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simone-over-blog Vivre la foi chrétienne au quotidien ici et ailleurs: réflexions , réactions et méditations en chemin.

Fontaine, je ne boirai pas de ton eau

Simone
Fontaine, visirendo 1884

Fontaine, visirendo 1884

13-16 Octobre 2021, Auvergne

 

Marc 14: 26-31


 

Entre les deux dates de cette lecture de l’évangile, pour le catholicisme français, il y a eu ce séisme du rapport Chauvé qui a révélé le nombre de victimes d’abus sexuels commis par le clergé… Ça fait du bien de retrouver ce Jésus de Marc, flanqué de ses disciples qui sont devenus silencieux et regardent interloqués ses agissements alors qu’il s’achemine vers la mort… disciples qui ont le sait vont le lâcher… disciples dont les prêtres et évêques d’aujourd’hui se revendiquent être les héritiers….


 

« Fontaine, je ne boirais pas de ton eau »


 

Après avoir chanté les psaumes, ils se rendirent au mont des Oliviers. Jésus leur dit: «Vous trébucherez tous, [cette nuit, à cause de moi,] car il est écrit: Je frapperai le berger, et les brebis seront dispersées. Mais, après ma résurrection, je vous précéderai en Galilée.» Pierre lui dit: «Même si tous trébuchent, ce ne sera pas mon cas.» Jésus lui dit: «Je te le dis en vérité, aujourd'hui, cette nuit même, avant que le coq chante [deux fois], toi, tu me renieras trois fois.» Mais Pierre reprit plus fortement: «Même s'il me faut mourir avec toi, je ne te renierai pas.» Et tous dirent la même chose.


 


 

Après avoir chanté les psaumes, ils se rendirent au mont des Oliviers.


 

La question que je me suis posée d’abord est pourquoi ont-ils été au mont des Oliviers ce soir là et les réponses que j’ai pu lire ont quelque peu dissipé les images que j’avais de ce lieu et de ces moments dans ma tête, toutes construites autour de peintures ou de vitraux ou autres illustrations « religieuses » de la scène. Ce qui m’a intéressé d’apprendre est que c’était un lieu très fréquenté au moment de la pâque juive par les pèlerins qui venaient de partout. Particulièrement ceux qui n’avaient pas de famille à Jérusalem, y érigeaient des campements et où l’on passait la nuit… Mais dans ma tête, le lieu était déserté et Jésus et ses disciples y étaient les seuls...ce qui n’était certainement pas le cas….même si Jésus et les disciples ont pu y trouver un endroit tranquille.


 

L’autre information que je n’avais pas est qu’il y avait un cimetière très grand où certains pensaient que le Messie viendrait pour ressusciter les morts, raison pour laquelle, ils voulaient être enterrés dans ce lieu-là. En tout cas c’était déjà un lieu sacré et un lieu de prière entre autres, David serait venu se réfugier quand il était poursuivi par Absalom. Il est donc naturel que Jésus s’y soit rendu avec les disciples après un repas qui termine avec la récitation de psaumes.

( il est possible aussi qu’il y campait avec eux. On nous informe au début du séjour de Jésus à Jérusalem dans cet évangile, qu’il a passé la nuit à Béthanie mais on ne sait pas s’il a continué à y retourner pendant tout son séjour…)


 

Jésus leur dit: «Vous trébucherez tous, [cette nuit, à cause de moi,] car il est écrit: Je frapperai le berger, et les brebis seront dispersées.[c] Mais, après ma résurrection, je vous précéderai en Galilée.»


 

Quand Jésus reprend la parole, il sont donc en chemin, et cette fois-ci, il fait à ses disciples deux révélations dont ils ne retiendront que la première : leur désertion et sa résurrection. C’est la deuxième fois que Jésus fait une prédiction qui concerne ses disciples et s’ils avaient pu être soulagés de savoir que ce n’était pas eux qui le livreraient, cette fois -ci ils ne peuvent échapper à sa prédiction troublante qui les concerne tous. Et pour appuyer ce qu’il dit, il cite les écritures (Zacharie 13 : 7) comme s’il ne voulait pas leur faire de reproches à l’avance de leur désertion en disant que c’était écrit… car il ne s’appesantit pas sur ce fait en leur annonçant dans la foulée sa résurrection.

 

En tout cas, que ç’ait été ou non l’intention de Jésus, lui Pierre ne laisse pas passer : il est piqué au vif par la suggestion de Jésus, et on ne s’étonne pas de sa réaction étant donné le caractère spontané mais aussi impulsif de ses remarques tout au long de cet évangile. En plus on ne peut que se rappeler que l’auteur de cet évangile, ayant été le compagnon de Pierre, un homme totalement changé après son reniement ( selon la tradition) aurait basé sa rédaction en grande partie sur son témoignage. Quand on fait ce genre de remarques et qu’on est après prouvé coupable, on ne risque pas de l’oublier. Mais s’il a réagi le premier, les autres aussi affirment la même chose.


 

Pierre lui dit: «Même si tous trébuchent, ce ne sera pas mon cas.» Jésus lui dit: «Je te le dis en vérité, aujourd'hui, cette nuit même, avant que le coq chante [deux fois], toi, tu me renieras trois fois.» Mais Pierre reprit plus fortement: «Même s'il me faut mourir avec toi, je ne te renierai pas.» Et tous dirent la même chose.

 

Étant donné que Pierre insiste sur l’impossibilité de ce que dit Jésus, ce dernier se voit presque obligé d’insister ( alors qu’il ne voulait peut-être pas le faire ) en précisant un des passages peut-être les plus connus sur le chant du coq…

 

 

* * *

 

 

« Moi, je ne ferai jamais ça ! »

 

 

Combien de fois, on dit ça dans la vie quand on juge répréhensible la conduite des autres : c’est une vraie sentence de condamnation que l’on porte sur eux! On s’indigne tellement facilement des fautes d’autrui ce qui est une manière détournée d’affirmer sa propre vertu, sa propre rectitude, sa propre intégrité, son propre courage...

 

(ce qui me vient à l’esprit c’est le cas des gens qui n’ont pas encore d’enfants et qui disent en observant ceux des autres: moi, mes enfants ils ne feront jamais ça ! Je ne les laisserai jamais faire ça! )

 

Mais à un niveau plus sérieux et plus grave, surtout quand on lit les chapitres noirs de notre histoire ou même quand on écoute des simples fats divers, on s’imagine en héros, en sauveur des autres mais certainement pas en lâche : même un traître apparaît dans une meilleur lumière qu’un lâche ou un peureux. Mais qui peut dire comment il réagira à un moment de crise où sa vie mais aussi celle de ses proches pèse dans la balance ?

 

(Alors que le procès des attentats au Bataclan se déroule, certains se sont découverts héros dans ces moments-là et c’est d’eux qu’on entend parler à la barre grâce d’ailleurs au témoignage des gens reconnaissants dont ils ont sauvé la vie. Très souvent, ils sont tout étonnés eux-même d’avoir réagi avec courage.)

 

La scène qui nous est donc rapportée et surtout la réaction des disciples, « hommes forts », est tout à fait naturelle mais ce qui n’est pas naturel du coup et qui m’a frappé c’est la prédiction précise de Jésus sur le fait qu’ils « trébucheront tous »avec Pierre en tête. Celle de la connaissance de la trahison de Judas pouvait s’expliquer ( d’après moi) , mais ici Jésus continue d’apparaître dans toute sa singularité, après cette révélation inédite du ceci est mon corps brisé pour vous et du ceci est mon sang versé de la nouvelle alliance... Les prophètes, dans l’ancien testament , on le sait prédisent l’avenir mais ce n’est jamais un avenir immédiat, comme celui-là… et surtout n'offraient pas leur corps en sacrifice...

 

Jésus apparaît comme quelqu’un qui sait à l’avance exactement tout ce qui va se passer ou plutôt tout ce qui va lui passer, comme si on le lui avait dit, comme sil en avait eu la révélation car l’intuition ne saurait pas suffisante… comme si celui qu’il appelle Père et qu’il rencontre dans la prière dans la montagne,  lui en avait donné à l’avance tous les détails…

 

 

Il sait

 

 

Et est-ce parce-qu’il sait qu’il va demander à son père un peu plus loin, d’éloigner cette souffrance dont il connaît tous les menus détails ?

 

 

 

 

P.S : En tout cas, si la question de la divinité de Jésus ne m’intéresse pas particulièrement, je suis surprise de découvrir qu’au fur et à mesure que l’on s’approche de sa mort, il nous donne de plus en plus de clefs sur son identité profonde comme si maintenant, ça n’avait plus d’importance… Le ceci est mon corps et ceci est mon sang, le mettait au centre de la révélation du judaïsme, le déclarant comme un messie autrement, bouleversant dans la singularité d’offre sacrificiel de son corps, et maintenant la révélation de sa relation intime avec le Père commence à se profiler.

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