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simone-over-blog Vivre la foi chrétienne au quotidien ici et ailleurs: réflexions , réactions et méditations en chemin.

Des justes, des saints laïcs et ... de l'excision...

Simone

Le mardi 27 août

La température s'est rafraîchie...et est très agréable...difficile à imaginer que ces grands arbres avec toutes leur feuilles vertes qui ornent le jardin...n'auront plus de feuilles dans quelques mois...je le remarque d'autant plus que quand on est parti, ils n'en avaient pas encore...Celui qui a inventé les 4 saisons a eu une bonne idée....

La vie continue ( et la mort aussi); petits et grands maintenant ont repris le chemin de l'école et de nouveau je me rends compte de l'importance de ce métier d'enseignant...surtout chez les petits mais aussi auprès des plus grands...S'il est vrai qu' il existe des professeurs méchants et pervers...c'est vraiment une minorité: la plupart se préoccupent pour eux et se mettent en 4 pour les aider... on ne peut pas enseigner sans aimer ses élèves...Il y a beaucoup de saints laïcs ( on dirait en langage catho) dans ce monde et aussi de justes...de quoi être reconnaissant et ne pas perdre espoir...

(Il y a aussi probablement quelques hommes politiques dans le monde qui ne sont ni menteurs ni corrompus, mais dans ce domaine la proportion est inverse: ils représentent une minorité car qui dit hommes politiques dit argent et pouvoir et la combinaison des deux est fatale quand il s'agit de rester honnête...peut-être ne devrait-on pas leur en vouloir tant...mais quand même, il y a un minimum...)

 

A propos de justes...

Je viens de terminer la lecture d' un livre écrit par Waris Dirie, la fameuse mannequin somalienne, intitulé "Saving Safa" qui m'a replongé pendant quelques heures dans le monde lointain de l'Afrique de l' Est et de leurs femmes courageuses et fières qui endurent à un âge précoce, la terrible expérience de l'excision dans sa forme la plus radicale celle dite pharaonique, mutilation génitale  (ici infibulation) ou non seulement le clitoris est coupé mais aussi les petites et grandes lèvres et ensuite recousu avec des épines pour ne laisser qu' un petit trou pour permettre d' uriner...

(Le film qui raconte la vie de l'auteur "Fleur du désert" comprend une scène d'excision (simulée bien entendu) difficile à regarder ( je ne l'ai pas vue), voulue par Waris pour faire connaître au grand public l' horreur de cette coutume et mobiliser les gens pour qu'elle soit éradiquée)

Et c'est là où le relativisme culturel montre ses limites ( et son hypocrisie)... quand il affirme qu' il n' y a pas de mauvaise ou bonne tradition..et que si c'est une pratique traditionnelle, on doit la laisser intacte et on n'a pas le droit de s'y opposer...

( j'ai même lu des témoignages de femmes qui dans leur désir de s'identifier à leur culture d' origine se soumettent à ce genre de pratiques pour renouer  avec les coutumes ancestrales et récupérer une identité soit-disant perdue... Je ne peux qu'imaginer la réaction de Waris Diere à ce genre de raisonnement)

 

Ce livre écrit en 2015, où tout me semblait familier, raconte comment l'auteur est partie à Djibouti du jour au lendemain à la suite d' une lettre écrite par la petite fille qui avait joué dans son film et qui maintenant avait 7 ans, lui demandant de l'aider car elle pensait que malgré les promesses de ses parents, elle allait être excisée...

En lisant le livre, j' ai été étonnée de savoir que cette pratique continuait à être si répandue, quand il m'avait semblé presque15 ans auparavant, qu'elle était en voie de disparition et qu'à Djibouti particulièrement, où c'est illégal... mes collègues m'avaient dit que la pression sociale pour faire exciser les filles était moindre et que la nouvelle génération n'était plus excisée ...Que s'était-il passé, comment se faisait-il que ça continuait encore?

Une des clefs pour trouver la réponse vient certainement que la petite fille de l'histoire venait d' une famille qui habitait dans un quartier pauvre (Balbala où j'avais enseigné) et où vivaient beaucoup de réfugiés.... et dans ce milieu traditionnel, de familles autrefois nomades mais maintenant confinées dans un quartier style bidonville, on s'accrochait à des coutumes ancestrales pour survivre à la misère du monde urbain...

Ça n'empêche que ça ne résout pas le pourquoi de cette coutume horrible...

Ayant accompagné des ONG somaliennes qui luttaient pour l'éradication de cette pratique, j'ai lu de multiples articles sur la question pour essayer de comprendre et de savoir quelle en était l'origine...mais personne ne pouvait offrir une théorie convaincante pour cette coutume que tout le monde savait être préislamique mais qui avait été adoptée par les musulmans tant et si bien que les femmes croyaient que c'était prescrit dans le Coran...

Je n'étais pas convaincue qu'elle puisse s'expliquer seulement par la volonté des hommes d'opprimer les femmes, en les obligeant à rester vierge avant le mariage et en les empêchant de jouir de l'acte sexuel comme on le dit souvent,... cette explication féministe, ne pouvait pas expliquer la cruauté associée avec la coutume étant donné surtout que c'était les femmes qui perpétuaient la coutume, comme poussées par une force sourde et sombre, sachant qu'elles, elles avaient tellement souffert...même si elles le faisaient pour permettre à leurs filles de trouver un mari...

Il était évident que pour elles, il y avait une exigence religieuse contraignante et qu'elles se soient trompées en pensant qu'elle était dictée par l'Islam  n'empêche pas de dire qu' il y a  une dimension spirituelle à ce rite et une dimension de l'ordre du mal ou du malin..,parce que le sang versé de ces victimes vierges et innocentes rappelle les sacrifices humains au sens fort du terme...et dont on trouve la pratique, un peu partout dans le monde dit " païen"  ( les vierges sacrifiées pour apaiser la colère d' une divinité et enrayer une catastrophe naturelle, les vierges offertes dans les temples hindous entre autres,) mais qu' on ne mentionne plus souvent dans les études ethnologiques  tellement on veut peindre les peuples "primitifs" sous un jour favorable (et du même coup discréditer les efforts missionnaires qui seraient venus troubler ces peuples paisibles et heureux..)..

Mes interrogations auprès les femmes somaliennes, sur les rites associés ou les paroles prononcées au moment de l'excision (le mot somali est coupé ou coupure)  qui pourraient confirmer cette thèse n'ont pas abouti...mais je n'ai jamais eu d'échange approfondis avec des exciseuses ces grandes prêtresses de ce rite et que Waris Dirie appelle sorcière à juste titre...(c'est aussi une occupation très lucrative)  Cependant, en lisant ce récit et en me rendant compte de la pérennité de cette pratique, qui a semblé en voie de disparition à différentes époques ( avant la guerre civile de 1990 en Somalie par exemple)  je ne doute pas qu'il y ait une dimension spirituelle néfaste qu'il faut adresser...

 

En tout cas, un livre où l'on raconte les choses telles qu'elles sont, en toute honnêteté et qui présente les difficultés et les frustrations du travail envers une population démunie, mais surtout qui montre toute une équipe de personnes d' horizons différents qui se démènent pour alivier la souffrance d'autrui, c'est quand même encourageant...

 

Justes, saints laïcs, gens de bien, le monde en foisonne...

Et puis il y a les enfants...comme la petite fille de 4 ans de ma voisine qui me voit travailler dans le jardin et qui me dit insistante

 " je veux t' aider, j'aime bien aider..."

Dans ces conditions, pas de quoi s' inquiéter...

L'avenir est entre bonnes mains...

 

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