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simone-over-blog Vivre la foi chrétienne au quotidien ici et ailleurs: réflexions , réactions et méditations en chemin.

Portrait de Jésus dans les trois premiers chapitres de Marc.

Simone

Le mardi 7 avril, 2020, en Virginie,

(Même si la pandémie continue et que le printemps fleurit et que la Semaine Sainte est entamée...)

 

Il est temps de prendre du recul par rapport à ces débuts du ministère de Jésus, en relisant les trois premiers chapitres de l'Évangile de Marc,  d'une seule traite pour avoir une impression d'ensemble (grâce au confinement, on a le temps) : en analysant chaque verset, chaque passage séparément, on se focalise sur tel ou tel détail et l'histoire devient statique, elle cesse de se dérouler dans le temps, elle est artificiellement arrêtée pour nous donner une image, une perspective, une théologie en quelque sorte avec la quelle on va vouloir tout interpréter après... et où la personne de Jésus finit par être occultée ou noyée au milieu de nos questionnements plus ou moins appropriés. On a besoin d'explications certainement pour mieux comprendre ce qui se déroule étant donné qu' on n'est pas des Palestiniens ou des nouveaux convertis vivant à cette époque...mais très vite, on perd l'image qui se détache du texte, et on recrée un autre Jésus à notre fantaisie, ou bien l'on retrouve nos Jésus d'avant, ceux de nos fonds de tiroir ...

Ces trois chapitres nous permettent d'entrevoir, un Jésus historique, même a minima et ce récit raconté à travers le regard de ceux qui l'ont suivi, malgré toutes ses limites, nous permet de nous en approcher.

 

Quelle est la personne qui se détache de ses trois premiers chapitres...?

Un Jésus populaire, guérisseur et exorciste?

Un Jésus qui attire la foule, une foule qui le poursuit, le sollicite, le presse qui ne lui laisse pas une seule minute de repos et dont il essaie de s'échapper quelquefois pour reprendre son souffle (quand on nous dit qu'il va prier ) mais envers laquelle il a un sens de responsabilité, un devoir à accomplir dont il ne veut pas s'échapper ou se soustraire. Il est là pour eux, il est là pour ça,..

Pourtant la présence de ces foules qui le suivent, pourrait faire croire à un personnage populaire mais ce n'est pas le mot qui le qualifierait: il n'est pas décrit comme ayant une personnalité attrayante, de beau parleur ou d' orateur hors pair, ou même pour qui le mot sympathique ou gentil  viendrait  à l'idée..., le mot qui revient pour le qualifier est autorité : il parlait avec autorité, comme un ayant droit, un homme sûr de lui, de qui il est, de la justesse de ce qu'il fait et de ce qu'il dit, un homme libre, libre de vivre sans se préoccuper de la réaction des autres et surtout pas des experts en religion.

Rien n'est dit de son apparence physique, de sa stature, même pas du timbre de sa voix...rien qui ait pu lui donner un plus, aucun trait particulier qui aurait pu attirer les foules, pas de physique de jeune premier, pas de gros plan sur ses yeux comme on aime à les faire dans les films qui le mettent en scène, un homme d'apparence ordinaire, ou dont l'apparence importe peu ...Il faut dire qu à l'époque où l'Évangile de Marc a été écrit, le judaïsme était encore au coeur du christianisme, on n'aurait jamais pensé à faire une représentation physique de Jésus ce qui aurait violé ce commandement tellement important qui est accolé au premier" , Tu ne te feras point d'image taillée, ni de représentation quelconque des choses qui sont en haut dans les cieux,...etc" ce qui en somme pourrait expliquer l'absence de toute description qui aurait permis d'en faire un portrait.

 (il faudra attendre presque 300 ans après sa venue pour en trouver une représentation... à l'heure où le judaïsme avait cessé d'être perçu comme un élément constitutif du christianisme et le christianisme avait cessé d'être une religion persécutée qui maintenant pouvait s'afficher au grand jour dans une culture romaine habituée aux effigies d'empereurs devenus eux-mêmes chrétiens, l'interdit graduellement disparaîtra pour réapparaître plus tard... )


Quand on pense donc à la question, qu'est-ce qui a attiré les foules à Jésus, il est évident que ce n'est pas le magnétisme de sa personnalité, selon ce récit, c'est parce qu'il guérissait les malades et chassait les démons: ça c'est clair, ses paroles aussi impressionnantes qu'elles le soient, ne peuvent pas expliquer sa popularité et sa notoriété et l'auteur ne le cache pas et n'a pas de raison de ne pas le faire non plus. Les gens ne venaient pas à lui principalement à cause de leur recherche de la vérité mais en raison de leurs besoins... parce-qu'ils cherchaient un remède à leur souffrance

(Ce qui est encore vrai aujourd'hui. On entend souvent la critique que ceux qui viennent à la foi le font parce qu'ils ne peuvent pas se tenir debout tout seul et qu'ils ont besoin d'aide.., eh bien c'est vrai...c'est la reconnaissance qu'on est malade qui nous font nous tourner vers Dieu...on ne vient vers Dieu que quand on est à genoux...mais devant Dieu, on ne peut qu'être qu'à genoux!)

Dire cependant que c'est parce-qu'il faisait des miracles ne serait pas exact car ce qu'on appelle des miracles, donne l'idée d'actes spectaculaire posés gratuitement dont le but plus ou moins avoué est d'impressionner les gens autour de soi: rien de cela dans l'attitude de Jésus, la première instance d'expulsion d'esprits impurs dans la synagogue a été à l'initiative du "démon" qui a reconnu Jésus et l'a interpellé et que celui-ci a expulsé après lui avoir dit de se taire.

(Il est intéressant de mentionner que dans les tentations dans le désert, rapporté dans un autre évangile, Jésus refuse de faire des miracles comme l'y invite Satan  pour être sauvé miraculeusement et montrer sa puissance)

il dit clairement que sa capacité à guérir est la preuve de son identité qui lui donne le droit de pardonner, un attribut réservé à Dieu.  Ça c'est une affirmation étonnante de sa part car dans l'histoire du paralytique d'une certaine manière, il refuse d'être un simple guérisseur comme on voudrait qu'il le soit, en lui disant quand on le lui amène  "tes péchés te sont pardonnés" .  Il affirme ainsi qu'il est plus qu' un guérisseur banal car il a aussi l'autorité de pardonner, ce qui le met dans une toute autre catégorie. Autant d'une part, il interdit aux démons de dire qui il est, "le Saint de Dieu"  autant il démontre en affirmant son droit de pardonner qui il est bien "le Saint de Dieu, un être unique et à part.

 

Jésus, le Prophète,

Les confrontations de Jésus avec les autorités religieuses  ( même si les scribes et  pharisiens n'entrent pas nécessairement dans cette appellation, on pourrait utiliser le terme de, "bien-pensants"  pour décrire les pharisiens aussi) cette hostilité mutuelle  révèle une facette très importante de la personnalité de Jésus  celle de prophète: Jésus dénonce, Jésus  condamne  et donne l'impression que c'est une de ses missions fondamentales, il nous  renvoie au "repentez-vous" du début qu'on aurait tendance à oublier et qui accompagne  le "croyez la bonne nouvelle".  Jésus n'apparaît pas face à ses adversaires comme une victime acculée qui cherche à se justifier de fausses accusations à son encontre, mais comme quelqu'un appelé à porter un jugement contre eux. Il n'a pas peur de la confrontation,  il hausse le ton et retourne la situation en sa faveur. Il fait ce que font tous les prophètes qui est de dire au peuple choisi que leur manière d'agir ne plaît as au Dieu  qu'ils disent servir et va à l'encontre de ce que ses lois enseignent.  

L'image du Jésus gentil et accommodant est totalement absente de ce portrait et dans ce sens un Jésus "anti-establishmen", qui se met du côté du peuple est une image vraie... Bien entendu le réduire à cela serait dommage mais ne pas le mentionner est l'amputer d'une de ses caractéristiques majeures. A la lumière de 2000 d'histoire d'une église qui trouve son fondement en Jésus, on ne dira jamais assez l'importance de ces confrontations pour dénoncer ses manquements mais plus que les manquements les crimes au cours de sa longue histoire. Cette virulence de Jésus envers ses adversaires qui se disent religieux, est encore de bon aloi aujourd'hui. Jésus, le prophète d'hier qui continue à s'adresser aujourd'hui et a condamnera cette communauté même de disciples qu'il a créé...

Jésus, le fondateur d'une communauté

Parce-que finalement,  Jésus ne vient pas seul, il vient avec des disciples...peut-être que notre individualisme ne voit pas cet aspect fondamental dans la manière d'opérer de Jésus, un de ses premiers actes étant de les choisir et de les nommer soulignant leur importance..., un Jésus sans disciples est une invention qu' on le veuille ou non. Jésus se meut au sein d'une communauté qu'il choisit et qui répond à son appel avec qui très tôt, il partage son autorité et que l'on voit défendre quand elle est faussement accusée. Il n'en choisit pas un ou deux mais il en choisit 12, un chiffre qui même s' il symbolise les tribus d' Israël, n' indique pas que leur choix soit lié à des liens du sang comme il le démontre quand il refuse de donner a sa famille qui le recherche une importance particulière...il faudra prêter attention à la manière dont Jésus va se comporter face à ses disciples pour avoir une image complète de sa mission et de sa manière de penser autant que son rôle de prophète auprès des autres.

En quoi donc ce Jésus ressemble-t-il à celui du christianisme? En quoi est-il le même et en quoi est-il  seulement l'ombre de lui même, un Jésus dont le portrait vivant a été recouvert de couches de peintures successives qui le rendent méconnaissable ?

Merci, à cet inconnu, ce Marc, pratiquement anonyme d'avoir pris l'initiative de nous donner ce récit pour qu' on puisse arriver en grattant toutes ces couches successives qui le recouvre, à découvrir et redécouvrir , ce Jésus que l' on connaît si mal....
 

P.S. Sur la question des icones et de leur apparition dans le christianisme un très bon article :

https://histoirebnf.hypothesesmême/5642
 

 

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