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simone-over-blog Vivre la foi chrétienne au quotidien ici et ailleurs: réflexions , réactions et méditations en chemin.

Émerveillement et le saut de la foi

Simone
Émerveillement

Émerveillement

Le 19 mai 2022, Bruxelles,

 

Jean 1 : 1-4

 

 

Jean versus Marc

 

Je continue à traîner des pieds pour commencer cette étude  ( la preuve que je ne la reprends que maintenant le 28, de retour en Auvergne) : je ne sais pas par quel bout la prendre surtout que le début n’est pas un début en termes de récit biographique.

 

Il suffit de comparer les 4 premiers versets de Marc avec ceux de Jean.

 

 

 

Commencement de l'Évangile de Jésus-Christ, Fils de Dieu.

Selon ce qui est écrit dans Ésaïe, le prophète: Voici, j'envoie devant toi mon messager, Qui préparera ton chemin;

C'est la voix de celui qui crie dans le désert: Préparez le chemin du Seigneur, Aplanissez ses sentiers.

Jean parut, baptisant dans le désert, et prêchant le baptême de repentance, pour la rémission des péchés.

 

 

Avec Marc, on entre de plein pied dans le temps historique, le temps de l’accomplissement d’une prophétie même pas avec Jésus d’ailleurs mais avec Jean qui le précède dans le temps…

 

Par contre, l’évangile de Jean, sort du temps de la Palestine du 1er siècle pour commencer par la Genèse, les origines, ce temps en dehors du temps, ou plutôt ce temps premier où le temps commence.

 

 

Au commencement était la Parole, et la Parole était avec Dieu, et la Parole était Dieu.

Elle était au commencement avec Dieu.

Toutes choses ont été faites par elle, et rien de ce qui a été fait n'a été fait sans elle.

En elle était la vie, et la vie était la lumière des hommes.


 

Pas de mention d’un nom, d’un personnage historique, mais une réalité transcendante hors du temps et de l’espace qui n’est pas décrite comme un être humain ou même divin ( ni mâle ni femelle...) mais associée au Dieu de la Genèse, le Dieu créateur, comme un attribut ou une émanation , du Dieu de la Torah : rien d’anthropomorphique là dedans, on n’est dans un autre langage, dans un autre type de discours, celui de la méditation, de la réflexion, celui du langage philosophique mais surtout pas celui du récit…


 

( bien des choses ont été écrites sur ce mot grec « logos » qui est traduit comme le Verbe ou la Parole en français, et je ne m’aventurerai pas à présenter une hypothèse sur son sens. C’est d’ailleurs la nature de ce prologue qui fait qu’on a toujours donné une date tardive à cet évangile sauf que maintenant après la découvertes des manuscrits de Qmran, on a découvert que le symbolisme et la terminologie utilisés dans ce prologue se retrouvaient dans certains des textes de cette secte juive contemporaine de Jésus et que ce prologue/épilogue ne supposait pas nécessairement un héllénisme d’une pensée plus tardive)


 

En tout cas, c’est une déclaration de foi qui commence le texte, plutôt un épilogue qu’un prologue dans le sens que c’est plus une conclusion qu’un introduction qui a été écrite : on n’est pas au début du ministère de Jésus mais à la fin après qu’il ait été ressuscité ( ce à quoi, ses disciples ne s’attendaient pas vraiment) après que Jean se soit rendu compte de la plénitude de « qui il était ». C’est un récit de l’après résurrection, c’est à la lumière de cet événement que cet évangile a été écrit… contrairement à celui de Marc où l’on découvre peu à peu un Jésus qu’on ne connaît pas et qu’on ne comprend pas vraiment à l’image des disciples dont la réaction est la perplexité.


 

Ce qui me fait penser à ce qui se passe quand on écrit une thèse...on ne peut écrire l’introduction qu’après l’avoir terminée ce qui fait que l’introduction est toujours trompeuse dans le sens qu’elle fait croire que l’on ne sait pas où l’on va, alors qu’au contraire, on sait ce que l’on va démontrer et comment on va le faire...elle ne représente pas le temps réel ni même le temps de la rédaction du texte car elle est écrite après coup, et on la modifie au fur et à mesure que l’on avance dans sa recherche car elle doit faire pendant à la conclusion et l’introduire : le fait qu’elle apparaît en premier est du domaine du faux semblant…


 

Je me rends compte à quel point la démarche de ces deux évangélistes est dissimilaire ! Avant même que l’on passe au récit de la vie de Jésus, Jean donne la clef de son identité et de sa mission et c’est ça probablement qui me déroute...C’est vraiment un évangile singulier…


 

Le Verbe/la Parole


 


 

Toujours est-il que ce prologue est un vrai texte littéraire et philosophique ce qui nous renvoie à un auteur qui fait montre de dons extraordinaires, car même en le lisant dans une traduction, il est magnifique… (on a vraiment l’impression qu’il s’est éclaté quand il a écrit ce texte!)


 

Au commencement était la Parole, et la Parole était avec Dieu, et la Parole était Dieu. Elle était au commencement avec Dieu. Toutes choses ont été faites par elle, et rien de ce qui a été fait n'a été fait sans elle.… En elle était la vie, et la vie était la lumière des hommes.…


 

(les traductions catholiques utilisent le mot verbe plutôt que parole, qui est lui aussi un mot riche de sens)


 

C’est dans un cas comme celui-là que je regrette de ne pas pouvoir lire le texte en grec ( qui semble toujours être considérée comme la langue originelle même s’il y a eu d’autres hypothèses) sachant qu’une traduction littérale n’aiderait pas car une langue n’est pas faite de mots mis à la suite les uns des autres…


 

La parole


 

C’est un mot dont j’ai découvert la valeur quand je suis allée vivre en Afrique de l’Est et que j’ai étudié la littérature africaine : la parole créatrice, la parole toute puissante, qui une fois qu’elle est prononcée a une vie indépendante de la personne qui la prononce… Moi qui avait adhéré à un mode de pensée où l’écrit était roi où il était considéré la valeur ultime et où le livre était un objet culte…Ce qui n’était pas écrit n’avait pas de valeur, n’était pas fiable, voire n’existait pas … D’où ce mépris instinctif pour les littératures orales et ( donc africaines) et cette conception de l’évolution humaine où l’on marquait l’entrée dans l’Histoire avec un grand H avec l’écrit et toute civilisation qui n’avait pas d’écrit était reléguée à la préhistoire…( ce que l’on enseigne encore dans les écoles en France). Évidemment, ça nous permettait de nous situer tout en haut de l’échelle des civilisations…( on n’est pas bête….).


 

Or l’écrit appartient aux privilégiés et leur permet d’exercer un pouvoir, sur ceux qui n’y ont pas accès. On n’y pense pas aujourd’hui quelques 500 ans après Gutenberg qui avec l’invention de la presse a ouvert l’accès aux textes écrits au plus grand nombre même si ça n’a pas été immédiat. Ce n’est pas par hasard que Jésus se soit écharpé avec les scribes de son époque et qu’eux ce soient sentis menacés par son pouvoir : l’autorité qu’il avait ne lui venait pas de son expertise du livre mais de son pouvoir de guérir et de la force de ses paroles...


 

On ne peut pas comprendre la diffusion et la composition des évangiles sans en prendre conscience : il est normal qu’il n’y ait pas de textes importants écrits qui soient contemporains de la vie de Jésus et donc historiques dans le sens étroit du terme. C’est pourquoi les épîtres de Paul sont exceptionnelles justement parce que Paul faisait partie, contrairement à Jésus et ses disciples à une caste très privilégiée de l’époque comme il le dit lui-même d’ailleurs. La nécessité d’évangiles écrits pour diffuser le message de Jésus et raconter sa vie n’a pas pu venir tout de suite mais heureusement pour nous, elle s’est fait sentir assez vite.


 

J’ai été étonnée de découvrir que dans la tradition juive c’était la tradition orale qui primait dans la transmission et que pendant longtemps, il y avait cette idée que ce qui était sacré ne devait pas s’écrire...c’est pour ça que les textes de la Thora ont été écrits tardivement.

« Ce corpus d’interprétations orales ne devait pas quitter ce statut d’oralité. Il y avait dans la littérature ancienne un certain interdit d’écriture afin de ne pas donner au verbe humain, à l’intellect humain le même statut que celui de la Tora écrite, censée provenir du Ciel. Un passage talmudique concernant ce point est absolument clair : ce qui t’a été transmis par oral tu n’as pas le droit de le transmettre par écrit : ma shé nimsar lékha be al péh, eynekha rashaï le mossro bikhtav

https://frblogs.timesofisrael.com/la-place-et-le-role-de-la-tradition-orale-dans-le-judaisme/


 

Certains parlent du christianisme, comme de la religion du livre au même titre que l’Islam ou même que le Judaïsme...en fait ce n’est pas le cas… c’est une religion de la Parole, du Verbe, l’écrit n’étant qu’un moyen de transmission mais pas un objet en soi, un objet fétiche auquel on donnerait un statut au-dessus de ce qu’il devrait être  ( ce qu’il est malheureusement devenu pour certains avec la formule Sola Scriptura qui cherchait à dévaloriser les écrits de la tradition) : ce n’est toujours qu’un compte rendu dont le référent est hors du texte, indépendant de la lettre qui le représente, et c’est pour cela que Paul dit que « la lettre tue et l’esprit vivifie »


 

Dans ce sens, tout ce temps que l’on passe sur l’étude de la rédaction des textes de l’évangile, apparaît comme hors sujet et superflu, un luxe accordé à un petit groupe de spécialistes : c’est leur authenticité qui compte, leur ancrage dans le réel, tout le reste n’est que bavardage...et cette authenticité, il me semble, a été suffisamment démontrée. Mais pourtant cette base de données est périodiquement remise en cause et si on ne sait pas lire entre les lignes, les nouvelles thèses peuvent jeter quelquefois une ombre sur le témoignage écrit de ces pages quand ils prêtent à leurs auteurs anonymes (ou pas) des intentions qui mettent en doute leur intégrité et font d’eux des ignoramus ou des charlatans, en un mot…. des faux témoins. Alors évidemment ça, ce serait très grave... (les faux témoins étaient dans la loi juive passible de la peine de mort !)


 

La parole, la lumière, la vie : une trilogie magnifique


 

En tout cas….pour ce prologue, comme c’est une déclaration de foi, il n’y a rien à prouver : on y adhère ou on n’y adhère pas… et comme beaucoup l’ont noté, il faut le mettre en parallèle avec l’ouverture de la Genèse :


 

AU COMMENCEMENT, Dieu créa le ciel et la terre.

La terre était informe et vide, les ténèbres étaient au-dessus de l’abîme et le souffle de Dieu planait au-dessus des eaux.

Dieu dit : « Que la lumière soit. » Et la lumière fut.


 

On ne peut que s’émerveiller et goûter à la beauté de ces déclarations mais pas les prouver car aucun ne nous n’était là…


 

Le grand saut


 

Il faut faire un saut dans l’inconnu des origines, dans l’incompréhensible magnificence et immensité de l’univers,

Un saut qui étrangement nous demande de descendre aussi au plus profond de notre être,

un saut,

qu’on pourrait appeler tout simplement,

le saut de la foi...

 

Et l'évangile de Jean nous demande de le faire...au début


 

 

 

 

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