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simone-over-blog Vivre la foi chrétienne au quotidien ici et ailleurs: réflexions , réactions et méditations en chemin.

Marc:3 13-17 Jésus, l'égalitariste

Simone

Le 11 février 2020

Puis, il gravit la montagne, et il appela ceux qu’il voulait. Ils vinrent auprès de lui,et il en institua douze pour qu’ils soient avec lui et pour les envoyer proclamer la Bonne Nouvelle avec le pouvoir d’expulser les démons.
Donc, il établit les Douze : Pierre – c’est le nom qu’il donna à Simon –,Jacques, fils de Zébédée, et Jean, le frère de Jacques – il leur donna le nom de « Boanerguès », c’est-à-dire : « Fils du tonnerre » –,André, Philippe, Barthélemy, Matthieu, Thomas, Jacques, fils d’Alphée, Thaddée, Simon le Zélote,
et Judas Iscariote, celui-là même qui le livra.

 

A priori ce passage sur le choix des douze m'incommode...étant donné l'usage qui en a été fait après dans l'histoire de l'église (spécialement l'église catholique) pour justifier un système hiérarchique et une théologie de la succession apostolique qui a permis que le pouvoir religieux et politique reste entre les mains d'une clique... et établisse un ordre pyramidal que Jésus a dénoncé toute sa vie durant.

J'ai à l'esprit surtout toutes ces statues dans les différents églises de France et de Navarre, des apôtres dont le pouvoir autocratique  est gravé dans la pierre et qui toisent de leur piédestal les paroissiens qui viennent s'asseoir ou s'agenouiller, soumis et contrit à l'ombre de leur regard implacable et immuable... surtout si on est femme (pas étonnant que l'on préfère les statues de Marie qui, elle a toujours un regard compatissant même quand elle est couronnée et vêtue d'habits luxueux)

Toujours est-il qu'il m'est difficile d'imaginer ce texte et sa signification pour ses contemporains qui étaient à l'époque une bande hétéroclite de personnes persécutées, sans statut social et où les hiérarchies dans les communautés qui commençaient à s'établir étaient encore fluides. Certainement, Pierre était une figure respectée , Paul l'était aussi à cause de ses écrits mais pourtant il ne faisait pas partie de la liste qui nous est déclinée ici et certains disent  que Jacques le frère de Jésus aurait joué un rôle important dans l'église primitive.

En tout cas, j'aborde ce texte en essayant au maximum de ne pas projeter mes idées préconçues sur la question en privilégiant dans les études exégétiques celles qui disent que ce passage ne peut pas avoir de base historique parce-que moi je n'aime pas la théologie que l'on peut en déduire..

.( je voudrais signaler ici que la théologie du pouvoir apostolique n'est pas une exclusivité catholique, elle a fait son apparition ces derniers temps dans certaines églises évangéliques qui ont la nostalgie d' un pouvoir autoritaire, surtout ceux qui veulent exclure les femmes...en tout cas si je comprends bien l'argument catholique pour justifier que les femmes ne peuvent pas être prêtres, c'est qu'il n'y avait pas de femme parmi les douze disciples choisis par Jésus..)

 
Puis, il gravit la montagne, et il appela ceux qu’il voulait. Ils vinrent auprès de lui et il en institua douze pour qu’ils soient avec lui et pour les envoyer proclamer la Bonne Nouvelle avec le pouvoir d’expulser les démons.

Après le récit des foules qui pressaient Jésus et risquaient de l'étouffer, il semble normal et intelligent de sa part de vouloir choisir un groupe de personnes pour l'épauler car il est vraiment débordé. On a vu dès le début cet Évangile comment Jésus a appelé des hommes pour faire partie de ses disciples, mais ici, il y a une toute autre dimension car il les appellent pour leur confier une mission et surtout, et ça, c'est très important de le noter, et il les investit d'une autorité bien particulière.

Ici Jésus ne leur donne pas le pouvoir de guérir mais l'autorité de chasser les démons. Ça vaut la peine de s'y arrêter. C'est un signe très fort car on touche ici au thème de l'autorité spirituelle au sens littéral du terme, l'autorité sur les esprits. Il faut avoir été en contact avec des cultures où les marabouts et autres catégories de personnes qui exercent un pouvoir sur le monde des esprits sont révérés et craints pour vraiment comprendre ce que ça représente...

Dans beaucoup de cultures où le groupe dominant est celui qui a la fonction de guerrier, les groupes minoritaires, considérés comme impurs auxquels étaient refusé l'accès au pouvoir, arrivaient à exercer leur influence grâce aux pouvoirs magiques qui leur étaient attribués et qui étaient toujours entouré de secret...car justement c'était le secret et l'exclusivité qui était la seule garantie de leur influence ( souvent comme les procès contre les sorcières l'ont prouvé c'était les femmes groupes minoritaires qui avaient le secret de ce pouvoir).

Or ici on voit un Jésus qui leur donne la même autorité que lui  à faire cet acte remarquable qui leur vaudra une reconnaissance et un prestige instantané...ne devrait-il pas craindre que ses disciples en abusent mais surtout, une fois qui le leur donne ne se retournent contre lui ou fasse cavalier seul?

Leur donner la même autorité spirituelle que lui, celle de chasser les démons qui représentent toute forme de mal  contre lequel les êtres humains se voient impuissants, n'est pas anodin. Jésus ici apparaît comme un être, humainement parlant qui est étonnement égalitariste ( c'est le seul mot qui me vient a l'esprit)  dans le sens où il partage son pouvoir, sa position de privilège, son trône.. avec les disciples qui n'ont plus le statut de serviteurs au service du maître, mais de co-laboureur (pour ne pas dire collaborateur) Il faut être sûr de soi de qui on est, il ne faut pas se sentir menacé par le pouvoir d'autrui comme les scribes... pour le faire, il faut être Jésus, fils de Dieu, bien aimé pour prendre ce risque...et se savoir approuvé pleinement comme il nous est dit au premier chapitre de cet évangile.

Le drame évidemment, est que ce geste éminemment magnanime de Jésus ait été transformé ou détourné pour justement créer une  institution religieuse, une hiérarchie ecclésiale où un groupe sélectif de personnes ont voulu, à travers les siècles prendre comme alibi ce choix des 12 pour s'otorguer une autorité exclusive... à tel point qu'ils ont fait croire que ce n'était qu'à travers eux que les autres pouvaient avoir accès à cette autorité, empêchant que les futurs disciples de Jésus puissent aller directement à lui....résultat ils ont perdu leur autorité de chasser les démons ( qui comme tout le monde le sait n'existent pas de toutes façons)  et l'ont exercé sur les hommes plus faciles à contrôler en les chassant ou les excommuniant et les traitant de démons dans la foulée.., C'est étonnant comme on peut trouver des justificatifs religieux à ses ambitions personnelles.

Donc, il établit les Douze : Pierre – c’est le nom qu’il donna à Simon –,Jacques, fils de Zébédée, et Jean, le frère de Jacques – il leur donna le nom de « Boanerguès », c’est-à-dire : « Fils du tonnerre » –,André, Philippe, Barthélemy, Matthieu, Thomas, Jacques, fils d’Alphée, Thaddée, Simon le Zélote,
et Judas Iscariote, celui-là même qui le livra

Le symbolisme des 12 qui représente nous dit-on, les tribus d'Israël ce qui certainement avait du sens pour les juifs de l'époque redevient ancré dans la réalité quand on nous donne une liste de nom et de surnom que les exégètes se sont  efforcés à identifier. En tout cas, cette liste donne une impression forte d'authenticité surtout dans un contexte culturel où l'importance des noms n'est plus à démontrer.
(Fils de...et attribution de surnom est tellement courant qu'il me semble superflu de faite de commentaire pas plus que sur le nombre 12 qui n'en est pas pour autant un nombre magique...)

Mais dans cette liste à la fin, on a le nom de Judas Iscariote dont on dit bien qu' il est celui qui a livré Jésus anticipant sur la fin de l'histoire...De celui-là tout le monde avait entendu parler semble-t-il, sauf que l'auteur rappelle son nom pour ceux qui l'auraient oublié ou qui ne l'auraient pas su...Judas, le traître, un personnage qui est devenu tellement iconique avec tout ce qu'on a pu écrire sur lui tant pour le décrier que pour essayer de le réhabiliter...que certains arrivent à remettre en doute qu'il ait existé...pourtant l'existence des traîtres n'est pas nouvelle..., ils ont toujours existé et beaucoup d'entre nous pourraient nommer des personnes qu'ils pourraient facilement qualifier de traître...

Alors évidemment quand la personne que l'on trahit est Jésus, ça prend une tout autre dimension ...

*   *   *

On avait vu déjà l'embryon de l'église, dans le premier chapitre, non pas comme institution mais comme la volonté de Jésus d'associer d'autres personnes à  sa mission , elle réapparaît ici avec la liste d' un groupe restreint dont les noms nous sont donnés pour attester de leur authenticité mais surtout elle est renforcée par l'attribution d'une autorité qui leur permet de participer sur un pied d'égalité à la lutte contre le mal livrée par Jésus et qui commence d'ores et déjà...

Moi, qui encore dimanche dernier traînait des pieds pour aller à l'église faisant une liste mentale de tout ce qui ne n'enthousiasmait pas  dans la manière de penser de ce groupe de personnes ....je ne peux y échapper: on ne peut pas être disciples de Jésus tout seul, il en avait choisi au moins douze et sûrement dans cette liste qui nous est donné, il y en aurait eu quelques uns dont la manière de penser ne m'aurait pas enthousiasmée...


Bref, la seule autre perspective, c'est de vivre en ermite....une perspective séduisante par moments...mais qui a ses limites quand même...

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