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simone-over-blog Vivre la foi chrétienne au quotidien ici et ailleurs: réflexions , réactions et méditations en chemin.

De la hiérachie des lieux et des gens

Simone
le bus, 1929, peinture de Frida  Kahlo

le bus, 1929, peinture de Frida Kahlo

 

 

Le 17 mai, Bruxelles, Belgique

 

 

 

À deux pas du siège de la commission européenne, hommes en chemise blanche cravate, femmes en chemise blanche aussi ou plutôt on devrait dire chemisier blanc et jupe noire, avec autour du cou leur sésame, cette étiquette plastifiée avec son QR qui leur permet d’ouvrir des portes que d’autres ne peuvent pas franchir. Même les femmes qui portent le hijab et qui se trouvent dans les lieux, ne ressemblent pas à leurs consœurs de banlieue tant leur tenue est soignée et leur allure dégage l’assurance de celles qui ont accès au milieu privilégié des organisations internationales.

 

Tout autour cafés et restaurants propres et avenants où s’affairent serveurs et serveuses qui viennent d’autres quartiers où l’on court toute la journée après les transports en commun pour arriver à temps au travail après avoir déposé les enfants que l’on récupérera le soir après une longue journée de travail avant de s’affairer aux tâches ménagères ( surtout pour les femmes). Mais on court surtout après l’argent qui n’est jamais suffisant pour payer toutes les factures à la fin du mois.

 

 

Dans l’autocar pour arriver à Bruxelles, c’était cet autre monde qui se pressait : vêtements relax et hétéroclites, smart phone à la main, (devenu maintenant l’objet indispensable, le sésame qui permet de laisser ouvertes les dernières portes pour assurer sa survie) sac à dos rabougri, quelques grosses valises qu’on met soi-même dans la soute à bagage. La moyenne d’âge était jeune et si les langues parlées étaient diverses, elles étaient loin d’être toutes européennes… On s’arrête un temps limité sur une aire d’autoroute pour aller aux toilettes ( celles de l’autocar n’ayant pas été vidangées), pour recharger son téléphone, (les prises de recharge ne fonctionnant pas) et pour acheter un sandwich ou deux sous papier cellophane… on n’est pas dans un Thalys

 

*  *  *

 

 

Chaque fois, je m’étonne de ces lieux publics qui sont tellement typés comme les gens qui les fréquentent, comme les gares routières qui ne ressemblent d’aucune manière à leurs consœurs du niveau supérieur, celles des trains et où on a toujours l’impression de se retrouver dans un coupe gorge où il faut s’accrocher à son sac... mais aussi où votre compagnon de route partagera volontiers avec vous, son portable si le vôtre ne fonctionne plus et ses réserves de victuailles si vous n’avez pas pensé ou eu le temps d’en faire avant de partir. La solidarité y est toujours de mise.

 

 

C’est étonnant comme les moyens financiers se manifestent à tous les niveaux : de nos codes vestimentaires à nos lieux de fréquentation qui vont du super-marché ou de la supérette à l’arrêt d’autobus, en passant par les parcs et les lieux de loisirs. La précarité financière continue à diviser les gens en catégories étanches où l’on se croise, on se côtoie quelquefois même, mais où le vivre ensemble, cette formule tant prisée, n’existe pas  : dans la pratique c’est chacun chez soi ou plutôt chacun avec ses semblables… On parle beaucoup d’appartenance ethnique mais notre place sur l’échelle de la richesse crée des communautés de parentés moins visibles mais tout aussi importantes que celles de la culture d’origine.

 

 

L’être humain : cet animal si complexe et si incompréhensible, capable du meilleur comme du pire qui se croit quelquefois si spirituel qu’il ne veut pas reconnaître que ces modes de vie et de pensées sont liées aux réalités matérielles dans lesquelles il se trouve.

 

                                 *   *   *

 

Je continue à penser à cette phrase : " donne-nous notre pain de chaque jour"  dans la prière enseignée par Jésus que l’on spiritualise quand on ne vit pas dans la précarité .et dont on ne comprend pas l’immédiateté, l’ancrage dans le réel si la recherche du pain quotidien ( celui qu’on a besoin de manger pour survivre et pas celui des besoins émotionnels) ne fait partie de notre préoccupation journalière.

 

 

(On nous dit que Jésus était pauvre, mais je n’aime pas ce mot pauvre car il est condescendent et met les gens dans dans la catégorie de ceux « qu’il faut aider ». Jésus n’appartenait pas à un milieu misérable...mais certainement à un monde où la précarité était de mise.)

 

 

Moralité ? Je dois avouer que le voyage en autocar ayant été plus difficile que ce à quoi je m’attendais, je reviendrai en train...une manière d’assumer une des réalités concrètes de ma vie présente…que je ne suis plus aussi jeune que je ne l’étais...

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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