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simone-over-blog Vivre la foi chrétienne au quotidien ici et ailleurs: réflexions , réactions et méditations en chemin.

Pierre: l'anti-héros

Simone
aube du 5 janvier 2022, la Virginie, beauté époustouflante!

aube du 5 janvier 2022, la Virginie, beauté époustouflante!

Le 4-6 janvier 2022, la Virginie


(6 janvier: il neige, et il y a un an c’était la prise d’assaut du Capitole à Washington...)

 

Une année de plus vient de s’écouler après que Jésus ait vécu en Palestine et ait été arrêté... une année de plus où son pays a été le lieu d’affrontements… une année de plus où les épidémies, les guerres, les famines sont devenues endémiques dans de nombreuses régions du monde…. mais on ne vit jamais qu’ un seul jour à la fois et dans un seul lieu à la fois et c’est là qu’on est confronté à soi même dans les gestes que l’on pose et les décisions que l’on prend… Quand ce moment-là est arrivé, à cet endroit précis, Pierre n’a pas eu à faire face à une armée menaçante comme les héros de l’Ancien Testament, mais à une simple servante…


 

Marc 14 : 66-72


 

Pendant que Pierre était en bas dans la cour, il vint une des servantes du souverain sacrificateur.

Voyant Pierre qui se chauffait, elle le regarda, et lui dit: Toi aussi, tu étais avec Jésus de Nazareth.

Il le nia, disant: Je ne sais pas, je ne comprends pas ce que tu veux dire. Puis il sortit pour aller dans le vestibule. Et le coq chanta.

La servante, l'ayant vu, se mit de nouveau à dire à ceux qui étaient présents: Celui-ci est de ces gens-là. Et il le nia de nouveau.

Peu après, ceux qui étaient présents dirent encore à Pierre: Certainement tu es de ces gens-là, car tu es Galiléen.

Alors il commença à faire des imprécations et à jurer: Je ne connais pas cet homme dont vous parlez.

Aussitôt, pour la seconde fois, le coq chanta. Et Pierre se souvint de la parole que Jésus lui avait dite: Avant que le coq chante deux fois, tu me renieras trois fois. Et en y réfléchissant, il pleurait.

 

 

Comme pour les autres passages de l’évangile de Marc, je suis allée consulter un grand nombre d’articles sur ce récit...mais je dois avouer que j’arrive à saturation à ce niveau là, j’ai envie de lire tout simplement le texte et le prendre à argent comptant plutôt que de me poser des questions sur l’authenticité de telle ou telle phrase, de la place qu’elle occupe dans la rédaction de l’évangile, de sa signification symbolique, du texte biblique auquel elle fait référence etc...etc...


 

J’ai envie de suivre le fil de l’histoire sans interruption et laisser de côté toute autre considération...Jésus a été arrêté et nous, on l’a suivi jusqu’à l’intérieur de la maison du souverain sacrificateur où il a été interrogé et finalement battu… Les disciples eux ont déguerpi comme des lapins et doivent attendre quelque part cachés se demandant ce qui va lui arriver.

 

Et maintenant quoi ?


 

Grand angle sur Pierre


 

On retrouve Pierre, qu’on avait oublié et qui lui semble-t-il a voulu en savoir plus et l’a suivi de loin…Quels étaient ses sentiments, ses pensées ? Est-il déçu et surpris à la fois que Jésus ne se soit pas défendu et se soit fait arrêter ? On aimerait bien le savoir , mais le texte ne nous dit rien, cependant il semble tout à fait naturel qu’il ait voulu suivre Jésus de loin et essayer de se renseigner sur ce qui allait lui arriver en entrant dans la cour de la maison du grand prêtre avec l’espoir qu’il ne serait pas reconnu ou tout du moins que l’on ne saurait qu’il était un des disciples.….

 

Comme Pierre était en bas, dans la cour, arrive une des jeunes servantes du grand prêtre.

Elle voit Pierre qui se chauffe, le dévisage et lui dit : « Toi aussi, tu étais avec Jésus de Nazareth ! »

Pierre le nia : « Je ne sais pas, je ne comprends pas de quoi tu parles. » Puis il sortit dans le vestibule, au dehors. Alors un coq chanta.


 

La scène me semble tellement plausible et naturelle avec tous ses détails qu’elle est totalement convaincante : il est très facile d’imaginer qu’il ait été surpris surtout dans la semi-obscurité que quelqu’un le reconnaisse.… Après tout, Pierre était un inconnu et il n’y a pas de raison qu’il soit reconnaissable à première vue pour quelqu’un qui ne faisait pas partie de son cercle intime. C’était vraiment, on a envie de dire, de la malchance ! Il nie donc que ce soit le cas, affolé que cette servante ait pu le reconnaître, et de plus par mesure de prudence s’éloigne d’elle…. pour qu’elle n’insiste pas !


 

La servante, ayant vu Pierre, se mit de nouveau à dire à ceux qui se trouvaient là : « Celui-ci est l’un d’entre eux ! »


 

Mais malheureusement, pour Pierre, elle le poursuit et insiste, elle veut prouver qu’elle a raison, et fait ce que Pierre redoutait, elle le dénonce auprès des autres ! il se voit donc obligé de nier une fois de plus, ce qui fait que si on en croit un détail donné dans un autre évangile, c’est à sa manière de parler, à son accent en quelque sorte, qu’ils se rendent compte qu’il est galiléen, révélant ainsi ses origines…. (Une remarque qu’un français peut particulièrement comprendre, pour nous qui sommes tellement sensibles à l’accent ou aux tournures de phrases des gens qui nous renseignent non seulement sur leurs origines étrangères, provinciales ou autres mais aussi sur leur statut social)


 

De nouveau, Pierre le niait. Peu après, ceux qui se trouvaient là lui disaient à leur tour : « Sûrement tu es l’un d’entre eux ! D’ailleurs, tu es Galiléen. »


 

Évidemment plus il nie, plus il parle, et plus il est pris au piège… et donc il s'énerve et son ton monte…. jusqu'à ce que finalement :


 

« Alors il se mit à protester violemment et à jurer : « Je ne connais pas cet homme dont vous parlez. »


 

Réaction tout à fait normale pour quelqu’un qui se rend compte qu’il a été découvert et se sent en danger…


 

La question du chant du coq


 

Mais intercalé dans ce récit, on a la remarque du chant du coq qui n’est pas gratuite, car elle nous renvoie à la prédiction de Jésus sur le reniement de Pierre, d’autant plus notable que Pierre s’était indigné à l’idée qu’il puisse trahir Jésus…


 

( beaucoup d’analyses de ce texte se concentrent sur la question du chant du coq à cause des enjeux théologiques qui sont associés à savoir l’idée que Jésus puisse prédire l’avenir ce qui renvoie indirectement à la question de sa divinité…...est- il vraiment possible qu’un coq ait chanté à ce moment là …. y a-t-il d’autres histoires dans la littérature antique où chant du coq et trahison sont associés, et qui sait vraiment à quelle heure les coqs chantaient en Palestine au premier siècle etc....etc…. sans compter quelle est la symbolique du chant du coq… et ce n’était même pas un coq gaulois….)


 

L’épisode termine donc sur ce chant du coq qui fait sortir Pierre de sa torpeur, ou plutôt de ce moment de panique irrationnel et incontrôlable qui lui a fait nier son maître… (comme les douze coups de minuit  font sortir Cendrillon d’un univers de rêve pour retrouver la réalité ) ce chant du coq le fait retrouver ses esprits et réaliser sa lâcheté…une découverte amère…


 

Et aussitôt, pour la seconde fois, un coq chanta. Alors Pierre se rappela cette parole que Jésus lui avait dite : « Avant que le coq chante deux fois, tu m’auras renié trois fois. » Et il fondit en larmes.


 

Psychologiquement parlant, un moment déclencheur, qui le conduit au repentir mais qui ne serait pas arrivé si Jésus ne lui en avait fait la prédiction et c’est cette prédiction qui l’a sauvé du désespoir: les larmes de Pierre sont la découverte de sa faiblesse et expression de sa honte, lui qui se croyait si fort, mais aussi de la réalisation que Jésus puisse le connaître aussi bien et ne pas le rejeter…


 

Jésus connaît la profondeur de nos bassesses et nous appelle malgré tout, à le suivre…


 

Découverte aussi étonnante …. que rassurante?


 

De quoi, remercier Pierre, pour le coup !


 


 

* * *


 

Éloge de la lâcheté de Pierre*


 


 

Merci Pierre pour ta lâcheté…


 

Toi, l’homme à la grande gueule…


 

Qui croyait tout savoir


 

Qui était toujours prêt à répondre


 

et à te vanter,


 


 

 

Merci à toi, l’impulsif,


 

et l’exclusif


 

qui n’aimait pas qu’on s’approche de ton Jésus


 

que tu considérais


 

comme ta chasse gardée


 



 

Merci à toi, le machiste,


 

qui ne voyait pas la valeur des enfants


 

ni des femmes avides d’écouter ton maître


 

qui ne comprenait pas pourquoi


 

on ne pouvait pas renvoyer sa femme quand on en avait envie,


 


 

Merci à toi


 

l’ethnocentrique ( ou le raciste?)


 

qui ne fréquentait que des juifs,


 

nationaliste, sans doute


 

n’imaginant pas le salut


 

pour d’autres que les tiens


 

et qui aurait voulu voir le triomphe


 

de Jésus,


 

Roi des juifs


 

vainqueur de l’ennemi


 

enfin chassé !


 


 

Mais merci surtout


 

pour ton incapacité


 

dans un moment crucial de ta vie


 

où tu pouvais montrer de quel bois tu étais fait


 

où tu pouvais devenir le héros que tu rêvais d’être


 


 

Merci,


 

qu’à ce moment là


 

tu t'es couché


 

devant une petite servante de rien du tout


 

devant une femme,


 

qui fait le ménage et prépare leurs repas


 

aux hommes


 


 

Toi,


 

qui t’es révélé


 

être le poltron,


 

le lâche


 

que tu n’aurais jamais imaginé


 


 

Tu me réconfortes,


 

car grâce à toi je sais,


 

que l’on peut se coucher,


 

devant n’importe qui


 

sans être condamné


 

à ramper toute sa vie


 


 

tu me réconfortes


 

car grâce à toi je sais


 

que lâche aujourd’hui


 

ne veut pas dire


 

lâche toute sa vie…


 

tu me réconfortes


 

car grâce à toi je sais


 

que Jésus,


 

est aussi le rédempteur des lâches…


 

comme toi


 

et comme moi.


 

(déjà publié)



 


 


 


 


 


 


 


 


 


 


 

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