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simone-over-blog Vivre la foi chrétienne au quotidien ici et ailleurs: réflexions , réactions et méditations en chemin.

L'ami qui vous poignarde dans le dos

Simone
En chemin, malgré tout

En chemin, malgré tout

Le 16 septembre 2021, Auvergne,

 

( on est déjà le 23 septembre, vive l’automne !

Le procès des attentats du 23 novembre continue et je ne suis pas sûre de comprendre le pourquoi de ce procès fleuve et de la philosophie de la justice française à cet égard...catharsis ? En tout cas, ça donne vraiment une tribune à celui qui est jugé : il a dû se rendre compte que ses paroles étaient rapportées même quand on lui coupe le micro…)


 

Marc 14 : 17-20


 

Un récit après coup


 

Le récit des actes et des paroles de Jésus en arrive à son dénouement dramatique ( s’il y avait une musique de fond, elle serait sourde et sombre mais aussi solennelle). Comme il arrive souvent, après les événements, surtout de la mort d’un être cher, on veut se remémorer tout ce qui s’est passé avant et surtout ce qu’il a pu dire…. pour essayer de discerner entre autre, s’il savait qu’il allait mourir. C’est souvent le cas pour des personnes auxquelles on essaie de cacher la gravité de leur maladie ( et on se rend compte qu’ils le savaient mais cachaient qu’ils le savaient) mais aussi pour ceux qui meurent soudainement, pour essayer de se rappeler s’ils n’auraient pas dit quelque chose qui montre qu’ils en avaient une prémonition.


 

On a donc dans ce texte le regard d’événements qui ont été réactualisés par des témoins oculaires qui ne sont pas interviewés sur le vif, car au moment où ils l’ont vécu, ils ne savaient pas qu’ils étaient un prélude au dénouement dramatique de la mort prochaine de Jésus. Ils ont eu entre temps ce moment de révélation que l’on a après coup « ah, c’est ça qu’il voulait dire «  ah ! C’est pour ça qu’il a dit ça ! ».


 

On doit donc reconnaître qu’il y a plusieurs niveaux sous-jacents aux événements rapportés dans ce texte : celui des témoins au moment où ils les ont vécu et celui déjà mêlés au souvenir et qu’ils rapportent, et bien entendu celui de la dynamique propre de la rédaction du texte . Bien malin qui démêlera les deux  premiers: ils sont toujours intimement liés, c’est le propre des souvenirs. Quant au troisième, celui de la rédaction du texte par Marc, après deux millénaires de christianisme, les exégètes qui essaient de le faire, avec toute leur expertise, ne peuvent pas se débarrasser d’un autre impondérable, leur regard anachronique de penseurs du 21ème siècle...


 

Reconnaître la complexité de l’élaboration de ce passage ne change en rien la validité du récit ( ni celui de son inspiration divine, l’Esprit de Dieu étant présent au cœur de l’individu soumis à sa volonté) surtout celui de Marc où les commentaires sur les événements sont réduits au minimum… mais quand on essaie d’y appliquer ce concept très débattu ou débattable de « vérité historique », on finit toujours par se planter ! L’humilité est une qualité indispensable de toute recherche scientifique ce qui est particulièrement vrai pour une démarche exégétique d’un texte biblique !


 

Judas : l’inconnu malheureux


 

Le soir venu, Jésus arrive avec les Douze.

Pendant qu’ils étaient à table et mangeaient, Jésus déclara : « Amen, je vous le dis : l’un de vous, qui mange avec moi, va me livrer. »

Ils devinrent tout tristes et, l’un après l’autre, ils lui demandaient : « Serait-ce moi ? »

Il leur dit : « C’est l’un des Douze, celui qui est en train de se servir avec moi dans le plat.

Le Fils de l’homme s’en va, comme il est écrit à son sujet ; mais malheureux celui par qui le Fils de l’homme est livré ! Il vaudrait mieux pour lui qu’il ne soit pas né, cet homme-là ! »


 

Jésus a donc bien préparé ce repas dont on nous donne maintenant les menus détails...(enfin pour un Marc qui généralement est avare de détail). On peut se demander comment se faisait-il que Jésus sache qu’il allait être livré par Judas ( sans avoir à faire appel à sa divinité non pas que je le nie !) : je ne peux que remarquer, que dans le texte de Marc, c’est après que Judas ait parlé avec les sacrificateurs que Jésus accuse un de ses disciples de vouloir le « livrer »( pas trahir) et que Jésus ne le nomme pas. Si on veut s’amuser à imaginer des scénarios possibles, on pourrait donc dire que quelqu’un dans l’entourage des sacrificateurs était au courant et l’aurait prévenu, peut-être un de ses sympathisants pour qu’il puisse se protéger et déjouer le complot qui se tramait autour de lui ? Pourquoi pas ?


 

« Amen, je vous le dis : l’un de vous, qui mange avec moi, va me livrer. »


 

Quel est le ton de Jésus quand il prononce ces paroles ? Le Amen du début de sa déclaration donne l’impression qu’il insiste sur la véracité de ce qu’il affirme en même temps que du caractère désolant de cette vérité. Une manière de dire : incroyable mais vrai, quelqu’un si proche de moi qui partage mon couvert, qui est ici parmi nous, va me livrer. Le dit-il sur le ton de la colère, du reproche, de la déception, de la tristesse ? On peut tout imaginer…


 

En tout cas, c’est la réaction de tristesse des disciples qui est mis en exergue quand ils s’interrogent sur l’identité de celui-là, et aussi leur sidération : comment est-ce possible ?


 

Jésus alors le désigne mais sans prononcer son nom… pour laisser planer l’incertitude ? Pour que les autres ne l’agressent pas ?  Pierre, l’impulsif aurait été capable de tout... ou celui qui a coupé l’oreille d’une personne ayant venu arrêter Jésus et dont on ne nous dit pas le nom (certains pensent que ça devait être Pierre) ?


 

Il leur dit : « C’est l’un des Douze, celui qui est en train de se servir avec moi dans le plat.


 

Pendant longtemps, je n’ai pu imaginer cette scène où Jésus et Judas mettent la main en même temps dans le plat à cause des tableaux de la Renaissance la représentant ( particulièrement celui de Da Vinci), qui la rendait irréelle, détachée de toute réalité historique possible. Ce n’est que quand je me suis retrouvée assise par terre en Somalie devant un plat de viande ( du chameau en l’occurrence) et que mon voisin m’a expliqué comment utiliser un morceau de pain pour me servir en mettant la main au plat, que cette scène ainsi que les paroles prononcées par Jésus sont devenues compréhensibles. Je me suis rendue compte que la désignation du disciple en question n’était pas évidente étant donné la furtivité du moment et le naturel du geste : il était possible que les disciples qui étaient là ne soient pas sûrs de qui c’était et donc ne réagissent pas, sauf pour lui, Judas, qui découvre à ce moment-là que Jésus sait...mais le texte ne dit pas non plus comment il a réagi à son identification. Ce n’est qu’après que ses paroles prendront tout leur sens pour les disciples et qu’ils se souviendront que c’était bien Judas qui avait trempé son pain en même temps que Jésus .


 

On peut penser aussi que le but de Jésus , en disant ces paroles est de faire savoir à Judas qu’il était au courant de sa trahison…. pour l’en dissuader ? Après tout, Judas n’a pas encore livré Jésus, il a seulement promis de le faire et il pourrait ne pas faire suite. Serait-ce pour cela que les paroles que Jésus dit sur celui qui va le livrer sont si dures pour qu’il sache la gravité de ce qu’il va faire et change d’avis ? Judas ne savait certainement pas que Jésus allait terminer crucifié à la suite de sa parution devant le tribunal des grands prêtres, lui qui avait tant de facilité à répondre aux questions des scribes sur la loi de Moise qu’il connaissait si bien. Dans toutes ces confrontations avec eux à Jérusalem dans le temple il était sorti vainqueur au point où ils n’osaient plus lui poser de questions. Judas ne pouvait pas prévoir que Jésus serait accusé de blasphème et ne s’en défendrait pas et finirait pas être condamné à mort après une comparution devant les autorités romaines !


 

Bref, une hypothèse de plus dans les possibles !


 

Le Fils de l’homme s’en va, comme il est écrit à son sujet ; mais malheureux celui par qui le Fils de l’homme est livré ! Il vaudrait mieux pour lui qu’il ne soit pas né, cet homme-là ! »

 

 

Alors bien évidemment, ce que dit Jésus dit là est très fort et très dur et a suscité après de nombreuses interprétations théologiques en particulier sur la question de la prédestination, et que ceux qui voudraient dédouaner Judas et accabler Dieu ont utilisé pour montrer l’injustice de Dieu qui a choisi Judas pour jouer le rôle du méchant…. Mais la phrase de Jésus signalerait plutôt, sa prédestination à lui, Jésus le fait qu’il était appelé à souffrir et être arrêté par les autorités pour ainsi accomplir les écritures. Il n’est pas dit que celui qui va le livrer ait été lui prédestiné à être un traître (Peut-être même que Jésus quand il l’apprend est surpris que ce soit l’un de ses disciples qui finalement va le devenir). Ce que Jésus dit est tout autre : il reconnaît le malheur profond qui s’abat sur la personne qui va être l’instrument de cette trahison ( on se souviendra des regrets de Judas après) et il faut bien remarquer que ce n’est pas une condamnation proférée sur lui comme quand Jésus interpelle les pharisiens hypocrites et leur dit Malheur à vous  c’est une constatation désolante!

 

Par contre, pose problème l’exclamation de Jésus qui affirme qu’il vaudrait mieux que celui-là ne soit pas né surtout si l’on veut la généraliser et en conclure qu’il vaudrait mieux qu’une certaine catégorie de personnes ne soit jamais né ! On ne peut la comprendre que si c’est pour insister sur la gravité de ce que va faire Judas ( auquel il s’adresse pour l’en dissuader ?) car en plus d’ exprimer une profonde tristesse envers celui qui va regretter son geste et se pendre, il y ajoute une réflexion spontanée ( et qui pour le coup me semble très humaine) de celles que l’on peut se faire quand on découvre l’identité d’auteurs de crime atroces…. comme ceux des auteurs de l’attentat du 23 novembre en France ou de massacre dans les écoles aux États Unis, ou les dirigeants nazis en Allemagne… se demandant quand et pourquoi ils ont mal tournés, quand et pourquoi ils ont pris ce virage qui les a conduit à faire de tels crimes ! On a envie de dire qu’il serait mieux pour eux et leurs victimes,qu’ils ne soient jamais nés.

 

 

Malgré tour, les paroles de Jésus sont difficiles et le fait qu’elles aient été interprétés dans les siècles suivants avec la pendaison de Judas, comme condamnation du suicide et de l’impossibilité de rédemption pour celui qui le commet , fausse notre regard et nous empêche d’aborder ce que dit Jésus sans arrière pensée. La condamnation sans appel de Judas que vont faire les théologiens à venir avec toutes ces retombées sur celle des êtres humains va peser lourd dans la balance… expliquant d’une certaine manière les tentatives de « réhabiliter »Judas ou de l’excuser dans les dernières décennies.

 

Lui, Marc transcrit le message sans le commenter mais nous on ne peut pas s’empêcher de le faire condamnant l’un ou disculpant l’autre...

 

(Une note intéressante qui surprend les européens est que de nombreux enfants en Amérique latine sont appelés Judas...ce qui serait impensable en Europe...c’est un surnom ou un nom commun lourd de sens...Après tout, en Amérique latine, il y en a beaucoup qui s’appellent aussi Jésus… Je ne crois pas pourtant avoir jamais posé la question à une mère de savoir pourquoi, ils ont appelé leur fils Judas)

 

 

 

L’ami qui nous poignarde dans le dos

 

 

Ce que je retiens dans cette scène, c’est qu’elle se passe au cours d’un repas et que l’annonce de Jésus, se fait comme une confidence à des amis qui l’entourent mais aussi que la dénonciation qu’il fait de Judas est discrète presque voilée empêchant les autres à en faire l’objet de représailles…( pourtant les traîtres, on les exécutent, c’est bien connu ! ) Il semble ici que les disciples soient plus concernés par la possibilité que ce soit eux qui le livre que de savoir qui le fera. Il n’y a pas de commentaire d’aucun d’entre eux après que Jésus ait désigné le futur coupable, leur absence de réaction pourrait signifier qu’ils sont soulagés de savoir que ce ne sera pas eux, et aussi que contrairement à Jésus et malgré ses avertissements, ils ne croient toujours pas en la possibilité de son arrestation et de sa mise à mort.


 

L’attitude de Jésus envers Judas reste quand même difficile à cerner: discrète d’un côté comme pour le protéger mais en même temps soulignée dans les paroles qu’il prononce. Ses paroles ne cachent ni sa détresse ni sa tristesse, ni une forme de colère face à l’énormité et la gravité de la faute que va commettre Judas qui va être cause de tant de souffrance, non seulement pour le disciple mais pour Jésus lui-même Mais une fois le moment passé, Jésus retourne à sa mission et poursuit son chemin.


 

Comme toujours, Jésus reste une énigme pour nous.


 

P.S : Des amis qui nous poignardent dans le dos et sur qui on croyait qu’on pouvait compter, on en a tous connu ! La déception est grande et nos réactions sont diverses face à cette réalité : déception, tristesse, colère jusqu’au désir de vengeance bien souvent… Jésus, figure impassible face à la trahison d’un de ses proches ? Vindicatif non ! mais impassible, certainement pas!


 


 


 

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