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simone-over-blog Vivre la foi chrétienne au quotidien ici et ailleurs: réflexions , réactions et méditations en chemin.

Marc 6 :7-13 Pas de mendicité, SVP!

Simone
moines bouddhistes faisant l'aumône au Cambodge

moines bouddhistes faisant l'aumône au Cambodge

 

Du 30 Juillet/1 août, 2020

30 juillet

Aujourd' hui, c'est l'acte final et solennel des hommages à John Lewis dans l'église où a prêché Martin Luther King (  église Ebenizer d'Atlanta Georgia, appelé église de la liberté), où le politique et le religieux seront étroitement liés...présence d' anciens présidents Clinton, Bush, (absence de Trump le président actuel), discours d'Obama, ... cantiques de louange, prières adressée au Dieu Tout Puissant pour réclamer justice et égalité, lecture de textes bibliques où le Jésus qui console ceux qui pleurent ne sera pas escamoté... mais le messages profond de l'Évangile sera peut-être noyé dans l'exotisme des chants "gospels" pour les uns mais surtout la présence des "grands de ce monde"  sur lesquels seront braquées toutes les cameras...ce qu'en dira la presse, ce qu'en retiendront les médias, bien entendu dépendra du public auquel, il s'adresse..

( Je viens d'écouter...et la cérémonie s'est ouverte avec la lecture des passages bien connus des paroles de Jésus sur la résurrection et la vie et aussi celles de l'apôtre Paul sur la victoire sur la mort mais ce qui m'a étonné vraiment c'est quand Obama a commencé son discours comme un sermon en citant le passage de l'épître de Jacques:. Ne voyez qu'un sujet de joie, mes frères, dans les épreuves de toute sorte qui tombent sur vous; sachant que l'épreuve de votre foi produit la patience" pour insister sur la persévérance dont a fait preuve John Lewis...mais a terminé par un appel à l'action pour rétablir le droit de vote universel menacé aujourd'hui...)

 

*   *   *


Quand j'ai écrit ma chronique , l'autre jour sur John Lewis, j'ai été tenté, étant donné la description que l'on faisait de lui d'utiliser l'expression"figure christique" tellement, on parlait de courage d'abnégation, de sacrifice et de souffrance...tellement ses paroles de  prophète étaient toujours accompagnées d'un appel à répondre avec amour à la haine et à pardonner

Mais je me suis retenue de le faire.... et je suis contente de ne pas l'avoir écrit... car c'est dangereux d'attribuer ce nom "christique" à un être aussi exceptionnel qu'il soit: on risque de tomber dans l'exagération ou dans une forme d'anachronisme ou encore dans des propos à la limite du blasphématoire:  Jésus, c'est Jésus, le Christ, c'est le Christ, son histoire est unique et  n'est comparable à aucune autre ...

Je m'en rends compte d'autant plus maintenant que je retourne au texte de Marc qui raconte son histoire  qui s'est déroulée en Palestime, il y a 2000 ans.  Sans ce Jésus là pour montrer le chemin, pour tracer la route, pour prêcher la bonne nouvelle pour vivre la passion et la résurrection, il n'y aurait pas de John Lewis....c'est en Lui qu'il a trouvé son courage et son inspiration..

Alors disciple oui, témoin encore plus appelé certainement comme les douze..

 

Alors il appela les douze, et il commença à les envoyer deux à deux, en leur donnant pouvoir sur les esprits impurs.

Il leur prescrivit de ne rien prendre pour le voyage, si ce n'est un bâton; de n'avoir ni pain, ni sac, ni monnaie dans la ceinture;

 de chausser des sandales, et de ne pas revêtir deux tuniques.

 Puis il leur dit: Dans quelque maison que vous entriez, restez-y jusqu'à ce que vous partiez de ce lieu.

 Et, s'il y a quelque part des gens qui ne vous reçoivent ni ne vous écoutent, retirez-vous de là, et secouez la poussière de vos pieds, afin que cela leur serve de témoignage.

 Ils partirent, et ils prêchèrent la repentance.

 Ils chassaient beaucoup de démons, et ils oignaient d'huile beaucoup de malades et les guérissaient.


Il leur donna autorité

 

Les douze on les connaît...Jesus les a appelés et nous a donné leur nom mais jusqu'à présent, ils sont autour de lui, ils le suivent, ils l'entourent mais ils ne prêchent pas. Cette fois-ci, Jésus les envoie en mission et je ne peux m'empêcher de penser qu' il met  ce qu'on appellera "l'église" en marche: un autre acte fondateur après l'appel des disciples. Dès le début, Jesus n'a pas fait cavalier seul, créer une communauté qui le survive n'est pas l'invention d'un Paul comme on l'a dit trop souvent, c'est celle de Jésus: le projet de Jésus a toujours été communautaire...d'où d'ailleurs, l'envoi de deux par deux...

Tradition juive nous dit-on...de les envoyer deux par deux car selon la loi juive pour qu'une parole soit validée il faut qu'il y ait deux témoins...mais en dehors de cela, il me semble naturel que Jésus ne les ai pas envoyés un par un...(alors pourquoi pas trois ou 4?...bon ne discutaillons pas pour le plaisir de discuter)

Ce qui est plus intéressant ce sont les consignes très concrètes qu'il leur donne mais avant cela que pour accomplir leur mission, il leur ait donné spécifiquement autorité de chasser les démons (plutôt que le pouvoir de guérir ou de faire des miracles..même si on apprend qu'ils ont guéri beaucoup de malade) ce qui semble un motif constant dans la présentation de Jésus, comme celui qui a autorité, autorité sur les démons...autorité sur les lois du sabbat, autorité sur le vent et la tempête, mais aussi autorité dans le sens de autorisé...celui qui est autorisé qui a le droit de dire "tes péchés te sont pardonnés". Il ne s'agit pas ici d'un pouvoir magique qu'il leur donne, encore moins d'une méthodologie, des formules à réciter ou de gestes particuliers à faire, d'une stratégie, seulement d'une autorité : il leur transmet une autorité qui lui est propre et qui ne leur appartient pas...et donc ils ne peuvent agir comme si ce pouvoir de chasser les démons venait d'eux,  et comme ils sont envoyés deux par deux, ils ne sont pas tentés de se l'approprier...

 

Consignes pour la route

 

Les consignes concrètes sont intéressantes et évidemment ont besoin d'être traduites pour nous en termes culturels avant d'y trouver leur application ou le principe qu'il y a derrière...

 

 Il leur prescrivit de ne rien prendre pour le voyage, si ce n'est un bâton; de n'avoir ni pain, ni sac, ni monnaie dans la ceinture; de chausser des sandales, et de ne pas revêtir deux tuniques.


Ne rien prendre pour le voyage...en d'autres termes, nous on dirait de ne pas être prévoyant?  Moi qui ai voyagé beaucoup qui faisais des longues listes de tout ce que je devais prendre pour le voyage pour être sûre de ne rien oublier...je trouve ce minimalisme génial....(bon ils n'ont pas pris femme et enfants avec eux....mais n'anticipons pas sur les commentaires)

Pas de nourriture, pas d'argent, des sandales pour marcher ( pas de chaussures d'apparat ou de ville qui existaient) et pas de vêtement de rechange...une seule tunique

En d'autres termes, ils ne partent pas en voyage, ce ne sont donc pas des voyageurs comme les autres (qui risquent de se fair voler en route...pour les biens qu'ils transportent comme dans l'histoire du bon Samaritain)  ils ne déménagent pas non plus pour s'installer ailleurs... ils partent en mission...ce qui n'est pas la même chose..., c'est vraiment du temporaire...

 

Acceptez l'hospitalité

 

Alors, ce qui suit est difficile à comprendre et à imaginer même pour moi qui ai vécu dans des pays où l'hospitalité envers un étranger est de règle c'est le fait que Jésus ne mentionne pas qu' il y ait eu une invitation faite pour qu'il puisse entrer dans une maison...il y avait certainement des sous-entendus culturels compris des auditeurs qui faisaient qu'il n'y avait pas besoin d' expliquer...alors que nous, on aurait besoin de plus de détails pour comprendre les consignes pour distinguer ce qu'elles avaient de naturel et ce qu'elles avaient 'exceptionnel ( c'est pour ça qu'essayer de transposer ces consignes au pied de la lettre pour aujourd' hui ne fonctionne pas)

 

Puis il leur dit: Dans quelque maison que vous entriez, restez-y jusqu'à ce que vous partiez de ce lieu.

 

(Rester dans une seule maison va à l'encontre de tout ce que j'ai entendu dire et qui me trotte dans la tête: il ne faut pas abuser de l'hospitalité des gens, il ne faut pas s'incruster... etc...pourquoi cette consigne?)

Pour mieux comprendre ce que cela pouvait signifier, il est intéressant de consulter  le didache, qui est un document ancien écrit comme un espèce de catéchisme pour les nouveaux chrétiens (certains le datent très tôt...contemporain au texte de Marc) : la question de l'hospitalité est évoquée, ils estimaient que quelqu' un qui restait plus de 3 jours était un faux prophète:

 

" Pour les apôtres et les prophètes, selon le précepte de l’évangile, agissez de cette manière : Que tout apôtre qui vient chez vous soit reçu comme le Seigneur. Mais il ne restera qu’un seul jour et, si besoin est, le jour suivant ; s’il reste trois jours, c’est un faux prophète. A son départ, que l’apôtre ne reçoive rien en dehors du pain pour l’étape ; s’il demande de l’argent, c’est un faux prophète."

 

Le restez-y ne saurait donc évoquer des jours et des semaines comme on pourrait peut être l'imaginer au début, mais plutôt y passer un jour ou deux...accepter de passer la nuit après le repas...sachant qu'effectivement rester plus longtemps serait mal vu...

 

Pas de mendicité, s'il vous plaît?

 

En tout cas, ce que Jésus ne suggère pas c'est de mendier notait un des commentaires que j'ai lu  sur la question,...  j'ai trouvé ça intéressant car la mendicité, c'est une toute autre histoire...cela suppose une relation qui est dégradante pour celui qui demande, or ce n'est pas le projet du tout de Jésus pour ses disciples: il ne leur demande pas d'être des mendiants.. de s'humilier (sous prétexte que ça leur ferait du bien)... Il estime qu'ils sont dignes de recevoir l'hospitalité qu'on leur offre.... Et cela me frappe d'autant plus qu'aujourd'hui surtout dans les religions orientales les moines sont tenus à mendier pour collecter de l'argent pour subvenir à leurs besoins mais aussi qu'il y a eu toute une promotion de la mendicité dans l'histoire de l'église dans les ordres qu'on appelle mendiants...Les consignes de Jesus pour celui qui part en mission, est très éloigné de cette idée la.

(Et une dernière pensée sur ce thème, Jésus ne leur a pas demandé qu'ils sollicitent des fonds pour les lui rapporter....après tout, c'est lui qui leur a donné l'autorité, il aurait donc des droits sur le travail que ferait les disciples...il y aurait beaucoup à dire là-dessus)

 


Et, s'il y a quelque part des gens qui ne vous reçoivent ni ne vous écoutent, retirez-vous de là, et secouez la poussière de vos pieds, afin que cela leur serve de témoignage.

 

Retirez-vous de la et secouez la poussière de vos pieds...cette fois, ce n'est plus restez... mais partez, ne vous attardez pas, n'insistez pas... desolidarisez-vous de ces personnes et de ce lieu: ce sont eux qui portent la responsabilité de leur refus, ce n'est pas vous.., poursuivez votre chemin, tout le monde ne va pas vouloir vous recevoir....

(Selon les commentaires lus, l'idée de secouer la poussière des pieds est ce que faisait les juifs quand ils avaient marché dans une terre non juive et pour se laver de l'impureté du lieu ou ils avaient été, ils enlevaient la poussière de leurs pieds. L'expression donc indique une rupture mais pas une malédiction comme certains ont tendance à le croire Delebecque, Edouard. “« SECOUEZ LA POUSSIÈRE DE VOS PIEDS... » Sur L'hellénisme De Luc, IX, 5.” Revue Biblique (1946-), vol. 89, no. 2, 1982, pp. 177–184. JSTOR, www.jstor.org/stable/44088589. Accessed 2 Aug. 2020.)

 

Finalement, celui qui part en mission est totalement à la merci de celui qui le reçoit ....ou ne le reçoit pas... Restez chez celui qui vous invite mais ne vous forcez pas sur ceux qui ne veulent pas de vous...

 

 

Ce que je retiens de ces consignes :

 

Qu'elles respectent la dignité de celui qui part en mission et de celui qui est l'objet de cette mission: pas de mendicité, pas de dépendance, un rapport de mutualité entre celui qui donne et celui qui reçoit et à aucun moment il n'y a de relation marchande...pas d'argent échangé...

Et évidemment, partir sans rien ça fait rêver: pas de valise, pas de sac à main, pas de casse-croûte...rien! Quelle liberté!

On en est bien éloigné aujourd'hui!

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