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simone-over-blog Vivre la foi chrétienne au quotidien ici et ailleurs: réflexions , réactions et méditations en chemin.

Jésus: victime impuissante

Simone
Jésus: victime impuissante

vendredi 28 janvier- 1er février, 2022, en Virginie


 

( on a de nouveau de la neige… je ne m’en plains pas)


 

Je continue à lire en marge de cette réflexion des articles sur l’arrestation et le procès de Jésus et les différentes théories sur ce qui a pu se passer (ou pas), où et quand, en étudiant les lois juives et les relations entre les autorités religieuses et le pouvoir romain à cet époque,… ce que j’en retiens et auquel je n’avais pas pensé, c’est qu’il était important aux yeux du peuple, pour discréditer Jésus qu’il soit condamné par le Sanhédrin….la condamnation du gouvernement romain seule en aurait fait un martyr mais la double condamnation des autorités religieuses et politiques auraient dû pouvoir mettre fin à son influence sur le peuple et empêcher que ses disciples puissent continuer à propager ses idées. Beaucoup de discussions portent sur le fait qu’il ne semblait pas possible que Jésus puisse comparaître le même jour devant le Sanhédrin et ensuite soit crucifié : ça semble trop rapide, mais on sent très bien qu il y a toujours en toile de fond l’enjeu de qui est responsable de sa condamnation à mort : ses compatriotes et coreligionnaires ou les romains


 

Marc 15 : 16-20


 

Les soldats l’emmenèrent à l’intérieur du palais, c’est-à-dire dans le Prétoire. Alors ils rassemblent toute la garde,

ils le revêtent de pourpre, et lui posent sur la tête une couronne d’épines qu’ils ont tressée.

Puis ils se mirent à lui faire des salutations, en disant : « Salut, roi des Juifs ! »

Ils lui frappaient la tête avec un roseau, crachaient sur lui, et s’agenouillaient pour lui rendre hommage.

Quand ils se furent bien moqués de lui, ils lui enlevèrent le manteau de pourpre, et lui remirent ses vêtements. Puis, de là, ils l’emmènent pour le crucifier


 


 


 

J’ai entendu parler du film sur la passion de Jésus de Mel Gibson, porté aux nues par les uns critiqués par les autres… moi je n’irai jamais le voir, à cause de ce que j’ai entendu dire sur le réalisme des scènes de la passion… Les scènes de violence, de tortures sur autrui, particulièrement celles qui mettent en évidence la souffrance des victimes, me sont insupportables surtout quand elles représentent des faits qui se sont passés et que la victime par sa nationalité ou son appartenance me rappellent des personnes que j’ai connues de près ou de loin…


 

Il y a , nous disent certains, un phénomène de catharsis salutaire pour les scènes de violence àl’écran car elles nous aideraient à évacuer nos désirs de vengeance ou nos pulsions meurtrières … mais ce n’est vrai que quand le spectateur, malgré tout le réalisme de la séquence, sait que ce qui est sur l’écran est finalement une illusion. Quand le film est terminé, il sait qu’il retrouvera le monde concret et réel de sa vie où les personnages du film perdront de leur consistance et retourneront dans l’univers fictif et inoffensif de l’imaginaire.


 

Mais si l’histoire racontée est basée sur des faits réels et que les victimes ressemblent trop à celles-là que l’on a connues, il n’y a plus de distance entre les deux mondes : un ancien combattant de la guerre au Vietnam me disait qu’il ne voyait aucun des films sur ce sujet et les survivants de la Shoah ont souvent critiqué les films qui mettent en scène cette tragédiey voyant une instrumentalisation de leur souffrance ( pas que pour le films d’ailleurs, il y a eu toute une polémique sur l’écriture de romans )


 


 

En tout cas, cette scène qui nous est décrite de Jésus qui est moqué et frappé dans le prétoire… est une scène tellement vraie…. dans le sens que des gardes qui s’acharnent sur un prisonnier et se moquent de lui est tellement monnaie courante …. qu’elle m’est personnellement insoutenable…

 

 

*   *   *


 

il y a très longtemps...

 

 

« Madame, ( en réalité, c’était en espagnol) pourquoi rigolaient-ils quand ils nous frappaient alors qu’on était suspendu par les poignets et qu’on avait tellement mal !?»


 

C’est la question que m’avait posé un jeune homme dans la prison qui m’avait fait jurer que je ne le raconterai à personne...


 

Infliger une telle douleur à quelqu’un et rigoler en entendant ses plaintes et ses cris de douleur, ça pour lui c’était totalement incompréhensible...


 

( Je ne me souviens plus de ce que j’ai pu lui dire, je ne me souviens plus de son nom non plus, je me souviens uniquement de sa détresse profonde et de son regard tourmenté…)

 


 

* * *



 

Ce qu’il m’a enseigné en tout cas c’est que ce n’est pas la douleur physique qui est le pire ( on finit par s’évanouir), c’est l’humiliation… la moquerie… le mépris… et cette scène qui nous est rapportée, elle en comporte tous les éléments …. Le type de moquerie des gardes est en cohérence totale avec ce qu’on l’accusait d’être, un roi mais un roi déchu on va se sentir fort en pouvant humilier quelqu’un qui a fait l’admiration des foules et qui a eu des prétentions ( en tout cas pour eux) d’appartenir à la cour des grands…


 

Puis ils se mirent à lui faire des salutations, en disant : « Salut, roi des Juifs ! »

Ils lui frappaient la tête avec un roseau, crachaient sur lui, et s’agenouillaient pour lui rendre hommage.

Quand ils se furent bien moqués de lui, ils lui enlevèrent le manteau de pourpre, et lui remirent ses vêtements.


 


 

( on ne note pas dans le texte les gardes qui ne se sont pas joints aux autres...mais dans un groupe, il y en a toujours un ou deux qui ne se sentent pas à l’aise et ne participent pas… ou quelqu’un de gradé qui vient et dit : ça suffit !)


 

Cette séquence se passe d’explications tellement elle est évidente…. Ce qui est différent par rapport à ce qui nous ait rapporté au cours de son procès et c’est peut-être pour cela que ça me touche particulièrement, c’est qu’on voit ici un Jésus finalement victime passive, incapable d’éviter les coups qui lui sont assénés , complètement à la merci de ses bourreaux qui s’en donnent à cœur joie… comme ça se passe avec tellement de prisonniers et dont cette commémoration récente d’Auschwitz nous rappelle l’actualité pas si lointaine que cela, des souffrances du peuple juif...


 

C’est presque un soulagement, quand à la fin du texte, on nous dit,

 

puis de là ils l’emmenèrent pour le crucifier.


 


 

* * *


 


 

Raconter cette séquence, une fois, ça suffit…. Mais la répéter jour après jour, surtout vouloir la rejouer périodiquement, devient du voyeurisme… .qui me semble malsain ou inopportun….et qui risque de raviver les sentiments de rejet envers « les juifs » …. car les chrétiens, voient d’abord en Jésus, le fondateur du christianisme et pas le juif qu’il était


 

Il y a cette espèce d’interprétation anachronique, sous-jacente, que Jésus est persécuté parce-qu’il est chrétien comme eux ( ou comme nous), c’est donc avec ce Jésus chrétien qu’on s’identifie et on prend partie pour lui… contre ses ennemis, les juifs…


 

(C’est pour cela que le film de Mel Gibson sur la passion de Jésus a été critiqué dans certains groupes du judaïsme quand il est sorti...car ils ne reconnaissent pas Jésus comme un des leurs...( parait-il aussi que le réalisateur a tenu des propos anti-sémites en plusieurs occasions mais ça c’est une autre histoire)


 


 

* * *


 


 

Deux mille ans plus tard, considérant qui ce Jésus torturé est devenu… il nous est difficile de comprendre ce que cette condamnation à mort a pu signifier pour les juifs de cette époque, particulièrement pour ses disciples et ses sympathisants. Il nous est difficile aussi d’élucider les raisons profondes pour lesquelles les autorités ont voulu l’éliminer et de savoir comment ils s’y sont pris pour que cette condamnation soit possible…et encore plus d’imaginer ce qui a pu se passer dans les coulisses entre les autorités juives et romaines . sachant que finalement ils cherchaient tous, avant tout à défendre leurs intérêts.


 

Ce qui est sûr est que Jésus après avoir gardé jusqu’à sa condamnation, une dignité et une grandeur qui forcent l’admiration, est devenu maintenant dans cet épisode une victime impuissante, semblable à des millions et des millions d’autres victimes, juives ou non, aux mains de leurs ennemis tout puissants…


 

L’histoire du Jésus de la Passion, est la mise en scène aux yeux du monde entierd’un des pires maux dont souffre l’humanité et de ses conséquences dévastatrices


 

celui de l’abus de pouvoir,


 

(et qui pire est, avec les encouragements des autorités religieuses..)


 

illustrant cette tragique vérité :


 

« l’homme est un loup pour l’homme »


 

et dans ce sens, on a raison de ne pas l’oublier...

 

 

( et qui pourrait dire  après ça que l’humanité n’a pas besoin d’être sauvée ? 


 

P.S : Deux articles: Magne, J. (1998). JÉSUS DEVANT PILATE. Revue Biblique (1946-), 105(1), 42–69.

http://www.jstor.org/stable/44089366 Jaubert, A. (1964). Les séances du sanhédrin et les récits de la passion. Revue de l’histoire Des Religions, 166(2), 143–169. http://www.jstor.org/stable/23667805

 

 

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