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simone-over-blog Vivre la foi chrétienne au quotidien ici et ailleurs: réflexions , réactions et méditations en chemin.

Jésus fragile et inaccessible

Simone
Jésus fragile et inaccessible

Le 22 octobre, 2021, Auvergne

 

(On s’approche de la Toussaint et aujourd’hui avec la pluie fine qui tombe, le temps est au rendez-vous….mais pas de gros coup de vent comme sur la Normandie ou la Bretagne qui a balayé des. villages et causé de nombreux dégâts…mais finalement il m’a fallu plus d’une semaine pour terminer cette réflexion sur ce passage, on est le déjà 3 novembre..)

 

 

Marc 14 : 32-42

 

J’appréhende alors que j’arrive au seuil du récit de la passion de me retrouver face à la souffrance du Jésus de Marc, ce Jésus un peu lointain pourtant, que l’auteur tient à bout de bras et avec lequel il garde ses distances, dans une crainte respectueuse, soucieux de ne pas s’approcher trop près de lui pour respecter cet espace sacré de son moi privé, de son identité profonde qui lui semble être hors de sa portée… tout le contraire de ce que l’on fait aujourd’hui en voulant analyser ses états d’âme, en essayant de scruter ses pensées, de déchiffrer ses intentions, ( et en particulier sa sexualité) , de l’enfermer dans des théologies bien ficelées ou des dogmes immuables.

 

Arrivé à ce stade de ma lecture, j’ai l’impression de le connaître, comme quelqu’un d’exceptionnel, et cette distance même, entre nous et lui grâce au regard pudique de l’auteur fait que sa souffrance est d’autant plus difficile à soutenir que l’on est face à un être volontaire, tout entier centré sur sa mission, indifférent semble-t-il au regard que portent sur lui ceux qui l’entourent, qui ne s'épanche pas facilement.

 

( je pense, à un prisonnier politique qui m’avait parlé de la torture dont il avait été la victime aux mains de l’armée, sans offrir aucun détail, le visage impassible, sauf pour quelques gouttes de sueur sur les tempes…)

 

 

Une soirée tristement mémorable

 

 

Ils parviennent à un domaine appelé Gethsémane. Jésus dit à ses disciples : « Asseyez-vous ici, pendant que je vais prier. »

Puis il emmène avec lui Pierre, Jacques et Jean, et commence à ressentir frayeur et angoisse.

Il leur dit : « Mon âme est triste à mourir. Restez ici et veillez. »

Allant un peu plus loin, il tombait à terre et priait pour que, s’il était possible, cette heure s’éloigne de lui.

Il disait : « Abba… Père, tout est possible pour toi. Éloigne de moi cette coupe. Cependant, non pas ce que moi, je veux, mais ce que toi, tu veux ! »

Puis il revient et trouve les disciples endormis. Il dit à Pierre : « Simon, tu dors ! Tu n’as pas eu la force de veiller seulement une heure ?

Veillez et priez, pour ne pas entrer en tentation ; l’esprit est ardent, mais la chair est faible. »

De nouveau, il s’éloigna et pria, en répétant les mêmes paroles.

Et de nouveau, il vint près des disciples qu’il trouva endormis, car leurs yeux étaient alourdis de sommeil. Et eux ne savaient que lui répondre.

Une troisième fois, il revient et leur dit : « Désormais, vous pouvez dormir et vous reposer. C’est fait ; l’heure est venue : voici que le Fils de l’homme est livré aux mains des pécheurs.

Levez-vous ! Allons ! Voici qu’il est proche, celui qui me livre. »


 

Dans l’évangile de Marc, on a très peu de passages où il y a une continuité temporelle envers les événements racontés. L’auteur nous donne des indications sur où Jésus se trouve pour tel fait et geste, mais ce sont des moments morcelés qui ne se suivent pas avec précision., Par contre maintenant depuis le moment où les disciples s’assoient avec Jésus autour d’une table, on le suit vraiment pas à pas. Depuis ce moment là, il est le chef d’orchestre, qui conduit chaque mouvement et celui qui avance d’un pas résolu vers un dénouement que lui semble connaître clairement. Et c’est cela qui continue à me frapper : ce Jésus qui connaît l’avenir, qui sait quel est son destin, et qui met tout en place, comme dans un scénario bien huilé… quelqu’un qui est tout sauf une victime atermoyé et pourtant… il ne veut pas être seul…


 

Jésus réclame ses disciples


 

Ils parviennent à un domaine appelé Gethsémane. Jésus dit à ses disciples : « Asseyez-vous ici, pendant que je vais prier. »

Puis il emmène avec lui Pierre, Jacques et Jean, et commence à ressentir frayeur et angoisse.

Il leur dit : « Mon âme est triste à mourir. Restez ici et veillez. »


 

La scène est poignante : il a besoin du réconfort de ses disciples car tout à coup, «il  commence à ressentir frayeur et angoisse » mots qui sont à la fois sobres et forts … Jésus n’a pas encore été arrêté, ni frappé, personne ne l’a agressé mais c’est l’anticipation de la douleur qui l’étreint, ce mal terrible que l’on appelle l’angoisse. On parle aujourd’hui des crises de panique dont certaines personnes sont victimes, on ne sait jamais quels mots mettre sur cette souffrance aiguë et transperçante où la douleur n’est pas dans notre corps mais dans notre tête et pourtant finit par envahir le corps tout entieret de voir Jésus dans cet état là, lui que l’on a vu toujours si solide, si bien calé est certainement troublant : on se sent désemparé, surtout quand on ne comprend pas la raison de son angoisse. Comment nous si faibles, qui nous sommes toujours appuyés sur lui, nous qui l’avons vu chasser les démons et guérir les malades pourrions nous l’aider , nous hommes (et femmes) de peu de foi ? Aucune réaction des disciples nous est donnée : ils sont silencieux. Comment pourrait-il en être autrement…


 

Il est certainement intéressant de noter que Jésus ne veut pas mettre sa douleur en spectacle et sa pudeur est évidente mais il veut autour de lui ceux dont il se sent le plus proche et l’on voit les mêmes noms Jacques, Pierre et Jean, les intimes qui ont été témoins de son heure glorieuse, au moment de sa transfiguration.


 

Rien de plus normal humainement parlant de ce désir de Jésus d’avoir des proches près de lui dans ces moments difficiles mais quand même…. surprenant de voir que cette connaissance surnaturelle des événements qui vont se passer ne l’empêche pas pour autant d’en ressentir une angoisse profonde.


 

 


 

La prière de Jésus


 

(Avant même d’aborder ce passage , je me suis demandé comment a-t-on pu rapporter ses paroles alors que l’on sait que Jésus était seul et qu’il n’y avait pas de témoins à cette prière. Je me suis donc mise à lire un certains nombres d’études sur cet épisode et me suis rendue compte que je n’étais pas la seule à me poser la question …. et comme d’habitude j’ai découvert des hypothèses compliquées, certaines affirmant, que cette prière avait été élaborée par les premiers chrétiens à partir de psaumes mais n’avait pas été dite par Jésus et d’autres qui affirmaient le contraire… Bref je me suis sentie un peu déroutée...jusqu’à ce que je relise le texte…. Je me suis rendue compte alors que l’image d’un Jésus seul en agonie sans témoins, éloigné de tous, venait de représentations de cette scène et pas du texte biblique)


 

Allant un peu plus loin, il tombait à terre et priait pour que, s’il était possible, cette heure s’éloigne de lui.

 

Il disait : « Abba… Père, tout est possible pour toi. Éloigne de moi cette coupe. Cependant, non pas ce que moi, je veux, mais ce que toi, tu veux ! »


 

Cet « allant un peu plus loin » indique bien que Jésus ne s’est pas beaucoup éloigné des 3 disciples… il veut leur présence mais Il a besoin de garder ses distances… pour prier à son père en privé... on peut cependant très bien supposer qu’il a fait cette prière à haute voix et qu’elle ait été entendue par les disciples… . témoins impuissants mais aussi interloqués devant cette souffrance inattendue dont ils n’ont retenu que cette phrase si singulière  qui commence par le mot Abba gardé dans la langue originelle et qui montre cette relation intime de Jésus avec Dieu., une relation singulière, incompréhensible pour celui qui l’observe… surtout quand il demande que si possible la souffrance qui l’attend lui soit évitée!


 

Qu’est-ce que ça voulait bien dire ? Question que les disciples ont dû se poser et que l’on continue à se poser aujourd’hui …. (et sur laquelle théologiens et exégètes s’interrogent sans fin)


 

En tout cas pas étonnant non plus que les disciples se soient endormis après un certain temps...


 

Puis il revient et trouve les disciples endormis. Il dit à Pierre : « Simon, tu dors ! Tu n’as pas eu la force de veiller seulement une heure ?

Veillez et priez, pour ne pas entrer en tentation ; l’esprit est ardent, mais la chair est faible. »


 

La déception de Jésus est palpable dans les paroles qu’il adresse à Pierre qu’il appelle Simon (et non Pierre ) … de nouveau, on se retrouve devant ce va et vient entre un Jésus qui sait ce qui va se passer et semble prêt à affronter son destin , et cet autre Jésus, angoissé, nécessiteux, déçu par ses disciples et qui ne s’attend pas à ce que Simon soit incapable de veiller, alors qu’un peu plus tôt il avait prédit sans sourciller sa trahison. Plutôt qu’un ordre, c’est une supplication que Jésus prononce envers ses disciples…. Mais qui risque de tomber en tentation, les disciples ou lui ?


 

La même scène est répétée une fois de plus, mais donne une impression de lassitude de la part des disciples et montre bien leur désarroi : car leurs yeux étaient alourdis de sommeil. Et eux ne savaient que lui répondre.


 

Finalement, après ce moment de ténèbres où règnent l’angoisse et l’incompréhension autour de la personne de Jésus , on le retrouve rassurant, debout , reprenant la situation en main, redevenant l’auteur de son destin.


 

Une troisième fois, il revient et leur dit : « Désormais, vous pouvez dormir et vous reposer. C’est fait ; l’heure est venue : voici que le Fils de l’homme est livré aux mains des pécheurs.


 


 

* * *


 


 

Cette scène me touche énormément


 

On découvre ébahis (comme les disciples) la fragilité de Jésus. Rien ne présageait de l’existence de cette fragilité intérieure. Dans tout ce récit de l’évangile de Marc, on n’aurait pu imaginer Jésus dans l’état dans lequel il se trouve à Gethsemane. Il n’a à aucun moment fait preuve de faiblesse ni d’hésitation face à ces adversaires. Rien ne nous a préparé pour le voir ainsi.


 

Évidemment cette fragilité de Jésus qui a besoin de ses disciples alors qu’il en connaît les limites nous le rend très proche car des crises d’angoisse beaucoup d’entre nous en ont connu… même si les motifs en peuvent être différents, cette peur d’une souffrance à venir qu’elle se réalise ou pas, n’a pas d’égal dans l’expérience humaine...C’est un abîme de souffrance indescriptible...


 

D’un autre côté on ne peut-être qu’ému par cette supplication qu’il fait à ce Père qu’il appelle Abba, ému mais aussi conscient qu’on se tient au seuil d’un territoire sacré, celui de cette relation Père -Fils, que l’on entrevoit mais qui nous reste inaccessible…. Il nous est impossible de la cerner encore moins de l’analyser et d’essayer de l’enfermer dans nos catégories…


 

On ne peut que la contempler …. de loin .... en silence


 

 


 

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