit dans la loi et dont les prophètes ont parlé, Jésus de Nazareth, fils de Joseph.

Nathanaël lui dit: Peut-il venir de Nazareth quelque chose de bon? Philippe lui répondit: Viens, et vois.

Jésus, voyant venir à lui Nathanaël, dit de lui: Voici vraiment un Israélite, dans lequel il n'y a point de fraude.

D'où me connais-tu? lui dit Nathanaël. Jésus lui répondit: Avant que Philippe t'appelât, quand tu étais sous le figuier, je t'ai vu.

Nathanaël répondit et lui dit: Rabbi, tu es le Fils de Dieu, tu es le roi d'Israël.

Jésus lui répondit: Parce que je t'ai dit que je t'ai vu sous le figuier, tu crois; tu verras de plus grandes choses que celles-ci.Et il lui dit: En vérité, en vérité, vous verrez désormais le ciel ouvert et les anges de Dieu monter et descendre sur le Fils de l'homme.


 


 

Les disciples, une bande de copains ?

 

 

 

Je me rends compte tout d’un coup que tous ces hommes dont on nous parle étaient des jeunes….des adultes certes mais qui tournaient autour de la trentaine ( ce que je ne suis plus depuis un certain temps mais celui de l’âge du pharmacien qui m’a fait mon rappel de Covid ce matin et qui m’a semblé si jeune !)

 

Comment caractériser des trentenaires dont Jésus faisait partie ?

 

Des hommes pleins de fougue et de vigueur, se scandalisant facilement en écoutant les dernières rumeurs sur les faits ou méfaits des autorités romaines mais aussi les instances juives qui traitaient avec eux, cherchant encore à changer le monde, attendant certainement de voir se réaliser les promesses messianiques qui permettraient de renverser le pouvoir romain… prêts à apporter un coup de main au besoin…

 

L’effervescence politique et religieuse ne fait plus de doute maintenant dans cette Palestine du 1er siècle et les documents de la mer morte découverts dans des caves appartenant à cette secte juive qui vivait à Qmran en est un exemple : chacun scrutait les écritures pour essayer de discerner les signes du temps présent pour savoir comment vivre… se retirer dans le désert et s’organiser en communauté, préparer une révolution violente pour renverser le pouvoir, ou plutôt vivre selon des règles strictes de pureté dans un monde païen pour garder son identité religieuse intacte comme les pharisiens ? (Être juif à cette époque en Palestine, c’est un peu comme être palestinien aujourd’hui?), et bien entendu, il y avait aussi les indifférents, ceux qui avaient la tête sur le guidon et qui cherchaient à vivre le mieux possible sans se poser trop de questions… En tout cas ce n’était pas le cas des disciples de Jean qui eux, ne devaient pas être satisfaits du statut quo et de la médiocrité pour demander un baptême de repentance, ils devaient avoir soif d’autre d’autre chose...

 

 

 

André, frère de Simon Pierre, était l'un des deux qui avaient entendu les paroles de Jean, et qui avaient suivi Jésus.

Ce fut lui qui rencontra le premier son frère Simon, et il lui dit: Nous avons trouvé le Messie (ce qui signifie Christ).


 

L’appel des disciples là est très différent de celui de l’évangile de Marc où on nous dit que c’est Jésus qui choisit ses disciples: « Comme il passait le long de la mer de Galilée, il vit Simon et André, frère de Simon, qui jetaient un filet dans la mer; car ils étaient pêcheurs. Jésus leur dit: Suivez-moi, et je vous ferai pêcheurs d'homme »

 

Rien de tout cela ici…non seulement, ce sont les disciples qui décident de suivre Jésus mais en plus ce sont eux qui vont en chercher d’autres…On a les deux mêmes personnes nommées dans Marc mais on découvre que c’est André, ancien disciple de Jean, qui a parlé de Jésus à son frère Simon.

 

En fait, cet épisode donne à penser que celui de l’appel de Jésus à André et Simon des autres évangiles aurait pu être postérieur à celui de cette rencontre racontée ici. C’est parce que Jésus savait leur intérêt qu’il les a appelés et ça résout la question de comprendre comment il se fait que Simon et André aient répondus immédiatement à son appel si c’était la première fois qu’ils le voyaient. L’épisode racontée ici rend plus plausible celle rapportée ailleurs : on n’a pas besoin de croire qu’il y avait quelque chose de magique dans le regard de Jésus pour expliquer la décision des personnes appelées à le suivre immédiatement ni non plus en la « la sainteté » innée de ces premiers disciples devenus apôtres que l’on affublera d’une belle auréole par la suite… Ils avaient eu l’occasion de se croiser avant.

 

l'un des deux

 

Cette expression semble-t-il a attiré la curiosité de beaucoup d’exégètes qui se sont demandés pour quoi l’autre n’était pas nommé et donc qui il était. La tradition pensait qu’il s’agissait de l’auteur de l’évangile, qui serait « le disciple bien-aimé » nommé autre part dans l’évangile, mais il y en a beaucoup aujourd’hui qui remettent en cause cette interprétation...( je le signale mais franchement, moi ça ne m’intéresse pas particulièrement)

 

J’ai rencontré le Messie, le Christ.

 

Quelle affirmation ! On ne peut probablement pas comprendre tout ce que cela pouvait signifier de bonheur, d’enthousiasme, pour un juif de cette époque d’avoir rencontré « le Messie » ( le Christ est le mot grec). Ça renforce l’idée qu ‘il y avait une vraie attente dans les hommes de cette génération de voir ce moment enfin arriver.

 

Et il le conduisit vers Jésus. Jésus, l'ayant regardé, dit: Tu es Simon, fils de Jonas; tu seras appelé Céphas (ce qui signifie Pierre).


 

Jésus reprend la main en donnant là Simon le nom de Céphas qui montre bien que l’on passe des disciples de Jean à ceux de celui qui est au maintenant au centre de cet évangile. Il n’y a pas d’explication ici de pourquoi Simon a été appelé Pierre, il semble donc que les lecteurs/auditeurs du texte, ne reconnaissait pas le nom Simon et que l’auteur voulait expliquer qu’il s’agissait de Pierre qu’eux connaissaient ( bon c’est une explication mais évidemment on ne sait pas si c’est vraiment le cas !.


 

 Le lendemain, Jésus voulut se rendre en Galilée, et il rencontra Philippe. Il lui dit: Suis-moi.

Philippe était de Bethsaïda, de la ville d'André et de Pierre.


 

Le cercle s’élargit et c’est maintenant de Philippe qu’il s’agit et on retrouve l’appel plus classique du Jésus qui prend l’initiative de l’appel à le suivre mais l’auteur note bien qu’il est de la même ville qu’André et Pierre et donc qu’ils ont pu très bien lui parler d’avoir rencontré Jésus, avant cette rencontre.


 

 Philippe rencontra Nathanaël, et lui dit: Nous avons trouvé celui de qui Moïse a écrit dans la loi et dont les prophètes ont parlé, Jésus de Nazareth, fils de Joseph. Nathanaël lui dit: Peut-il venir de Nazareth quelque chose de bon? Philippe lui répondit: Viens, et vois.

 

De nouveau on retrouve la même situation que celle mentionnée plus haut, mais cette fois-ci, c’est Philippe qui relaie l’information à une nouvelle personne Nathanaël. Il n’est pas ici question de Messie mais de Moïse et des prophètes qui sont devenus la référence pour comprendre qui est Jésus, ce que l’on avait mentionné plus haut dans le passage appelé « prologue ».

 

Pour quelqu’un comme Nathanaël qui doit bien connaître les écritures, la réaction est l’incrédulité : même si Philippe veut démontrer que Jésus est celui dont Moïse et les prophètes parlent, le fait qu’il vienne de Nazareth le disqualifie.

 

On ne sait pas si Jésus a entendu la conversation qui met sa crédibilité en doute et dénote une certaine hostilité mais il faut noter que dans la phrase qui suit, Jésus n’appelle pas Nathanaël à le suivre…

 

Jésus, voyant venir à lui Nathanaël, dit de lui: Voici vraiment un Israélite, dans lequel il n'y a point de fraude.

D'où me connais-tu? lui dit Nathanaël. Jésus lui répondit: Avant que Philippe t'appelât, quand tu étais sous le figuier, je t'ai vu.

Nathanaël répondit et lui dit: Rabbi, tu es le Fils de Dieu, tu es le roi d'Israël.


 

À un Nathanaël récalcitrant et dubitatif, Jésus fait un compliment : il reconnaît un homme au cœur droit faisant partie,(certains le disent) de la descendance des lévites mais pas l’ombre d’un reproche. Quand Nathanaël se surprend que Jésus le connaisse aussi bien, Jésus lui en donne l’explication : il l’a vu avant même que Philippe ne l’appelle, ce qui semble confirmer que Jésus a bien entendu la remarque désobligeante qu’il a dit quand Philippe l’a invité à venir le rencontrer.

La réponse de Nathanaël est enthousiaste et finit par le convaincre mais il n’tuilise pas le même terme qu’André : il l’appelle fils de Dieu ( appellation que l’on a déjà rencontrée) et en ajoute un autre roi d’Israël qui en dit long sur l’attente de ce jeune Israélite…


 

Jésus répond à son enthousiasme en termes énigmatiques pour nous mais bien adaptés à son interlocuteur qui en comprendrait la signification :


 

 Jésus lui répondit: Parce que je t'ai dit que je t'ai vu sous le figuier, tu crois; tu verras de plus grandes choses que celles-ci.

Et il lui dit: En vérité, en vérité, vous verrez désormais le ciel ouvert et les anges de Dieu monter et descendre sur le Fils de l'homme.


 

Pour quelqu’un comme Nathanaël connaisseur de la tradition juive, cette image évoquera sans doute l’histoire de l’échelle que Jacob a vu en songe dont voici un extrait dans le livre de la Genèse.

Il eut un songe. Et voici, une échelle était appuyée sur la terre, et son sommet touchait au ciel. Et voici, les anges de Dieu montaient et descendaient par cette échelle.

Et voici, l'Éternel se tenait au-dessus d'elle; et il dit: Je suis l'Éternel, le Dieu d'Abraham, ton père, et le Dieu d'Isaac. La terre sur laquelle tu es couché, je la donnerai à toi et à ta postérité.


 

Cette promesse que fait Dieu à Jacob , c’est qu’il le bénira lui et sa postérité, alors qu’il n’aurait pas dû la recevoir car il n’était pas le fils aîné mais il avait utilisé d’un subterfuge pour que son père le désigne comme héritier de la promesse de Dieu. La signification de cette allusion, est d’affirmer que lui Jésus était l’accomplissement de la promesse que Dieu fit à Abraham : toutes les nations seront bénies en ta postérité. Jésus-Christ est à la fois cette postérité et l’échelle qui permet d’accéder au royaume des cieux.


 

Il est saisissant de voir la manière dont Jésus entre en communication avec Nathanaël, reconnaissant ses qualités et respectant ses réticences, (« positive reinforcement »dirait-on pour parler de cette pédagogie) : pas de reproches, mais pas non plus d’appel à le suivre essayant de lui forcer la main avant qu’il ne soit prêt, parlant son langage et lui donnant des gages de son identité, et puis finalement lui confiant un message que peu auraient pu comprendre. On notera aussi qu’on ne reparlera plus de ce Nathanaël dans le reste de l’évangile...mais peu importe ! Cette rencontre nous suffit !


 

* * *


 

Viens et vois

(dit Philippe)


 

Cet évangile me surprend encore...et me rend vivant ce groupe de disciples qui suivra Jésus et qui est loin des images qu’on se fait des « apôtres » qui deviendront plus tard des statues immobiles de personnages de pierre, sans âge, sans émotions, jouissant d’une autorité que l’on n’a pas le droit de remettre en cause, tellement loin de ces jeunes enthousiastes en quête de sens…

Il donne tout à coup un visage authentique à ce que l’on appelle d’une manière un peu gênée l’évangélisation, qui n’est autre qu’un André qui raconte à son frère, Simon qu’il a trouvé le Messie, et après un Philippe qui lui dit à un Nathanaël sceptique, qu’il a rencontré le Fils de Dieu...chacun à sa manière, avec ses propres mots, et des réactions diverses.


 

Viens et vois,


 

Tout est là…

Mais où peut-on inviter aujourd’hui les gens à venir pour qu’ils voient le Christ ? Dans les églises où les liturgies sont tellement incompréhensibles à quelqu’un qui est étranger à sa culture ? Dans des lieux où les cultes sont devenus des salles de spectacle ? Et surtout quand l’église enregistre scandale après scandale tant dans les abus sexuels que les détournements de fonds, que les compromissions politiques ? avec l’état de l’église chrétienne aujourd’hui, on ne sait plus trop où donner de la tête ou... à quel saint se vouer!


 

Pourtant, on ne peut pas taire cette invitation et garder pour soi la joie et les bienfaits de cette rencontre qui donne tout le sens à notre existence.


 

Viens et vois,


toi aussi..


 

Pour aller plus loin : (LONGENECKER, B. W. (1998). THE WILDERNESS AND REVOLUTIONARY FERMENT IN FIRST-CENTURY PALESTINE: A RESPONSE TO D.R. SCHWARTZ AND J. MARCUS. Journal for the Study of Judaism in the Persian, Hellenistic, and Roman Period, 29(3), 322–336. http://www.jstor.org/stable/24668534)

 

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