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simone-over-blog Vivre la foi chrétienne au quotidien ici et ailleurs: réflexions , réactions et méditations en chemin.

De la démonologie: Marc 3:20-27

Simone

Jeudi 13 février ( commencé le 13 en Virginie, fini le 18 à Washington DC)

(La politique est tellement décevante que je me tourne vers la Palestine du 1er siècle et l'Évangile de Marc...c'est peut-être de l'escapisme, mais tant pis)

Ils se rendirent a la maison et la foule s'assembla de nouveau, en sorte qu'ils ne pouvaient pas même prendre leur repas. Les parents de Jésus, ayant appris ce qui se passait, vinrent pour se saisir de lui; car ils disaient: Il est hors de sens.…

Le récit de Marc continue avec les mêmes éléments de ce qui précède à savoir la notoriété de Jésus qui fait qu'on continuait à le poursuivre jusqu'à chez lui ...

( si je comprends, le terme est ambigu en grec et peut être traduit pour signifier à l'intérieur, dans une maison mais pas nécessairement chez lui. Je ne suis pas encore arrivée à trouver des renseignements suffisants sur les coutumes juives de l'époque pour savoir ce que signifie que Jésus ne vivait pas avec sa mère étant donné qu'il n'était pas marié, j'aurai imaginé que c'était le cas, mais en tout cas, il est ici évident que ça ne l'est pas puisqu'ils viennent le chercher)

On a ici, d'une manière inattendue mais aussi très intéressante la réaction de la famille de Jésus  qui vient le chercher parce qu'il croient qu' il est devenu fou....un incident qui a dû arriver car il est suffisamment inhabituel pour qu'il soit rapporté... Jesus, nous dit-on était suivi par une grande foule et donc on aurait pu s'attendre à ce qu'ils soient fiers de lui et de sa réputation, mais l'idée qu'il soit fou, ou hors de ses sens, pose un tas de question...

Que disait-on de Jésus, quelle réputation avait-il, quelles rumeurs ou fausses rumeurs circulaient-ils sur lui pour que sa famille vienne le chercher dans le but de le sortir du lieu où il était? Qu'est-ce c'était "ce" qui se passait qu'ils avaient entendu dire pour les alarmer tellement?

La suite du récit  nous donne des indications sur ce qui pouvait avoir été dit sur Jésus étant donné qu'apparaissent juste après les scribes qui l'accusent d'être possédé et d'agir sous l'influence d'un démon. Si c'est le cas, il est compréhensible que ses proches se soient inquiétés et contrairement à ce qu' on pourrait penser en ce qui concerne l'importance des démons à cette époque, ce n'était pas considéré comme un phénomène normal ou courant.Leur existence n'est certainement pas au centre de la religion juive; si elle reconnaît son existence qui est souvent liée directement avec le paganisme,( d'où le nom Belzébuth viendrait). Ce qui a à voir avec ces phénomènes hors norme est traité avec prudence: cela montre aussi que chasser les démons, si c'était quelque chose de compréhensible pour ses contemporains, était quand même marginal.

On aurait tort d'imaginer que la question des démons était au centre des préoccupations des juifs de l'époque: certainement la maladie, surtout pour ceux de la classe populaire qui n'avaient pas les moyens d'avoir accès à un docteur ( qui existaient bien à l'époque)  était un problème majeur et l'attribution de certaines maladies à une présence démoniaque n'était pas le fait de tous et de tout ( le fait que l'on distingue dans le texte, les guérisons,et les expulsions des démons,montre bien que toutes les maladies n'étaient pas considérées d'origine démoniaque).

Il est donc normal que sa famille, une bonne famille juive, religieuse discrète ait été alarmée d'entendre dire de telles choses sur lui surtout s'ils avaient entendu parler du mouvement de foule qu'il suscitait, un phénomène tout aussi alarmant. La scène devient alors tout à fait plausible: une mère dont la présence nous est signalée un peu plus loin qui a entendu dire que son fils aîné a perdu la tête et est entouré d'une foule de fanatiques vient avec toute la famille en renfort pour lui demander de rentrer à la maison, quoi de plus naturel!

( en tout cas moi, en tant que mère, ça me semble dans l'ordre du normal Le fait que l'évangile a été écrit par des hommes et certainement pour des hommes...fait que l'on a pas de détails là-dessus, une femme aurait voulu savoir, ou aurait raconté pourquoi la mère de Jésus pensait que son fils était hors de ses sens..)

Cela nous en dit long sur la question des démons qui, que l'on veuille ou non est au centre de cet épisode et on ne peut pas évacuer le thème quelque soit l'interprétation de cette réalité, sans faire violence au récit et l'amputer d'une partie essentielle de son contenu. Il faut donc aborder le thème, non pas comme une réalité historique dépassée mais à la lumière de la manière dont cette réalité spirituelle est encore traitée aujourd'hui pour donner toute sa valeur à l'épisode qui suit.

(Pour cela il faut rappeler qu'il existe aujourd'hui encore dans beaucoup d' églises chrétiennes des personnes qui sont spécialisées dans la démonologie: on les appelle exorcistes dans les églises plus traditionnelles comme l'église catholique, et dans les églises évangéliques/charismatiques, la terminologie est beaucoup plus fluide car on estime que tout chrétien peut chasser les démons mais il y a des manuels qui expliquent comment remplir cette fonction)

Et les scribes, qui étaient descendus de Jérusalem, dirent: Il est possédé de Béelzébul; c'est par le prince des démons qu'il chasse les démons. Jésus les appela, et leur dit sous forme de paraboles: Comment Satan peut-il chasser les démons? Si un royaume est divisé contre lui-même, ce royaume ne peut subsister; et si une maison est divisée contre elle-même, cette maison ne peut subsister.Si donc Satan se révolte contre lui-même, il est divisé, et il ne peut subsister, mais c'en est fait de lui. Personne ne peut entrer dans la maison d'un homme fort et piller ses biens, sans avoir auparavant lié cet homme fort; alors il pillera sa maison.

On voit donc ici les scribes qui entrent dans le vif du sujet, des scribes qui étaient venus de Jérusalem,de la ville où se trouvaient les autorités religieuses les plus avisées pour investiguer le cas de Jésus. D'une certaine manière, si on accepte la thèse de Papias, qui dit que cet évangile n'a pas suivi la chronologie, on a pas besoin de poser la question de quand précisément, l'épisode raconté ici a eu lieu. La présence des scribes venus de Jérusalem, nous informe que la prédication de Jésus était bien avancée puisque sa notoriété était telle qu'elle en était arrivée aux oreilles des habitants de Jérusalem.

La conversation elle-même est plus intéressante que la question de savoir quelle valeur a l'histoire dans la structure du texte...on entre véritablement dans le domaine de la démonologie dans cette confrontation entre Jésus et les scribes. Jusqu'à present, le texte était très succinct sur la nature des esprits que Jésus chassait: ils n'étaient pas nommés par Jésus, en fait c'étaient eux qui nommaient Jésus. Le texte de Mark ne fait pas du tout dans la démonologie, au sens habituel du terme...Ce sont en réalité les scribes qui le font en accusant Jésus d'être possédé et en donnant le nom d'un démon, le prince des démons, celui qui donnerait son pouvoir à Jesus. On peut donc imaginer facilement que ces scribes de Jérusalem qui avaient été envoyés étaient des spécialistes de la question et on comptait sur eux pour pouvoir neutraliser Jésus...

La manière dont Jésus se défend de ses accusateurs, est surprenante car d'une certaine manière il refuse d'entrer sur le terrain où ils veulent l'entraîner et leur donne une réponse qui est très moqueuse : vous croyez vous y connaître en énonçant cette idée que je chasse les démons car leur prince m'en a donné le pouvoir ( ce qui est une des théories de la démonologie qui reconnaît qu' il y a une hiérarchie chez les démons et que certains sont plus puissants que les autres) mais cette théorie est nulle! 

Jésus dénonce leur théorie avec une parabole qui fait appel au bon sens et démontre la faille de leur raisonnement: et en le faisant il utilise un mode de discussion très courante rapportée dans la littérature rabbinique ( dans le livre que j'ai cité "jewish wisdom", j'ai été frappée de voir comment cette forme d'illustration était courante)

Il y a là une leçon à apprendre...

Dans le fameux livre "The screwtape letters", traduit en français par "tactiques du diable", l'auteur C.S Lewis affirme que l'erreur de notre époque est d'une part de croire que les démons n'existent pas, et l'autre " d'avoir un intérêt exagéré et malsain pour eux (to feel an excessive and unhealthy interest in them)" . Et il semble là que Jésus dénonce ce deuxième aspect dans la manière dont il répond à l'accusation: vos théories ne valent rien, vous voyez des démons où il n'y en a pas...

Ce que Jésus dit après, est beaucoup plus inquiétant car il condamne d' une manière virulente ceux qui attribuent des démons à ceux qui n'en ont pas en les disant coupables de blasphème et pour cela il vaut mieux s'arrêter là pour aborder plus tard une question aussi lourde que celle du blasphème.

*   *   *

En tout cas, moi ce que je retiens de cette épisode sont deux choses qui ne me semblaient pas apparentes au point de départ: la première que la réaction de sa famille n'est pas nécessairement un aveuglement spirituel mais pouvait bien être une inquiétude réelle étant donné ce qu'ils avaient pu entendre dire de lui. Parler de conflit ou d'hostilité gratuite de la part de sa famille me semble injuste.

La deuxième nous rappelle que finalement ce qui est au centre de cet épisode,c'est l'autorité de Jésus. La manière dont Jésus répond aux scribes  qui l'accusent d'être possédé se moquant des théories de ces hommes religieux sur les démons (leur démonologie), montre qu' ayant vraiment autorité sur eux, il n'a pas besoin d'entrer dans des systèmes compliqués: ils lui obéissent, c'est tout. Un rappel bienvenu!
 
Pour en finir donc avec un thème que je n'affectionne pas particulièrement, je terminerai en redonnant la citation de CS Lewis sur la question des démons. "l'erreur de notre époque est d'une part de croire que les démons n'existent pas, et l'autre d'avoir un intérêt exagéré et malsain pour eux".

 Lequel des deux est le pire?

Je vous laisserai en juger.

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