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simone-over-blog Vivre la foi chrétienne au quotidien ici et ailleurs: réflexions , réactions et méditations en chemin.

De la pérennité du judaïsme...

Simone

A l'écoute des tenants du judaïsme..

Le 5/6 février 2020

Heureusement que le mois de février a 29 jours, car j'ai eu du mal à démarrer: pourtant il semble que le printemps soit déjà là (réchauffement climatique oblige) avec des températures bien au-dessus de 10 et les primevères qui sortent de terre...Malgré tout, je continue à traîner le mois de janvier derrière moi...les décès (surtout quand on y assiste aux premières loges) ça ne s'évacue pas si facilement que ça pas plus que les déceptions de la vie politique...Il faut me reprendre et retourner au quotidien.

Lecture,

Jewish wisdom,  de Rabbi Joseph Telushkin,

Finalement, je trouve des réponses à mes questions sur la Shoa...ou plus précisément à la question de savoir comment les juifs pensent Dieu après la Shoa...car le décalage entre les promesses faites au peuple juif dans  la Torah et la  réalité atroce de leur extermination me semble tellement grand que je me demande comment ils ont pu réconcilier les deux...en plus cette question nous concerne nous aussi chrétiens qui croyons au même Dieu (comment Dieu peut-il laisser faire tant d'atrocités, tant d'injustices sans intervenir) mais comme le dit l'auteur, le Dieu manifesté aux juifs est avant tout un Dieu qui intervient dans l'histoire, spécialement leur histoire particulière à eux, l'enjeu est donc encore plus important.

Si l'ensemble du livre est un plaidoyer pour le judaïsme écrit à la fois pour les juifs qui deviennent de moins en mois religieux et les non juifs (et que j'apprends beaucoup de choses en le lisant) il y a toute une section du livre intitulée en anglais "holocaust". L'auteur est né à New York après la guerre (1948) et bien évidemment si lui n'a pas de souvenir personnel lié à l'holocauste, il fait partie de cette génération qui a grandi à l'ombre de cette tragédie dont il a entendu raconter les horreurs et qui parce qu'elle n'était plus dans la survie, a eu le loisir d'y réfléchir et d'essayer de lui donner du sens.

L' auteur pose donc clairement la question  qui fait le titre d'un des chapitres: quelle genre de foi en Dieu peuvent avoir les juifs après la Shoa auquel il ajoute une citation de Martin Buber  qui pose la question de cette manière: " après Auschwitz , est-ce que l'on peut encore à titre individuel ou en tant que peuple entrer en dialogue avec Dieu"

 

Étonnamment, mais peut-être ne devrais-je pas être étonnée, l'auteur cite des rabbins orthodoxes qui avant la Shoa et après, ont vu la persécution nazie des juifs comme un châtiment de Dieu (mon étonnement vient bien entendu que ce ne soit pas de personnes antisémites). L'un Shapira avant la guerre avait déclaré que les mesures antisémites prises par l'Allemagne nazie, (le boycott de leurs boutiques), étaient une punition de Dieu car les juifs allemands de l'époque s'étaient éloignés des pratiques du judaïsme...entre autre,  en ouvrant le jour du sabbat...Mais l'auteur donne le nom d' un autre rabbin qu'il qualifie d'antisioniste, Joel Tietelbraum qui lui va beaucoup plus loin: Dieu aurait permis la Shoa à cause des péchés des  sionistes qui ont voulu créer l'État d' Israël eux-mêmes au lieu d' attendre que ce soit Dieu qui leur donne cette terre au temps qu'il a choisi.

( La mention de ce rabbin m'a rappelé que pendant longtemps et particulièrement au moment de la création d' Israël, il y a eu toute un groupe de l'orthodoxie juive aux États Unis qui s'est prononcé contre l'établissement d' Israël par l'ONU, pour les mêmes raisons. Aujourd'hui je ne pense pas qu'il existe encore une faction  juive orthodoxe importante qui défende cette opinion et l'auteur dans un des chapitres de ce livre affirme d'ailleurs que l' on ne peut pas distinguer les antisémites des antisionistes car le refus de reconnaître le bien-fondé de l'existence d' Israël est un antisémisme déguisé...)

Alors  si on ne peut pas nier que le Dieu qui se révèle dans la Torah  promet de bénir mai aussi de châtier son peuple à de nombreuses reprises, particulièrement dans les écrits des prophètes   ...affirmer que quelque-chose d'aussi énorme, d'aussi cruel, que la Shoa soit une punition qui vient de Dieu est une toute autre histoire...surtout si l'on pense à la souffrance des milliers d'enfants innocents tués dans les chambres à gaz...

C'est ça le problème! Les déclarations des hommes religieux qui interprètent les catastrophes naturelles et humaines en tant que punition de Dieu sont très dangereuses car leurs motifs sont bien souvent suspects...ils font généralement ce genre de déclaration à l'encontre des personnes auxquelles ils s'étaient toujours opposés et ils voient dans leur souffrance l'occasion d'assouvir leur vengeance personnelle et de dire en quelque sorte, c'est bien fait!

D'une certaine manière l'ampleur d'une tragédie comme la Shoa met en exergue le caractère fallacieux de ce genre d'arguments et d'interprétation des événements par le caractère disproportionné entre le péché dénoncé et le châtiment reçu. Seul un Dieu particulièrement vicieux et cruel pourrait agir de la sorte..

En tout cas à la question posée, et surtout à la réponse que la Shoa puisse être un châtiment de Dieu  certains ont répondu, par un non retentissant ( ce qui finalement n'est pas surprenant) et il cite l'auteur Rubeinstein et son livre Après Auschwitz comme illustrant le mieux cette position où il affirme que l'on ne peut plus croire au Dieu de la Torah qui dans l'Exode avait libéré son peuple de l'esclavage mais qui n'est pas intervenu pour stopper les nazis pendant la shoa et évidemment il réfute comme répugnante l'idée des rabbins qui interprètent cet événement comme châtiment : si Dieu était ainsi dit-il, il faudrait s'opposer à lui par tous les moyens...

 If indeed such a God holds the destiny of mankind in His power, His resort to the death camps to bring about His ends is so obscene   that I would rather spend my life in perpetual revolt than render Him even the slightest homage” (Power Struggle, page 11).
(Si vraiment un tel Dieu tient entre ses mains la destinée de l'humanité, et qu'il utilise les camps de la mort pour arriver à ses fins, est une idée si obscène que je préférerais passer ma vie en perpétuelle révolte plutôt que de lui rendre quelqu'hommage que ce soit...On comprend très facilement ce genre de déclaration qui pour nous français, rappelle des accents d' Albert Camus dans l'homme révolté)

Mais face à lui, d'autres penseurs juifs affirment au contraire qu'abandonner le judaïsme, serait la plus grande victoire posthume des Nazis et d' Hitler qui s'ils n'avaient pas pu finalement exterminer les juifs dans les chambres à gaz, pourraient réussir maintenant à les éliminer s'ils abandonnaient la foi qui leur donne leur identité particulière en tant que peuple.. et donc que le devoir d'être juif dans le sens religieux du terme était devenu un impératif....

What, on account of the Jewish experience at Auschwitz, attempts to emerge as a Jewish  version of a death-of-God theology has both an ironic and tragic meaning...This is the bitterest irony…and presents us with one of the truly great triumphs of the Nazi position. It is of the very essence of [Rubenstein’s] proposition that there is no personal God who is concerned with justice, morality, or human suffering…." —Eliezer Berkovits, Faith After the Holocaust, page 72

(Ce qui apparaît comme une version juive de la théologie de la mort de Dieu à la suite de l'expérience juive d' Auchwitz, est à la fois tragique et ironique... C'est l'ironie la plus perverse qui soit..elle nous présente avec le véritable triomphe des Nazis. C'est  ce qu'il  a derrière  la proposition de Rubeinstein qu'il n' existe pas de Dieu personnel qui soit concerné par la justice, la moralité et la souffrance humaine..)

Vivre donc, et vivre en tant que juif , c'est continuer à défier le nazisme mais déclarer la mort de Dieu serait leur donner la victoire..Un argument intéressant, pour moi qui ne suis pas juive et auquel je n'aurai pas pensé...(Par contre j'avais entendu parler de la culpabilité des survivants qui quelquefois se suicidaient car ils estimaient qu'ils n'avaient pas le droit de vivre si les autres étaient morts...)

Cependant l'auteur pense qu' au fur et à mesure que l'holocauste s'éloigne, rester juif pour prouver que les nazis ont perdu n'est pas suffisant: il estime que la perte de l'identité juive est due aujourd'hui, en tout cas aux Etats Unis, au mariage avec des non-juifs si le conjoint ne se convertit pas: les enfants dit-il s'ils ne sont pas élevés dans le judaïsme perdront leur identité juive...Mais ça, c'est un autre débat.  

*   *   *

Finalement sur la question de croire en Dieu après la Shoa, la conclusion de l'auteur est qu' il y a "des moments de foi" et "des moments d'incrédulité" selon les circonstances dans lesquelles  l'on vit. L'existence de Dieu, elle, se situe au-delà de nos débats.

We now have to speak of “moment faiths”…interspersed with times when the flames and smoke of the burning children blot out faith, although it flickers again…. The difference between the skeptic and the believer is frequency of faith, and not certitude of position. —Irving Greenberg, “Cloud of Smoke, Pillar of Fire: Judaism, Christianity and Modernity After the Holocaust,” page 27

(On doit parler maintenant d'une foi du moment (de foi intermittente?) interrompue quand les flammes et la fumée des enfants qui brûlent l' oblitère quoiqu'elle revienne vacillante encore...La différence entre le sceptique et le croyant c'est la fréquence de la foi, non la certitude de ce qu'il croit")

 

En tout cas, face à l'horreur, juif ou non juif, croyant ou agnostique, chacun suit un chemin différent et les réponses théologiques ou philosophiques au problème du mal n'apportent pas grand chose pour celui qui vit en plein milieu dedans. C'est à un autre niveau que ça se passe... L'humilité pour celui qui étudie ou discute la question  est une évidence car il ne peut pas savoir,  où il se situerait dans de telles circonstances, traître ou héros, croyant ou renégat, barbare ou saint.

J'ai cessé moi de me poser la question et de vouloir répondre à celle des autres. Je vis au jour le jour où je suis avec la foi qui m'a été donnée, avec laquelle j'avance cahin caha quand viennent les moments difficiles...

Mais aujourd'hui le printemps fait son apparition alors je me réjouis!

 

 

P.S  En ce qui concerne la relation entre péché et punition divine, on a en tout cas cette anecdote  rassurante, rapportée dans les évangiles quand on pose la question à Jésus sur l'origine de la cécité d'une personne.  "Jésus vit, en passant, un homme aveugle de naissance. Ses disciples lui firent cette question: Rabbi, qui a péché, cet homme ou ses parents, pour qu'il soit né aveugle? Jésus répondit: Ce n'est pas que lui ou ses parents aient péché; mais c'est afin que les oeuvres de Dieu soient manifestées en lui.…"

 

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