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simone-over-blog Vivre la foi chrétienne au quotidien ici et ailleurs: réflexions , réactions et méditations en chemin.

Transfiguration: un événement énigmatique

Simone
un événement énigmatique

un événement énigmatique

Marc 8: 38; 9:1-4

 

Le 9 décembre 2020, la Virginie


 

On s’avance à grands pas vers Noël, par contre avec Marc, on s’avance vers autre chose….

 

Le récit de Mark a vraiment basculé, plus ça va et plus ça bascule. Le texte a pris un tournant inattendu...avec la découverte de l’identité de Jésus par Pierre, rectifiée par Jésus, l’annonce de sa mort, et l’appel de Jésus à un discipulat exigeant, et qui termine par une allusion au jugement dernier, quelque peu énigmatique :


 

Car quiconque aura honte de moi et de mes paroles au milieu de cette génération adultère et pécheresse, le Fils de l'homme aura aussi honte de lui, quand il viendra dans la gloire de son Père, avec les saints anges.

 

Et le chapitre 9 continue dans la même veine … :


 

 Il leur dit encore: Je vous le dis en vérité, quelques-uns de ceux qui sont ici ne mourront point, qu'ils n'aient vu le royaume de Dieu venir avec puissance.

 

 

On sort du récit et des enseignements de Jésus tous ancrés dans le temps présent, quand juste après avoir parlé de souffrance, Jésus parle de gloire et de puissance…dans l’après

 

 

Mais de quel après s’agit-il ?

 

 

Surtout quand on sait que cet évangile a été écrit dans l’après du texte produit et que l’auteur avait donc bien entendu une compréhension de quel après, il s’agissait...un après déjà révolu puisqu’il spécifie que ceux qui sont présents verront « le Royaume de Dieu venir avec puissance » ? La résurrection ?  Ou un après non réalisé encore du texte rédigé et donné en lecture si c’est une image du jugement dernier, qui est évoquée …mais qui sait ?

 

( il y a beaucoup de discussions sur ces temps de l'après … sur ce que Jésus a voulu dire et aussi ce que les auditeurs/lecteurs ont compris. Pour ma part, je n’ai pas envie de m’appesantir sur cet aspect du texte.)

 

 

Transfiguration

 

En tout cas un texte qui se déclinait au présent jusqu’à maintenant, se projette tout à coup dans l’avenir...un avenir proche ou lointain...mais malgré tout ne nous prépare pas pour ce qui vient après quand on retourne dans le présent avec la formule de :

 

« six jours après » 

 

Six jours après, Jésus prit avec lui Pierre, Jacques et Jean, et il les conduisit seuls à l'écart sur une haute montagne. Il fut transfiguré devant eux;

 

ses vêtements devinrent resplendissants, et d'une telle blancheur qu'il n'est pas de foulon sur la terre qui puisse blanchir ainsi.

 

Élie et Moïse leur apparurent, s'entretenant avec Jésus.

 

 

Oui, le texte bascule vraiment, le texte et son récit : la seule introduction qui nous est donnée ce sont ces 6 jours, une indication précise temporelle. inhabituel pour Mark qui d’habitude fournit des précisions de location mais pas de temps. D’une certaine manière, on n’avait pas fait très attention quand Jésus avait dit que le fils de l’homme reviendrait dans la gloire… ou que le royaume viendrait avec puissance, avant de se retrouver devant cette scène déroutante...qui pourtant semble bien être une illustration de ce que Jésus vient de révéler…

 

 

Transfiguration, phénomène surnaturel, la scène est pourtant bien ancrée dans le réel : il ne s’agit pas d’un rêve, ni d’un moment particulier de la journée comme l’aube ou le crépuscule où l’on est entre chien et loup , entre lumière et obscurité, il y a une action délibérée de Jésus qui les conduit seuls à l’écart sur une haute montagne et en choisit seulement 3 dont on nous donne les noms montrant que le choix est bien délibéré et le nombre restreint est voulu. Mais rien qui ne nous donne des détails du déroulement des faits juste avant,  seule la remarque laconique « il fut transfiguré devant eux »

 

Six jours après, Jésus prit avec lui Pierre, Jacques et Jean, et il les conduisit seuls à l'écart sur une haute montagne. Il fut transfiguré devant eux;

 

Après cette introduction très succincte, par contre on a une description détaillée de la scène avec non seulement l’apparence lumineuse du corps de Jésus mais la présence de deux personnes du passé, Moise et Élie avec lesquels Jésus s’entretient comme si de rien n’était, comme si c’était la chose la plus naturelle du monde et pourtant on ne peut s’empêcher de penser que ce qui est décrit relève de la vision...une vision qui n’est pas présentée comme une vision, mais qui comme un mirage disparaîtra aussi vite qu’elle est venue à se demander si on n’a pas rêvé de l’avoir vu.

 

*   *   *

 

On ne peut pas passer à côté d’un texte comme celui-là sans prendre position pour le commenter ou même l’étudier...on doit décider à un moment donné si on y croit ou on n’y croit pas ou si en d’autres termes on croit qu’un tel événement se soit passé est dans le monde du possible ou si au contraire on en rejette d’emblée la possibilité.

 

Évidemment l’exégèse de ce texte, la question de son historicité en particulier, est obligatoirement influencée par cet a priori de départ ; un des critères utilisés dans la décision d’accepter la véracité du récit est celui qui consiste à dire que si ce n’est pas possible dans notre réel d’aujourd’hui ça ne l’était pas à ce moment là car allant à l’encontre des lois de la nature….bref c’est la même chose pour tous les miracles d’ailleurs.

 

( j’ai pu consulter de nombreux articles sur ce passage, profitant d’un accès gratuit, grâce à la pandémie, à de nombreux journaux d’études bibliques sur la question...Ce que j’en retiens, c’est que les chercheurs, ne pensent pas que le texte soit une invention de Marc mais qu’elle viendrait d’une tradition plus ancienne soit orale soit écrite que l’auteur a choisi d’inclure dans son évangile et qui apparaît ailleurs. À partir de là , certains vont estimer que c’est une invention de ses disciples mais qu’elle ne peut pas remonter à Jésus, d’autres par contre qu’il est possible de l’y faire remonter...mais derrière leurs argumentations et leurs discussions techniques et compliquées pour avancer leur opinion, il y a bien entendu cet a priori de départ, la possibilité ou l’impossibilité que l’événement se soit passé)

 

 

* * *


 

Pour l’instant ce qui me frappe au premier abord, c’est le caractère intime de l’expérience, le désir de Jésus de révéler à un petit cercle, sa vraie identité ne serait-ce qu’un moment...et surtout de leur dire, ne le dites à personne, c’est un secret…comme s’il regrettait de les avoir laissé voir sa gloire, son identité cachée de fils de Dieu...En fait j’y vois là un trait d’humanité de Jésus, dans le désir profond que l’on a d’être connu, et reconnu…de pouvoir montrer cette autre identité qui existe au cœur de soi-même et que l’on se doit pour une raison ou une autre, de garder cachée.

 

(Pour nous qui sommes de ceux qui sont allés vivre dans une nouvelle terre qui n’était pas celle de nos origines où l’on se retrouve des étrangers...il y a ce désir de faire connaître auprès de ceux qui deviennent proches, le lieu d’où l’on vient et qui on était là-bas...plus particulièrement ceux qui avaient un statut social privilégié et qui comme une de mes étudiantes, arrivée ici de l’Afghanistan doit maintenant travailler à l’usine...De temps en temps pouvoir mettre ses habits de fête, ou nous les montrer… comme elle l’a fait via zoom à la fin du cours, lundi dernier est une vraie joie…alors oui, Jésus c’était aussi un étranger qui venait d’autre part)



 

La deuxième chose qui me frappe dans ce texte, c’est l’absence de commentaire théologique de l’auteur (évidemment depuis lors les théologiens des siècles à venir s’en donneront à cœur joie et rattraperont largement cette omission). Il ne nous dit pas ce que cet événement veut dire, il ne nous fait pas de commentaire sur l’identité de Jésus, (c’est la voix que l’on entend et que l’on avait déjà entendue au début de l’évangile au moment de son baptême où il est désigné comme le fils du Père qui le révèle dans la suite du texte) En guise de commentaire, c’est la réaction des disciples qui nous sera donnée : frayeur d’abord, désir de s’installer ensuite. C'est une sorte de minimalisme théologique qui caractérise cet évangile, un minimalisme qui révèle, suggère mais ne se dit pas…

 

*   *   *


 

Un épisode qu’on n’attendait pas, une vision qui n’en est pas une, comme un rêve éveillé, raconté en détail mais avec sobriété, dans cette scène on découvre un autre Jésus , un Jésus qui n’est plus ce charpentier devenu rabbin itinérant, qui s’écharpe avec les pharisiens, qui mange et vit avec les disciples mais cet autre être qui leur échappe complètement et devant lequel ils sont totalement déconcertés…


 

Comme nous aussi d’ailleurs...


 

(à suivre..le passage est tellement riche, que cette petite réflexion de rien du tout ne saurait suffire.)


 


 

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