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simone-over-blog Vivre la foi chrétienne au quotidien ici et ailleurs: réflexions , réactions et méditations en chemin.

Jésus, champion du débat

Simone
Denier romain, 42 avant Jésus Christ, vendu à Londres pour 2 700.000 livres

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4 juin, Auvergne 2021

 

Marc 12 :13-17

 

1er juin : hasard du calendrier le texte du jour est le même que celui auquel, je suis arrivée : le passage très connu sur la question de l’impôt dû à César ( et pour cause, il a été sélectionné pour être lu dans l’année liturgique, preuve de sa notoriété) et pour lequel il serait peut-être plus intéressant de faire une étude sur les interprétations mais surtout applications multiples qui en ont été faites à travers les siècles de l’histoire de l’église et qui sont révélatrices de leur rapport au pouvoir politique...Ce serait très intéressant je n’en doute pas et surtout je suis sûre que ça a été déjà fait!.

 

Pour voir comment ce passage est interprété à l’heure d’aujourd’hui il me suffirait ( suffirait, bon ce serait un travail énorme quand même!) de surfer sur l’Internet et de lire les centaines et milliers de commentaires qui sont faits pour avoir une idée de comment ce texte est interprété)  C’est fascinant d'ailleurs de se rendre compte comme on peut être de mauvaise foi, et l'interprétation varie selon que l’on aime ou pas le gouvernement en place… les enjeux politiques et économiques qui se cachent derrière les enjeux religieux sont toujours énormes!

 

 

 

Mieux vaut pour l’heure retourner à ce passage dans le contexte de l’évangile de Marc…

 

 

 

Jésus : le champion du débat

 

 

 

A ce point du récit, on trouve une succession de discussions entre Jésus et ses contradicteurs et on assiste à un vrai débat entre deux parties adverses, dans un lieu public, devant une foule attentive, une scène pas si étrange que cela pour nous aujourd’hui si on pense à des lieux comme le fameux Hyde Park de Londres où défilent prédicateurs religieux et idéologues que n’importe quel passant peut venir écouter et autour desquels se rassemblent souvent une foule de badauds

 

Exactement où était Jésus dans ce temple, on ne peut que l’imaginer : on sait que sur l’esplanade où étaient autorisés les gentils (les non juifs) est l’endroit où Jésus avait chassé les vendeurs, mais il y avait des lieux qui étaient réservés uniquement aux tenants du judaïsme, une cours réservée aux femmes nous dit-on et une autre où venaient les hommes religieux … l’évangéliste ne nous donne pas de précision.

 

 

 

 

 

Ils envoyèrent auprès de Jésus quelques-uns des pharisiens et des hérodiens, afin de le surprendre par ses propres paroles.

 

Et ils vinrent lui dire: Maître, nous savons que tu es vrai, et que tu ne t'inquiètes de personne; car tu ne regardes pas à l'apparence des hommes, et tu enseignes la voie de Dieu selon la vérité. Est-il permis, ou non, de payer le tribut à César? Devons-nous payer, ou ne pas payer?

 

Jésus, connaissant leur hypocrisie, leur répondit: Pourquoi me tentez-vous? Apportez-moi un denier, afin que je le voie.

 

Ils en apportèrent un; et Jésus leur demanda: De qui sont cette effigie et cette inscription? De César, lui répondirent-ils.

 

Alors il leur dit: Rendez à César ce qui est à César, et à Dieu ce qui est à Dieu. Et ils furent à son égard dans l'étonnement.

 

 

 

Le texte , grâce au commentaire succinct de l’évangéliste, ne nous permet pas de mettre en doute les mauvaises intentions de ceux qui viennent questionner Jésus. On sait, avant qu’ils ouvrent la bouche, qu’ils ne cherchent pas à recevoir ses enseignements ni à approfondir leur foi, ils cherchent à le piéger, et se croyant beaucoup plus intelligent et connaisseurs de la Thora que lui, homme du peuple n’appartenant pas à la caste privilégiée des scribes, ils imaginent que ce sera facile…

 

Ils ouvrent la conversation en utilisant la flatterie ...ce qui avec un autre que Jésus, serait une excellente stratégie car elle lui ferait baisser ses gardes (ça a très bien marché pour le renard de la Fontaine… qui s’est retrouvé avec un fromage dans le bec !) en faisant semblant de valoriser son opinion ( ils sont obséquieux tellement ils en rajoutent une couche) :

 

Maître, nous savons que tu es vrai, et que tu ne t'inquiètes de personne; car tu ne regardes pas à l'apparence des hommes, et tu enseignes la voie de Dieu selon la vérité.

 

 

Mais tout de suite, après cette adresse flatteuse, ils lui pose une question politico-religieuse, une des plus dangereuses que l’on puisse poser à quelqu’un qui vit dans un pays gouverné par une force étrangère et entouré de personnes pour qui l’impôt est extrêmement impopulaire ( ce qu'est toujours un impôt surtout pour ceux qui contrairement à d’autres ne profitent pas d'un arrangement avec le pouvoir romain) .

 

Il n’y a rien de plus pervers que de faire semblant de demander conseil à quelqu’un pour après  l’inculper. Il est facile d’imaginer qu’ils ont passé du temps à préparer leur question et qu’ils sont arrivés en se frottant les mains croyant qu’ils avaient trouvé la question qui le ferait vaciller et que l’affaire était dans le sac…(même s’il y a beaucoup d’études qui expliquent en détail pourquoi cette question est un piège, il me semble qu’il est facile de comprendre même sans être un spécialiste de la Palestine et du système des impôts de l’époque, l’enjeu de la question)

 

Et c’est là que moi, lectrice du XXI ème siècle, amoureuse des débats politiques et religieux, des argumentations intellectuelles, des joutes verbales où l’on essaie de faire montre de son érudition et de la supériorité de ses connaissances , je me délecte vraiment quand je vois comment Jésus répond à ces messieurs…

 

 

Tout d’abord, il n’est pas dupe...il ne tombe pas dans le panneau…

 

 

Jésus, connaissant leur hypocrisie, leur répondit: Pourquoi me tentez-vous?

 

 

Ensuite, il les déstabilise complètement en leur demandant de lui apporter un denier : il ne leur était pas possible d’imaginer pourquoi Jésus leur demanderait de le faire et voilà que c’est lui maintenant qui leur pose une question à laquelle ils ne peuvent pas se soustraire et pour laquelle une seule réponse est possible. Ce qui fait que quand ils répondent, ils savent qu’ils sont tombés dans le piège que Jésus leur a tendu mais ils ne comprennent pas tout de suite pourquoi…

 

Finalement sa réponse les ébahit nous dit-on à la fin de l’échange car ils ne s’attendaient certainement pas à avoir à faire à quelqu’un d’aussi intelligent….et pour cause...car Jésus ne répond pas à leur question originale mais en invoquant un principe qui contraste l’autorité de César à celle de Dieu les oblige à décider eux-mêmes de la réponse.

 

Alors il leur dit: Rendez à César ce qui est à César, et à Dieu ce qui est à Dieu.

 

 

 

Du politique et du religieux

 

 

La deuxième partie de sa réponse qui fait appel à  la souveraineté de Dieu sur leur vie, remet la question politique à sa place,à savoir dans le domaine du politique, mais de plus la rend dépendante de la question religieuse qui est fondamentale et première dans la loi juive ( et pour toute religion qui reconnaisse la suprématie de Dieu sur tous les aspects de la vie humaine): tu aimeras ton Dieu de toutes tes forces et de toute ton intelligence/ tu n’auras d’autre Dieu que celui-là, tu ne t’inclineras pas devant d’autres Dieu que etc....donc quoi que tu fasses tu ne dois pas te soumettre à un autre que Lui. Payer l’impôt ou ne pas payer l’impôt, finalement la question n’est pas là, ça c’est secondaire, …décidez vous même, l’important c’est que vous donniez à Dieu ce qui lui est dû….

 

 

 

Alors à travers les siècles, sa réponse a été souvent interprétée comme disant que l’on devait payer l’import à César ( ce que ne dit pas Jésus et ce que certains exégètes contestent aujourd’hui disant que pris dans le contexte du judaïsme de l’époque la conclusion était le contraire) mais surtout a été élargie à l’idée de se soumettre aux autorités politiques, idée qui a été renforcée et élargie par le « citoyen romain » qu’était apôtre Paul qui a enseigné la soumission à l’État dans son épître aux romains ( Pierre est beaucoup plus critique) et qui malheureusement a été utilisée par les gouvernements « chrétiens »avec l’appui de l’église pour condamner toute velléité de contestation et de révolte…ce faisant, passant à côté de la souveraineté et de l’autorité première de Dieu sur nos vies

 

 

Interlude

 

 

( En parlant de cela….j’ai été sidérée quand j’ai lu dans les faits divers en France qu’un groupe de catholiques avait fait une procession dans les rues de Paris pour commémorer la mort de religieux tués par les rebelles de la Commune, il y a 150 ans (à une époque où bourgeoisie et église étaient étroitement liés)…. laquelle avait été réprimée dans le sang au chiffre impressionnant de plus de 15 000 morts du côté des rebelles… Bon alors, on devrait avoir le droit de faire une procession avec sa famille, à Paris une belle après-midi de printemps sauf que malheureusement, ils ont été pris à partie violemment par un groupe d’excités aux cris de ah bas les fachos ! Ça a fait donc tout un pataquès qui a agité et fait plaisir à tous les réseaux sociaux de la droite ou extrême droite, et ça a surtout permis à certains catho de se prendre pour des martyrs...et de faire courir sur la toile l’idée qu’entre les fachos de gauches et les islamistes, c’était l’étau qui se serrait..... Heureusement que j’ai vu quand même une déclaration de certains catholiques qui parlaient de cette procession comme une aberration « La marche des martyrs, une aberration spirituelle et politique » , article publié dans la Vie et la Croix)

 

 

* * *

 

 

En tout cas pour moi, au-delà des interprétations et des conclusions que l’on peut tirer de ce que dit Jésus, ce passage m’enchante ! Toutes les scènes de discussions entre Jésus et les pharisiens qui nous sont rapportées et particulièrement celle-ci me semblent très vivantes et très réalistes. Autant il y a des épisodes que j’ai du mal à voir, autant ces épisodes me semblent presque familiers  et compréhensibles: voir des gens débattre des idées, défendre leur croyance à coup d’arguments, chacun redoublant de subtilités, est plus que fascinant.

 

Finalement Jésus ici est un David ( fils de David) et les pharisiens le Goliath, et voir le David moquer et marquer des points contre le Goliath du moment est un vrai plaisir….surtout que dans la vie réelle ce n’est pas habituel et c’est pour cela qu’on aime tous ces films où le petit gentil, innocent et méprisé finit par gagner et le grand, corrompu, arrogant et méchant roule dans la poussière…..

 

Mais le plaisir de voir Jésus tenir la dragée haute aux pharisiens qui a dû faire plaisir à la foule et surtout à ses disciples (et qui me fait plaisir à moi aussi) terminera de manière abrupte quand Jésus se laissera mener à la Croix...ils n’en croiront pas leurs yeux…

 

Tellement on est aveuglé par notre connaissance de la fin, qu’on ne se rend pas compte qu’elle n’est pas un aboutissement normal de l’histoire : Le Jésus de Marc ne nous permet pas d’envisager un Jésus qui se laisse appréhender par les autorités religieuses et ne se défende pas…un Jésus qui termine crucifié et abandonné de tous...

 

A moins que ce soit Lui qui ne l’ait décidé...

 

De quoi réfléchir !

 

P.S Un des nombreux articles consultés sur le thème Ukpong, J. (1999). Tribute to Caesar, Mark 12:13-17 (Mt 22:15-22; Lk 20:20-26). Neotestamentica, 33(2), 433-444. Retrieved June 3, 2021, from http://www.jstor.org/stable/43070287

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