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simone-over-blog Vivre la foi chrétienne au quotidien ici et ailleurs: réflexions , réactions et méditations en chemin.

contre l'auto-proclamation

Simone
contre l'auto-proclamation

le 16/20 juin 2022, Auvergne,

 

(Canicule mais chance d’être à la campagne et  dans une vieille maison en pisé et en pierre, il fait 35 + dehors mais 20 dans la maison… Pendant ce temps là, les colombiens ont élu pour la première fois un président de gauche… les français ont élu des députés de partis reconstitués qui remettent en cause la majorité présidentielle ce qui n’est pas si mal )

 

 

Je continue à lire des articles sur cet évangile de Jean et à m’étonner qu’ils soient légions… ce qui me retire toute prétention si j’en étais tentée, de faire de ces lignes, une véritable étude biblique qui serait une parole innovante ou définitive sur la question, expression d’une autorité divine quelconque. Ces lectures me recadrent et m’obligent à rester dans mon intention première de partager mes interrogations et mes certitudes, mes émerveillements et mes perplexités et surtout ma tentative plus générale de trouver dans l’évangile un guide de vie qui jette un éclairage sur ce qui me semble obscur et confus dans le monde qui m’entoure (une lumière qui éclaire mais n’aveugle pas).

 

Ces réflexions sont un simple compte rendu de mon compagnonnage avec le texte...

 

Jean 1 : 6-9

 

Il y eut un homme envoyé de Dieu ; son nom était Jean.

Il vint pour témoigner, pour rendre témoignage à la lumière, afin que tous crussent par lui.

Celui-là n'était pas la lumière, mais il avait à rendre témoignage à la lumière.

Le Verbe était la lumière véritable, qui éclaire tout homme ; il venait dans le monde.

 

 

(Cette fois-ci je retiens la traduction de la bible de Jérusalem en français : je la trouve plus poétique)

 

 

On redescend sur terre, on se retrouve dans la Palestine du 1er siècle, étonnamment pour un texte qui a commencé aux origines et surprenant aussi car c’est de Jean ( le baptiste comme on l’appelle quelquefois) que l’auteur commence par nous parler et pas de Jésus. En ce sens, cet évangile qui semble être aux antipodes de celui de Marc le rejoint  : pas de généalogie comme chez Mathieu, ni de vierge Marie ou de Joseph sur lesquels on s’attarde comme chez Luc, mais la mention de Jean, dès la première phrase du texte si son considère que « l’évangile de Jésus, fils de Dieu » est un titre :

 

« Il est écrit dans Isaïe, le prophète : Voici que j’envoie mon messager en avant de toi, pour ouvrir ton chemin.Voix de celui qui crie dans le désert : Préparez le chemin du Seigneur, rendez droits ses sentiers.Alors Jean, celui qui baptisait, parut dans le désert. Il proclamait un baptême de conversion pour le pardon des péchés »

 

En ce sens, cet évangile à ce moment s’inscrit dans l’histoire pour ne pas dire devient « historique » car il introduit l’existence de quelqu’un qui est connu, ( mentionné d’ailleurs dans des sources indépendantes des évangiles dans les écrits de Flavius Joseph) même si l’auteur de cet évangile ne nous donne pas de détail à ce moment là ( il le fera plus tard) contrairement à Marc qui s’attarde sur lui dès le début : on continue sur le même mode allégorique et poétique.

 

La mention de Jean apparaît donc à première vue comme une intrusion ( on se demande ce qu’il vient faire là au milieu d’un hymne au « Logos » qui existe de toute éternité ) mais il est essentiel pour faire revenir sur terre ce début d’évangile et lui donner un socle solide et ainsi permettre qu’on ne s’égare pas dans le monde imaginaire et imaginé du gnosticisme avec sa terminologie de lumière et ténèbres qui appartiennent à des courants de toutes sortes et qui réapparaissent aujourd’hui regroupés sous le vocable générique du new age…

 

(certains exégètes voient dans cette mention le fait que Jean étant encore très populaire, il fallait rectifier la donne et ne pas permettre qu’il supplante Jésus.)

 

 

Toujours est-il que dans deux autres évangiles, celui de Mathieu mais surtout celui de Luc, c’est la mère de Jésus qui ancre le récit dans la temporalité et la réalité concrète d’une grossesse vécue et assumée même si le fait qu’elle soit associée à une conception virginale brouille un peu les pistes. Ici la filiation humaine de Jésus est complètement laissée de côté, c’est Jean, ce homme un peu fou, vêtu en peau de chameau, qui donne son sceau d’authenticité à l’existence terrestre du Logos, appelé lumière, qui est venu dans le monde pour éclairer les hommes. Personne ne saurait douter de l’existence de Jean, ni qu’il ait prêché ni qu’il ait connu Jésus dont le nom n’a pas encore été mentionné….

 

 

Il vint pour témoigner, pour rendre témoignage à la lumière, afin que tous crussent par lui.

 

 

Quelle belle formule ! Rendre témoignage à lumière, même pas la refléter, encore moins se l’approprier, mais diriger le regard des autres dans une direction qui ne soit pas nous-même...quel privilège aussi de jouer ce rôle , quelle belle mission que celle-là….

 

 

 

* * *

 

 

Cette histoire de Jean qui apparaît au milieu de ce texte m’a un peu déconcerté au début car on a l’impression qu’il arrive comme un cheveu sur la soupe… ( encore une fois, je ne doute pas qu’il puisse y avoir des raisons contextuelles historiques pour qu’il soit mentionné) mais après coup la nécessité de son existence m’a ouvert des perspectives intéressantes.

 

D’abord ça en dit long sur Dieu …

(considérant que le sceau de l’Esprit Saint est sur ce texte...sinon s’il n’est que le résultat fortuit d’une rédaction individuelle, dictée uniquement par les circonstances extérieures et le talent de l’écrivain, alors il vaut mieux passer son chemin… il n’y a pas de lecture méditative possible sur ce passage, seulement une analyse froide et conceptuelle...)

 

La mention de Jean, montre que son existence est aussi l’initiative de Dieu, programmée de longue date puisque le point de départ de cette réflexion est la Genèse. Dieu a estimé que Jésus avait besoin d’un messager dans Marc, devenu témoin ici qui le précède : il ne l’a pas parachuté tout d’un coup sans nationalité, sans affiliation religieuse comme un extra-terrestre, il arrive après une longue histoire, celle du peuple juif Il se révèle de mille et une manière dans un monde où empires et royaumes se font et se défont. Celui qui n’est pas encore nommé arrive annoncé... Il n’est pas une notion, une idée, une pensée chimérique, malléable à souhait, créée par un auteur particulièrement doué pour susciter l’imaginaire du lecteur potentiel.

 

 

La deuxième est que l’humilité de Jésus dont on parle bien volontiers est inscrite dans son ADN . Il ne pouvait pas se présenter tout seul et dire « me voici »...ou « je suis là » ou « c’est moi » ou encore « je suis la lumière » comme ça, tout de go, il fallait que quelqu’un d’autre le dise d’abord et en fasse l’annonce… Dieu n’a pas voulu qu’il puisse venir sur terre comme un être suffisant, autonome, indépendant,qui en quelque sorte aurait été auto engendré…

 

 

Est-ce parce que la tentation aurait été trop grande, une fois sur terre, de vouloir être un rival de Dieu, comme l’est devenu un certain Lucifer qui a pu entraîner à sa suite le premier homme et la première femme avec les conséquences catastrophiques que l’on connaît ?

 

 

Il n’y a rien de plus dangereux pour l’humanité que les prophètes ou gourous de toute sorte auto proclamés, qui réclament souvent une soumission et une loyauté sans faille et qui alors qu’ils promettent la vie et la lumière, finissent par entraîner leurs adeptes sur un chemin de ténèbres et d’auto destruction…

 

Il n’y a rien de plus dangereux aussi pour nous de nous auto proclamer prophète… à peine témoin devrait-on être et c'est déjà beaucoup...

 

 

 

N.B. Mes commentaires sur le texte de Marc (http://simone-over-blog.over-blog.com/2019/09/marc-1-6-9.jean-baptiste-prophete-exemplaire.ecolo.html)

 

Quelques lectures...Amphoux, C.-B. (2017). L’IDENTITÉ ET LA FONCTION DE JEAN LE TÉMOIN (JN 1, 6). Revue Des Sciences Philosophiques et Théologiques, 101(1), 31–48. http://www.jstor.org/stable/44630270

 

Boyarin, D. (2001). The Gospel of the Memra: Jewish Binitarianism and the Prologue to John. The Harvard Theological Review, 94(3), 243–284. http://www.jstor.org/stable/3657424

 

Ed. L. Miller. (1993). The Johannine Origins of the Johannine Logos. Journal of Biblical Literature, 112(3), 445–457. https://doi.org/10.2307/3267744

 

 

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