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simone-over-blog Vivre la foi chrétienne au quotidien ici et ailleurs: réflexions , réactions et méditations en chemin.

Je suis le Messie

Simone
Encore le printemps

Encore le printemps

le 20 avril 2021, la Virginie

 

Marc 11: 1-11


 

( Alors qu’on s’apprête de nouveau à retourner en France je n’y comprends rien avec ce qui se passe avec le coronavirus là-bas ...ça n’en finira jamais cette histoire…)


 

Lorsqu'ils approchèrent de Jérusalem, et qu'ils furent près de Bethphagé et de Béthanie, vers la montagne des oliviers, Jésus envoya deux de ses disciples,

en leur disant: Allez au village qui est devant vous; dès que vous y serez entrés, vous trouverez un ânon attaché, sur lequel aucun homme ne s'est encore assis; détachez-le, et amenez-le.

Si quelqu'un vous dit: Pourquoi faites-vous cela? répondez: Le Seigneur en a besoin. Et à l'instant il le laissera venir ici.

les disciples, étant allés, trouvèrent l'ânon attaché dehors près d'une porte, au contour du chemin, et ils le détachèrent.

Quelques-uns de ceux qui étaient là leur dirent: Que faites-vous? pourquoi détachez-vous cet ânon?

Ils répondirent comme Jésus l'avait dit. Et on les laissa aller.

Ils amenèrent à Jésus l'ânon, sur lequel ils jetèrent leurs vêtements, et Jésus s'assit dessus.

Beaucoup de gens étendirent leurs vêtements sur le chemin, et d'autres des branches qu'ils coupèrent dans les champs.

Ceux qui précédaient et ceux qui suivaient Jésus criaient: Hosanna! Béni soit celui qui vient au nom du Seigneur!

Béni soit le règne qui vient, le règne de David, notre père! Hosanna dans les lieux très hauts!

Jésus entra à Jérusalem, dans le temple. Quand il eut tout considéré, comme il était déjà tard, il s'en alla à Béthanie avec les douze.


 

Un épisode bien connu, avec tous les titres qu’on lui a donné, l’entrée triomphale à Jérusalem et qui est devenu, dans la liturgie « le dimanche des rameaux », tellement connu qu’il a été l’occasion de nombreuses représentations qui suscitent dans notre esprit des images multiples qui risquent d’obscurcir le texte...La rançon de la gloire : le rite qui fait revivre des milliers de fois un événement basé sur une réalité historique, le transforme en autre chose, lui donnant une dimension mythique allégorique qui finit par nous faire douter de son authenticité.


 


 

Un événement à contre-courant ?


 

Autre épisode qui arrive sans crier gare sauf, la localisation : on était en marche vers Jérusalem où Jésus a annoncé qu’il serait fait prisonnier et qu’il mourrait, ce qui est encore difficile à croire, et finalement maintenant, on est arrivé dans ce lieu fatidique.


 

Il y a peu d’événements dans le récit de Mark où l’on voit Jésus prendre l’initiative de « faire quelque chose » de précis. S’il est évident qu’il se sait et se veut en mission, qu’il décide où il veut aller, et qu’il est en général celui qui dicte sa volonté à ses disciples qui le suivent, on le voit souvent interrompu et approché par la foule qui le presse et dont il essaie quelquefois de s’échapper. Le récit est une série de rencontres et d’échanges à la fois avec des personnes demandeuses et des personnes qui le remettent en cause. C’est à l’occasion de ces rencontres bien souvent qu’il n’a pas sollicitées qu’il prodigue ses enseignements aux disciples et à la foule qui le suit de près ou de loin.


 


 

Dans cet épisode, on voit Jésus prendre une initiative qui semble ne pas être en cohérence avec ce qu’il enseigne : il veut entrer dans Jérusalem, pas à pied, mais assis sur un ânon, nous dit-on. Il y a une véritable mise en scène de sa part : il a tout prévu, il a déjà demandé à quelqu’un de lui prêter l’animal sur lequel il va s’asseoir et il donne l’ordre à deux de ses disciples d’aller le chercher.


 

Lorsqu'ils approchèrent de Jérusalem, et qu'ils furent près de Bethphagé et de Béthanie, vers la montagne des oliviers, Jésus envoya deux de ses disciples,

en leur disant: Allez au village qui est devant vous; dès que vous y serez entrés, vous trouverez un ânon attaché, sur lequel aucun homme ne s'est encore assis; détachez-le, et amenez-le.

Si quelqu'un vous dit: Pourquoi faites-vous cela? répondez: Le Seigneur en a besoin. Et à l'instant il le laissera venir ici.


 

Cette partie de l’histoire s’inscrit bien dans les coutumes de l’époque : on pouvait emprunter un animal de somme pour transporter des biens ou des personnes et promettre à son propriétaire de le lui rendre après l’avoir utilisé, ce qui était réglementé dans les lois juives. L’emprunt pouvait être fait gratuitement ou il pouvait y avoir paiement mais en tout cas l’emprunteur était responsable de l’animal pendant son utilisation et devait dédommager le propriétaire au cas où il soit blessé..


 

Il n’y a pas de suggestion que l’emprunt soit motivé pour une raison pratique. Aucun indice de la part de l’évangéliste, sur le pourquoi de cet emprunt, sauf qu’aussitôt que l’animal lui est apporté, les disciples jettent leur manteau pour que Jésus s’assoie. Certainement un geste pour honorer Jésus et tout à coup la foule dont la présence n’est pas mentionnée auparavant, fait son apparition et forme un cortège autour de lui en l’acclamant.


 

Ils amenèrent à Jésus l'ânon, sur lequel ils jetèrent leurs vêtements, et Jésus s'assit dessus.

Beaucoup de gens étendirent leurs vêtements sur le chemin, et d'autres des branches qu'ils coupèrent dans les champs.

Ceux qui précédaient et ceux qui suivaient Jésus criaient: Hosanna! Béni soit celui qui vient au nom du Seigneur!

Béni soit le règne qui vient, le règne de David, notre père! Hosanna dans les lieux très hauts!


 

C’est une vraie procession qui est décrite, une procession où Jésus se laisse acclamer comme futur roi sans que l’on sache pourquoi. Autant pour moi, les autres scènes rapportées étaient plausibles où semblaient découler naturellement de leur contexte culturel et religieux, autant ici, j’ai du mal à le situer surtout étant donné ce qu’on a vu de la personnalité de Jésus, de ses enseignements et de l’annonce de sa mort infâme.


 

C’est peut-être pour ça que l’on a ajouté ou imaginé tant d’interprétations différentes à cette scène, la plus traditionnelle étant celle de l’accomplissement d’une prophétie de l’ancien testament qui est d’ailleurs mentionnée dans les autres évangiles ;  « Sois transportée d'allégresse, fille de Sion! Pousse des cris de joie, fille de Jérusalem! Voici, ton roi vient à toi; Il est juste et victorieux, Il est humble et monté sur un âne, Sur un âne, le petit d'une ânesse » . Il me semble que, Jésus roi des juifs, fils de David est un concept totalement nouveau dans cet évangile à part, le cri qu’on vient juste d’entendre de l’aveugle Bartimée.


 

On en revient à l’énigme Jésus, avec ses titres différents, ses identités multiples, un maître qui d’une part enseigne à ses disciples à être serviteur, qu’il faut donner sa vie pour les autres mais qui d’autre part se met en situation pour être acclamé par la foule …


 

En tout cas, il me semble naturel de penser que ce moment d’enthousiasme des foules (programmé orchestré ou encouragé par Jésus) a nécessairement inquiété les chefs religieux qui ont vu la possibilité d’un soulèvement politico-religieux autour de lui qui mettrait en péril à la fois leur pouvoir mais aussi  l’équilibre précaire de compromis qu’ils avaient établis avec le pouvoir romain. Jésus dans cet épisode apparaît être un agent provocateur face aux autorités, dans ce temps de fête à Jérusalem, où l’on venait de partout et la ville était pleine à craquer…


 

Pourquoi cette provocation ? Pourquoi se payer cette entrée triomphale à Jérusalem ( même si ce n’était qu’un ânon) sachant les conséquences possibles de son acte ? Pour se faire plaisir attiré lui aussi par l’adulation de la foule ou volonté de provoquer cette arrestation le plus vite possible ?


 

On ne le sait pas… (et c’est un peu rageant…)


 

Je suis le Messie légitime


 

Pas de réponse psychologique, seule, un réponse théologique est possible et on ne peut pas ici éviter de l’aborder : la seule « explication plausible » nous renvoie à la question de l’identité de Jésus en faisant appel à des attributs qui relèvent de sa « divinité » de sa qualité de « sauveur de l’humanité » , de « Messie » mais aussi de « Fils ». Cette entrée à Jérusalem nous oblige à le penser comme quelqu’un qui se savait faire partie d’un dessein précis, d’une mission qui lui aurait été donnée par le Père, dont il était pleinement conscient et qu’il faisait par obéissance….


 

Le Jésus de Marc commence à ressembler au Jésus de la foi chrétienne dans le sens qu’on l’entend encore aujourd’hui. Il cesse ici d’être ce prédicateur juif itinérant quelconque, avec des prétentions de prophète, il assume son identité de fils de David, de « Messie », de roi légitime : significatif que le texte note que la procession termine au temple, le cœur de la vie religieuse juive. Alors qu’il ne dit pas un mot, il se déclare visiblement et clairement, le Messie du peuple juif sans que le texte ne le relève…( ce pourquoi on devrait lui être gré peut-être, lui permettant ainsi d’être simplement un témoin de l’authenticité de l’épisode.) L’évangéliste ne tire pas de conclusion de l’événement, ni ne nous donne la réaction des disciples qui avaient participé à la liesse de la foule, la seule remarque est que comme il se faisait tard, Jésus sort de la ville et retourne dans le lieu où il demeurait…


 

Mais comment ne pas penser aux disciples et ne pas imaginer leur perplexité ? Jésus leur a annoncé qu’il serait fait prisonnier et livré aux autorités… et voilà que c’est Jésus, le Messie traditionnel, roi des Juifs, comme ils se le sont toujours imaginé qu’ils voient défiler sous leurs yeux et qui semble prêt à prendre le pouvoir. Que croire, ou qui croire ( ne serait-ce qu’un mauvais rêve cette annonce...ou une vérité qu’il ne faut pas prendre littéralement) ? En tout cas pour l'instant, ce Jésus-là, ce Messie acclamé leur convient très bien.


 


 

* * *


 


 

A vrai dire, cet épisode ne m’inspire pas particulièrement...il m’est plus facile d’imaginer un Jésus rejeté qu’un Jésus acclamé...je ne sais pas ce que ce passage dit sur l’identité et le caractère de Jésus, mais ça en dit long en tout cas sur le caractère de celle qui le lit et le commente…..

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