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simone-over-blog Vivre la foi chrétienne au quotidien ici et ailleurs: réflexions , réactions et méditations en chemin.

Une énigme à résoudre

Simone
le soleil continue à se coucher, le 29 juin.

le soleil continue à se coucher, le 29 juin.

le 29 juin 2021, Auvergne 2021,

 

 

( Il fait vraiment frais presque froid...incroyable en ce 29 juin... un village dans le Puy de Dôme s’est retrouvé sous une coulée de boue... l’équipe de France de football a été éliminée de l’euro 2020 qui est joué en 2021... un immeuble s’est écroulé à Miami et a fait de nombreux morts...les infections au coronavirus remontent en Israël et en Australie .à cause du variant delta.... en Ethiopie, le président appelle à un cessez-le feu après que des troupes rebelles aient repris la région du Tigrey ...et notre maison se remplit et se désemplit au fil des visites des uns et des autres...la roue tourne…le soleil continue à se coucher tous les soirs)

 

 

Marc 12 : 35-37

 

 

 

Jésus, continuant à enseigner dans le temple, dit: Comment les scribes disent-ils que le Christ est fils de David?

David lui-même, animé par l'Esprit Saint, a dit: Le Seigneur a dit à mon Seigneur: Assieds-toi à ma droite, Jusqu'à ce que je fasse de tes ennemis ton marchepied.

David lui-même l'appelle Seigneur; comment donc est-il son fils? Et une grande foule l'écoutait avec plaisir.


 


 


 

Jésus reprend l’initiative et propose une énigme


 

Ayant déjoué tous les questions pièges de ses détracteurs et ayant finalement pu expliquer l’essentiel de la loi juive à un interlocuteur sincère, Jésus va de nouveau attaquer les scribes et les discréditer sans s’adresser à eux mais à la foule qui est venue, pour écouter ses enseignements et peut-être aussi le voir « rabattre leur caquet » comme on dit familièrement, mais toujours pas semble-t-il pour chercher la guérison comme au début du récit. Le verset précédent, « ils ne lui posèrent plus de questions », donne l’impression que ses détracteurs se sont retirés ou tout du moins l’ont laissé continuer à enseigner à la foule sans intervenir.


 

La stratégie qu’il utilise pour les discréditer, est de montrer leur incapacité à expliquer des passages difficiles ou subtils de la Loi s’attaquant au cœur de leur identité comme spécialistes de son interprétation. Le texte qu’il cite est le début du psaume 110 attribué à David et qui est considéré à portée messianique ...


 

 

Psaume 110 De David. Psaume. Parole de l'Éternel à mon Seigneur: Assieds-toi à ma droite, Jusqu'à ce que je fasse de tes ennemis ton marchepied.


 

(Dans les explications que j’ai lues sur cette citation du psaume est qu’il y a deux mots différents utilisés en langue hébraïque : le premier est « Yahweh » et le deuxième est « Adonaïe », mais que dans la citation donnée en grec de ce texte , c’est le même mot qui est utilisé pour les deux : Kyrios)


 

La question que Jésus pose (une question de pure forme car il ne s’adresse pas à eux) pour les critiquer fait preuve de subtilité, car il montre une contradiction entre leur affirmation que le Christ ( messie/ l’oint de Dieu) est fils donc descendant de David et en quelque sorte inférieur à lui , mais pourtant est caractérisé comme « Seigneur » un statut qui le met, au-dessus de David dans ce psaume, qu’il précise être inspiré par l’Esprit de Dieu. Ces deux caractéristiques du Messie étant incompatibles, cela voudrait dire que l’une est vraie et l’autre fausse ou qu’il y ait une autre solution pour les concilier . En fait ce qu'il propose ici à ses auditeurs est de l'ordre de l'énigme que les scribes apparemment sont incapables de résoudre.


 

En réalité, cette manière de poser des énigmes pour tester l’intelligence ou la sagesse d’une personne était courante dans les cercles rabbiniques et on se souviendra dans l’Ancien Testament de l’histoire de Samson qui propose une énigme aux philistins qui ne pouvant la résoudre,  demanderont à sa femme de leur donner la solution, ce qu’elle arrive à obtenir ... On trouve l’histoire dans le livre des Juges (14) dont voici quelques extraits


 

« Et là, Samson fit un festin, « Je vais vous proposer une énigme. Si vous me l'expliquez pendant les sept jours du festin, et si vous la découvrez, je vous donnerai trente chemises et trente vêtements de rechange. Mais si vous ne pouvez pas me l'expliquer, ce sera vous qui me donnerez trente chemises et trente vêtements de rechange. Ils lui dirent: Propose ton énigme, et nous l'écouterons. Et il leur dit: De celui qui mange est sorti ce qui se mange, et du fort est sorti le doux. (impossibilité étant donné la contradiction) Pendant trois jours, ils ne purent expliquer l'énigme [….] Elle ( sa femme) pleura auprès de lui pendant les sept jours que dura leur festin; et le septième jour, il la lui expliqua, car elle le tourmentait. Et elle donna l'explication de l'énigme aux enfants de son peuple »

( je ne peux pas m'empêcher d'ajouter un petit commentaire...nous la force de persuasion que nous avons auprès des hommes est impressionnante: on ne devrait pas l'oublier!)


 

Ce qui est intéressant est que Jésus ne donne pas la réponse ou la solution à la question qu’il pose : il ne résout pas l’énigme mais la réaction de la foule «  Et une grande foule l'écoutait avec plaisir »montre bien qu’il utilise un mode d’expression qui leur est familier et démontre aussi que Jésus est un très bon communicant qui sait tenir son audience en se moquant des scribes qu'il prend pour cible.


 

Mais ça c’est à peine une première réaction à ce passage, car le choix de Jésus de ce psaume et du thème messianique qui y est attaché, n’est pas anodin, : après être entré dans Jérusalem sur un ânon et de s’être laissé acclamer par la foule, comme fils de David qui vient au nom du Seigneur, il est très naturel de penser que Jésus a choisi de citer ce psaume pour parler de lui-même. Cette énigme que les pharisiens ne peuvent pas résoudre, c’est lui qui en est la résolution. Cependant comme on l’a vu tout au cours du récit de cet évangile, Jésus ne dit jamais qui il est clairement, il laisse les autres essayer de le découvrir. Donc ici non seulement il ne résout pas l’énigme mais, il ne s’attarde pas sur le sujet, aussi important pourtant que soit cette question de l’identité du Messie. Il passe tout de suite après, à une attaque directe des scribes en enjoignant la foule de se méfier d’eux : « gardez-vous des scribes… » dit-il dans la foulée


 

* * *


 

Si Jésus et l’évangéliste qui rapporte ses paroles ne s’y attardent pas, par contre les théologiens s’y sont attardés. Ces paroles de Jésus ont été largement utilisées par la tradition pour prouver sa divinité, et donc la doctrine de la Trinité ce qui fait donc que d’autres, s’opposant à cette doctrine, ont aussi cherché à démontrer que ce passage n’impliquait pas la divinité de Jésus. D’ailleurs en cherchant une interprétation juive du psaume 110, j’ai découvert un site internet très militant qui se veut un rempart contre les tentatives de convertir les juifs au christianisme et qui reprend le texte du psaume 110 en expliquant que les chrétiens choisissent de traduire ce verset d’une manière erronée pour prouver justement que Jésus est égal à Dieu….

(https://www.jewsforjudaism.org/knowledge/articles/psalm-110-a-jewish-perspective/)


 

Ne pouvant lire le texte dans la langue originale, je ne suis pas habilitée à porter un jugement là-dessus. Pour moi, étant donné la date de cet évangile, je ne crois pas que l’intention de l’évangéliste ait été de « prouver  « ou « d’affirmer » sa divinité, la question n’étant pas du tout au centre des préoccupations des nouveaux chrétiens. Également étant donné l’audience à laquelle Jésus s’adresse, c’est plutôt son identité de « messie » à laquelle il ferait allusion mais il ne s’y attarde pas non plus…Je n’ai donc pas de raison de le faire!

 

D’ailleurs je n’ai pas choisi de relire cet évangile pour entrer dans des considérations subtiles et sophistiquées sur la nature de Jésus et des discussions sans fin qui durent depuis 2000 ans! Bien au contraire! C'est pour m’en éloigner que je l'ai fait : c’est le Christ vivant qui m’intéresse et que je veux redécouvrir pas un Jésus sujet de thèses, que l’on peut manipuler pour le faire entrer à coup d’arguments bien pensés dans les catégories pré-conçues de dogmes tout aussi bien ficelés .


 

Finalement, c’est peut-être de cela que Jésus se moque quand il propose cette énigme que les scribes sont incapables de résoudre , et qu’à leur suite tous les théologiens le seront tout autant d'une manière jamais définitive.. Conclusion:

 

 

L’identité de Jésus restera toujours une énigme….

 

(à moins de ne l’aborder autrement? On ne voit bien qu’avec le coeur disait le renard de St Exupéry!)


 

P.S À propos, dans le fossé, juste devant chez nous, vendredi dernier, il y avait un renard qui avait dû être percuté pendant la nuit : première fois que je vois un vrai renard… !

 

 

 

Un des articles que j’ai lus pour la préparation de ce passage et qui m’a paru intéressant.

Danove, P. (2003). The Rhetoric of the Characterization of Jesus as the Son of Man and Christ in Mark. Biblica, 84(1), 16-34. Retrieved June 29, 2021, from http://www.jstor.org/stable/42614418

 

 

 

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