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simone-over-blog Vivre la foi chrétienne au quotidien ici et ailleurs: réflexions , réactions et méditations en chemin.

Ignominie

Simone
Les derniers pas, musée de l'Holocauste, de David Olère

Les derniers pas, musée de l'Holocauste, de David Olère

4-8 février, 2022

 

Les procès : quel rôle jouent-ils ?

 

(Parenthèse sur l’actualité)

 

 

Je m’étonne de voir aux actualités l’importance donnée à ces compte-rendus de procès de meurtres et d’assassinats ( celui du meurtrier Lelandais et les attentats au Bataclan entre autres mais maintenant celui du prêtre assassiné dans son église) et je me demande ce que ça signifie : qu’est ce-que les gens cherchent vraiment dans ces procès ? Que justice soit faite ? Mais qu’est-ce que ça peut signifier surtout quand les coupables sont morts ? Comprendre pourquoi les auteurs ont appuyé sur la gâchette ? Qu’est-ce qu’on essaie de comprendre ? N’étant pas une proche de victimes. Il est possible que je ne comprenne pas pourquoi…

 

 

Mais je m’interroge aussi en pensant au procès de Jésus et à l’intérêt qu’il continue à susciter après tant d’années. L’intérêt est-il simplement historique pour essayer de savoir ce qui s’est passé et comment un innocent a pu être condamné ? Qu’est-ce qu’il y a derrière ? Ce désir de punir les coupables, et de pouvoir ainsi clore le dossier une bonne fois pour toute ? Ou que les coupables ( ou leurs descendants… tout est là peut-être ) reconnaissent la responsabilité de leurs ancêtres …. comme pour l’esclavage ?

 

 

 

(En fait mon incompréhension c’est peut-être, parce que ayant vécu dans des pays où la justice était bafouée, je n’attends rien des tribunaux… pas de vraie justice et encore moins de vérité : la justice elle sert surtout la cause des grands ou/et des riches qui eux grâce à leurs avocats payés à coup d’or peuvent être innocentés ou tout au moins éviter la condamnation. Et si l’argent n’est pas nécessairement l’entrave, c’est la raison d’État qui permet de protéger un tas de personnes et de ne pas révéler les dessous d’une affaire…)

 

 

Marc 15 : 21-32

 

 

Une fois l’arrestation terminée, l’attention de l’évangéliste se tourne vers la mise en œuvre de sa sentence et rapporte alors tous les détails connus sur la crucifixion de Jésus. Contrairement aux délibérations des tribunaux, juifs ou romains ou seul un cercle restreint de personne assistait ….( pas de caméras dans le tribunal ou très peu de témoins) , on est dehors au vu et au su de tous ...

 

 

 

Et ils réquisitionnent, pour porter sa croix, un passant, Simon de Cyrène, le père d’Alexandre et de Rufus, qui revenait des champs.

ils amènent Jésus au lieu dit Golgotha, ce qui se traduit : Lieu-du-Crâne (ou Calvaire).

Ils lui donnaient du vin aromatisé de myrrhe ; mais il n’en prit pas.

Alors ils le crucifient, puis se partagent ses vêtements, en tirant au sort pour savoir la part de chacun.

C’était la troisième heure (c’est-à-dire : neuf heures du matin) lorsqu’on le crucifia.

L’inscription indiquant le motif de sa condamnation portait ces mots : « Le roi des Juifs ».

Avec lui ils crucifient deux bandits, l’un à sa droite, l’autre à sa gauche.

Les passants l’injuriaient en hochant la tête : ils disaient : « Hé ! toi qui détruis le Sanctuaire et le rebâtis en trois jours,

sauve-toi toi-même, descends de la croix ! »

De même, les grands prêtres se moquaient de lui avec les scribes, en disant entre eux : « Il en a sauvé d’autres, et il ne peut pas se sauver lui-même !

Qu’il descende maintenant de la croix, le Christ, le roi d’Israël ; alors nous verrons et nous croirons. » Même ceux qui étaient crucifiés avec lui l’insultaient.


 


 


 

Simon de Cyrène...le héros ?

 

 

 

et ils réquisitionnent, pour porter sa croix, un passant, Simon de Cyrène, le père d’Alexandre et de Rufus, qui revenait des champs.

 

 

Apparaît tout à coup, pour la première fois, dans ce récit un total inconnu...inconnu pour nous mais qui devait être connu de ceux à qui on rapporte les événements, car il est nommé, mais plus que nommé, puisque pour que l’on sache bien de qui on parle, on donne le nom de ses enfants, ce qui est un peu inattendu. On pourrait penser que les auditeurs connaissaient, leurs fils pour faire partie peut-être d’une assemblée à Rome ce qui expliquerait la mention de leur nom. D’ailleurs pour ajouter à l’incongruité de la situation, ses noms ne sont pas des noms juifs, l’un est grec et l’autre romain…

 

( un article intéressant sur la question, car bien entendu, ce Simon de Cyrène a été l’objet de recherche surtout qu’il ne semble réapparaitre nulle part dans les écrits canoniques.Westall, R. (2010). SIMON OF CYRENE, A ROMAN CITIZEN? Historia: Zeitschrift Für Alte Geschichte, 59(4), 489–500. http://www.jstor.org/stable/25758325)

 

 

Pour moi ( et peut-être pour d’autres aussi) qui ont vu dans Simon de Cyrène un héros que l’on devrait imiter en aidant Jésus à porter symboliquement sa croix, il est remarquable que son intervention soit mentionnée sans commentaire ( mais après tout c’est le style de Marc)...En fait contrairement à la manière dont on le dépeint, il ne s’est pas porté volontaire : Il a été obligé de porter la croix de Jésus et on ne sait s’il l’a fait de bon ou de mauvais gré.

 

 

Cette obligation de porter ou transporter des équipements sur l’ordre de l’armée romaine était effectivement de rigueur : il ne pouvait donc pas refuser. Cette rencontre d’ailleurs semble tout à fait fortuite, car il revenait des champs précise le texte, ce qui donne l’impression qu’il a été choisi au hasard, parce-qu’il passait par là et qu’il a rencontré en chemin cette file de prisonniers condamnés à mort qui portaient leur croix .Le texte ne lui attribue pas un mérite particulier : il nous donne seulement une identification précise et une explication des circonstances.

 

 

Ce qui devrait donc plus nous étonner et nous intriguer est de penser qu’un soldat romain ait demandé que l’on aide Jésus… Est-ce qu’il aurait suscité la compassion d’un centurion romain, qui aurait dit plus tard que c’était le fils de Dieu ? Il semble que là vraiment l’auteur nous rapporte l’information pour être fidèle à ce que l’on raconte mais pas pour aucune autre raison théologique ou pédagogique…

 

 

 

 

Surenchère autour d’un verre de vin

 

 

 

Et ils amènent Jésus au lieu dit Golgotha, ce qui se traduit : Lieu-du-Crâne (ou Calvaire). ls lui donnaient du vin aromatisé de myrrhe ; mais il n’en prit pas.


 


 

Le récit continue, sans aucun commentaire, sans aucune analyse, sans aucune référence à des citations bibliques, seule l’explication du nom du lieu où Jésus est crucifié. On a un certain nombre d’informations les unes après les autres, sans que l’auteur s’y arrête… En réalité on voit Jésus de loin… ni soupirs, ni plaintes ni expressions de douleurs ne sont notés pas de description de son visage souffrant non plus… le texte est d’une très grande sobriété...( contrairement à ce film de Gibson...mais aussi bien d’autres images et peintures du Christ de la Passion…)


 

Marc n’essaie pas de nous attendrir sur le sort de Jésus…. ce texte n’était pas utilisé pour conduire l’auditoire à la culpabilité ou à la prise de conscience de leur nature pécheresse … Ses auditeurs n’avaient pas besoin de détails et savaient très bien de ce qu’il en retournait : des exécutions publiques ils en avaient certainement vus et en connaissaient l’horreur. Un Jésus humilié et souffrant n’était pas une image particulièrement plaisante à contempler.


 

Cependant, le détail sur le refus de Jésus de boire le breuvage qu’on lui offre avant de le crucifier a été l’occasion pour beaucoup de suppléer au manque du texte… En effet ce mélange de vin et de myrrhe avait un effet analgésique et était donné aux suppliciés dans le souci de diminuer leur douleur avant de les crucifier. À ma grande surprise, certains disent que Jésus a refusé cette boisson parce qu’il ne voulait pas être soulagé de ses douleurs mais qu’il voulait souffrir, et qu’il devait vivre pleinement et en toute conscience sa crucifixion… pour que nous, nous puissions être absous de nos péchés ! ( certains aussi disent qu’étant Nazaréen, il refusait de boire du vin)


 

Je dois avouer que je ne m’attendais pas à ce genre de raisonnement ! Comme éloge malsain de la souffrance, on ne fait pas mieux ! Mais je ne devrais pas m’étonner car si d’un côté on a un évangile de la prospérité qui nous promet une vie facile et agréable, il y a d’un autre côté un évangile du sacrifice qui lui fait de la surenchère autour de la souffrance particulièrement celle de Jésus...


 


 

L’ignominie est totale


 

Alors ils le crucifient, puis se partagent ses vêtements, en tirant au sort pour savoir la part de chacun.


 

Un autre geste de plus, qui montre bien tout ce qui entoure la réalité des exécutions … .et particulièrement l’impuissance de Jésus faisant ressortir le statut social auquel il appartenait : il est dépouillé de tout et le peu de valeur que peuvent sortir les gardes de ses possessions, un vêtement, est tiré au sort….


 

( évidemment me reviennent à l’esprit toutes images de la Shoah et ces vêtements jonchés au sol et les gardes qui ramassaient avant et après tout ce qu’ils pouvaient trouver de valeur ...mais même sans aller jusque là, récupérer une bague ou un anneau sur un mort….n’est pas si surprenant)


 

Avec lui ils crucifient deux bandits, l’un à sa droite, l’autre à sa gauche.


 

L’ignominie de cette mort de Jésus est mise en valeur à chaque phrase, sans qu’on ait besoin d’en rajouter.Tous les détails s’accumulent : le récit continue et note un autre détail : le fait qu’il soit entouré de deux criminels, ce qui n’est pas étonnant car finalement on était condamné à mort si on avait commis des crimes… mais cette précision renforce en quelque sorte la descente aux enfers de Jésus, ou comme on dit aujourd’hui dans le langage familier « c’est la totale »


 

C’était la troisième heure (c’est-à-dire : neuf heures du matin) lorsqu’on le crucifia.


 

Autre connotation qui a intrigué, car si on essaie d’établir un horaire précis de ce qui s’est passé depuis l’arrestation de Jésus avec sa parution devant les deux tribunaux, ça paraît impossible… tout est dans cette recherche d’établir un horaire précis comme on essaie de le faire quand on veut reconstituer un crime pour en découvrir l’auteur...après 2000 ans c’est une recherche vaine...ou qui ne pourra jamais donner de certitudes. Ma seule remarque c’est que les disciples de Jésus se seraient souvenus bien précisément de l’heure de la crucifixion, ça il n’aurait pas oublié contrairement à d’autres informations … alors est-ce que le passage de Jésus devant les tribunaux se serait tenu plutôt la veille que le jour de sa crucifixion, pourquoi pas …


 

Les passants l’injuriaient en hochant la tête : ils disaient : « Hé ! toi qui détruis le Sanctuaire et le rebâtis en trois jours,

sauve-toi toi-même, descends de la croix ! »

De même, les grands prêtres se moquaient de lui avec les scribes, en disant entre eux : « Il en a sauvé d’autres, et il ne peut pas se sauver lui-même !

Qu’il descende maintenant de la croix, le Christ, le roi d’Israël ; alors nous verrons et nous croirons. » Même ceux qui étaient crucifiés avec lui l’insultaient.


 


Après cette description un peu atone, finalement pour couronner le tout, on retrouve les moqueries déjà mentionnées pendant la séance des coups, non seulement des passants mais aussi des « méchants » , les grands prêtres et les scribes, qui réapparaissent pour venir contempler leur victime et se réjouir … Pas de pitié pour le perdant… il leur a tenu la dragée haute pendant tellement longtemps, c’est le moment de leur revanche … Peut-être avaient-ils craint jusqu’au dernier moment qu’il y ait un soulèvement populaire dirigé par ses disciples pour venir le sauver ? Mais cette fois-ci , ils ont vraiment gagné...

 


 

* * *


 

Je continue à avoir du mal à lire ce récit et à l’analyser et n’ai vraiment pas envie de m’y attarder tellement il est réel pour moi , ce Jésus de Marc au cours de ma lecture est devenu un être en chair et en os…  et il me rappelle trop ce que je préférerai oublier : la capacité de cruauté monstrueuse de l’être humain et les souffrances atroces qu’elle cause à ceux qui en sont victimes. C’est pour cela que les polémiques que cette histoire suscite au niveau de la rédaction du texte ou de l’historicité de tel ou tel détail ne m’intéressent pas vraiment… Pour une fois les mots sont bien en deçà de la réalité décrite. Peu importe les détails, Jésus a souffert une ignominie innommable et ça devrait nous suffire !


 

On lui doit le respect… en ne le contemplant que de loin !


 


 

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