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simone-over-blog Vivre la foi chrétienne au quotidien ici et ailleurs: réflexions , réactions et méditations en chemin.

De la fascination pour Judas... et les auteurs d'attentat

Simone
De la fascination pour Judas... et les auteurs d'attentat

Le 8 septembre 2021, Auvergne


 

Temps ensoleillé magnifique mais la terre est sèche : les maïs disent les agriculteurs ont besoin de pluie… J’ai ramassé des mûres et on a commandé du bois pour l’hiver : malgré le réchauffement climatique, c’est quand même rassurant le passage des saisons qui lui continue son train tranquillement….et l’actualité ? Début du procès fleuve sur les attentats du 13 novembre à Paris qui a fait 130 morts et plus de 150 blessés.


 

Marc 4 : 10-16


 

Il me va être difficile de lire les lignes qui suivent dans ce récit de Marc sans ne pas y surimposer tous les commentaires, analyses et nombreuses œuvres d’art qui ont été faites sur une période de la vie de Jésus qui est au centre de la foi chrétienne : la Passion ( comme on l’appelle) … J’ai la tête peuplée de représentations visuelles, de souvenirs de cérémonies religieuses rythmées à la récitation de formules convenues dans des églises diverses mais aussi de la lecture d’articles polémiques sur le déroulement des événements et leur signification ( sans mentionner leur historicité).


 

Comment lire ces lignes dans toute leur simplicité et sobriété sans en rajouter, sans penser au sens qui lui a été donné après coup, pendant des siècles et des siècles… Comment faire table rase de 21 siècle d’histoire chrétienne ? Impossible bien entendu ! On ne peut pas le faire même si on le voulait !

En tout cas, ce que je peux faire c’est de me laisser le plus possible porter par le rythme du texte, m’imprégner de toute l’histoire décrite jusqu’à ce moment, lire et relire le pas à pas de ce récit du souvenir qui a été confié à un de ces disciples qui voulaient transmettre le mieux possible, l’histoire de « Jésus, fils de Dieu, » qu’il avait décidé avec d’autres de suivre et de croire.

(quand je lis un roman, je me laisse transporter le temps du livre dans le monde décrit par l’auteur, tant et si bien que j’échappe au temps et à l’endroit dans lequel je me trouve… mais bien entendu, l’évangile de marc n’a rien d’un roman!)

Alors évidemment quand apparaît le personnage, traitre, sulfureux, incarnation du malin, objet de la haine des foules ( surtout pendant les processions religieuses de semaine sainte au Moyen âge) mais qu’on a plutôt voulu chercher à réhabiliter ces dernières décennies…difficile de garder sa neutralité…


 


 

Judas Iscariote, l’un des Douze, alla trouver les grands prêtres pour leur livrer Jésus.

À cette nouvelle, ils se réjouirent et promirent de lui donner de l’argent. Et Judas cherchait comment le livrer au moment favorable.

Le premier jour de la fête des pains sans levain, où l’on immolait l’agneau pascal, les disciples de Jésus lui disent : « Où veux-tu que nous allions faire les préparatifs pour que tu manges la Pâque ? »

Il envoie deux de ses disciples en leur disant : « Allez à la ville ; un homme portant une cruche d’eau viendra à votre rencontre. Suivez-le,

et là où il entrera, dites au propriétaire : “Le Maître te fait dire : Où est la salle où je pourrai manger la Pâque avec mes disciples ?”

Il vous indiquera, à l’étage, une grande pièce aménagée et prête pour un repas. Faites-y pour nous les préparatifs. »

Les disciples partirent, allèrent à la ville ; ils trouvèrent tout comme Jésus leur avait dit, et ils préparèrent la Pâque.


 


 


 

Judas Iscariote : le flou de sa motivation


 

Première fois, me semble-t-il qu’il fait son apparition dans l’évangile de Marc ? mais non …. le fait que je ne m’en souvienne pas au premier abord montre qu’il disparaît totalement du paysage… En fait, il est le dernier nommé sur la liste des disciples au chapitre 3 de cet évangile !


 

Il en établit douze, pour les avoir avec lui, et pour les envoyer prêcher avec le pouvoir de chasser les démons. Voici les douze qu'il établit: Simon, qu'il nomma Pierre;… André; Philippe; Barthélemy; Matthieu; Thomas; Jacques, fils d'Alphée; Thaddée; Simon le Cananite; et Judas Iscariot, celui qui livra Jésus.


 

Contrairement aux autres disciples où Marc nous donne des informations assez précises sur certains des disciples ( le nom que Jésus leur donne ou plutôt le surnom ) pour Judas, sa présentation anticipe sur la fin du récit car il est identifié comme celui qui « livre Jésus » alors que le lecteur lui ne le sait pas…

(en réalité c’est faux de dire cela car les auditeurs pour lesquels cet évangile était destiné, connaissaient certainement l’histoire de Judas, étant des « disciples de Jésus membres d’une communauté, au courant de l'histoire de la  Passion dans ses grandes lignes...)


 

L’origine du mot Iscariote est discutée ou plutôt contestée.. beaucoup estiment qu’il s’agit d’un nom qui désigne un lieu d’origine, d’autres qui décrit son caractère et signifierait «  le faux »


 

« L'étymologie du mot « Iscariote » peut éclairer le rôle et l'histoire de Judas par rapport à ceux de Jésus lui-même. Selon une première explication, le terme se comprend : Ish-Qeriyyot, « homme de Kerioth » (cité du Sud judéen) ; Judas serait alors un disciple originaire de Judée, à la différence des autres apôtres qui étaient galiléens. Une deuxième explication fait dériver le mot de l'araméen ishqarya, le « faux ». Enfin, une troisième voit la matrice du nom d'Iscariote dans le latin sicarii (« sicaires », « hommes au couteau », de sica), terme utilisé par Flavius Josèphe, à côté de lêstai (« brigands »), pour désigner les zélotes : ho Iskariôtès serait la corruption de ho sikarios et, dès lors, Judas serait un ancien zélote. Bien que suspectée d'anachronisme, cette thèse paraît la plus séduisante sinon la plus plausible"

—  André PAUL Encyclopédie Universalis)


 

En tout cas, ici la présentation de Judas est très succincte et son désir de trahison ( le mot n’est pas mentionné) est présenté dans cette rencontre avec les grands prêtres, sans que l’état d’âme de Judas soit expliqué ni la raison de sa décision ( ce qui permet, bien entendu les extrapolations de toutes sortes) : il relate tout simplement des faits . L’auteur s’attache plutôt à nous montrer la réaction des grands prêtres et met en exergue leur perversion ce qui cadre bien avec le reste du texteet ici ce n’est pas Judas qui leur demande de l’argent ce sont les grands prêtres qui le lui offrent pour le récompenser… pas de 30 pièces d’argent pour vendre Jésus, ce qui fait que ce court texte sur son échange avec les grands prêtres ne permet pas d’expliquer sa motivation pour des raisons de cupidité.


 

Jésus : le maître de son destin


 

Tout de suite après, l’auteur passe à autre chose, et nous explique quels préparatifs Jésus a fait pour la fête de la Pâque ( juive bien entendu) .


 

Le premier jour de la fête des pains sans levain, où l’on immolait l’agneau pascal, les disciples de Jésus lui disent : « Où veux-tu que nous allions faire les préparatifs pour que tu manges la Pâque ? »

Il envoie deux de ses disciples en leur disant : « Allez à la ville ; un homme portant une cruche d’eau viendra à votre rencontre. Suivez-le,

et là où il entrera, dites au propriétaire : “Le Maître te fait dire : Où est la salle où je pourrai manger la Pâque avec mes disciples ?”

Il vous indiquera, à l’étage, une grande pièce aménagée et prête pour un repas. Faites-y pour nous les préparatifs. »

Les disciples partirent, allèrent à la ville ; ils trouvèrent tout comme Jésus leur avait dit, et ils préparèrent la Pâque.


 

Les directives qu’il donne aux disciples, ressemblent beaucoup à celles données pour son entrée à Jérusalem sur un âne dans leur précision et montrent bien que  c’est lui qui a pris l’initiative de chercher un lieu ( comme il l’avait fait de trouver un âne) pour qu’ils se réunissent sans qu’on nous raconte comment il l’a fait et les disciples sont simplement envoyés à mettre en œuvre ce que lui même a anticipé et a préparé. Il a certainement quelque chose derrière la tête qu’il veut faire ou dire au moment de la Pâque. C’est un acte délibéré, une mise en place d’un scénario qui montre de la part de Jésus une maîtrise totale des événements à venir, tout le contraire d’une victime impuissante devant sa « Passion ». Contrairement au sens latin étymologique du mot (en latin « pati» ou pathos en grec) qui désigne une souffrance subie , c’est Jésus qui prend l’initiative des derniers moments de sa vie. Et la mention plus haut de l’accord entre Judas et les grands prêtres, montre bien le fait que Jésus était au courant ….a-t-il choisi ce lieu particulier en pensant à son arrestation prochaine ? Qui le dira…


 

Et nous ?


 

En tout cas, on est là au seuil d’actes, d’événements et de paroles prononcées par Jésus qui deviendront les fondements de ce qu’on appelle aujourd’hui le christianisme sous toutes ses formes et dans toute sa diversité. Judas réapparaîtra, un peu plus tard avec la même sobriété …. et l’évangéliste ne fait pas ce que les médias ont finalement compris après les attentats du 13 novembre dont le procès vient de s’ouvrir aux assises de Paris : on ne fait pas un héros d’une personne qui a commis un crime au dépend de ses victimes innocentes… on n’en fait pas un monstre non plus…


 

Nos médias dans leurs reportages auraient beaucoup à apprendre de la sobriété du rédacteur de l’évangile de Marc et la littérature prolixe sur le personnage de Judas devrait nous alerter sur notre fascination pour les « méchants » car c’est cette fascination qui alimente leurs rubriques même si on préfère les blâmer pour être le miroir grossissant de nos désirs pervers inavoués...


 


 

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