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simone-over-blog Vivre la foi chrétienne au quotidien ici et ailleurs: réflexions , réactions et méditations en chemin.

Du silence, de la parole et...de l' œcuménisme!

Simone

le 17 janvier, 2019

On nous annonce de nouveau de la neige: le ciel est gris, et la température oscille autour de -1...mais on ne nous annonce pas de chutes de neige importantes...il va falloir en tout cas aller faire le vide à la décharge municipale...donc pas question de rester enfermés!

Le titre de la méditation du moine nommé hier, est le silence de Dieu, mais pas ce silence aride de l' absence mais le silence de celui qui se tient devant Dieu, car devant lui, il n' y a rien à dire que de se taire que de l' écouter en silence...." le langage de Dieu, dit-il est le silence..." Je m'y retrouve dans cette solitude du silence dont il parle....parce que c' est dans le silence que j' ai entendu la voix de Dieu, et c'est dans le silence que j' y ai répondu...

Et pourtant, et pourtant...


En quittant les rivages de l' Europe et les confins de l' église catholique, j' ai découvert tout un autre monde où on ne rencontrait pas Dieu dans le silence mais dans la parole...dans les chants et dans les danses...

 

                    *  *  *

La première fois que je suis allée dans une église pentecôtiste, c était en Amérique latine, et entendre tous ces gens au moment de la prière, élever la voix en même temps mais en disant chacun des paroles différentes, je dois avouer que j'étais un peu (plus qu' un peu) déroutée...J'appréciais le fait que l' église était le lieu où chacun pouvait s' exprimer et clamer (c' était le cas de le dire) ses besoins au Seigneur, mais quand même ça m' avait l' air d' une cacophonie pas possible...

Peu à peu, je m'y suis habituée: prier à haute voix, les uns après les autres dans d' autres communautés évangéliques où le prier tous en même temps n' était pas l'habitude, m' est devenu naturel ( en espagnol d' ailleurs pas en français, je n' avais pas les mots) et j' ai appris les formules à dire car même dans les prières si spontanées soit-elles il y a des formules, un vocabulaire, un rythme bien particulier de phrases, des conventions en quelque sorte...

Tant et si bien, que quand je me retrouvais dans des églises plus traditionnelles, avec une liturgie bien organisée et des prières toutes faites récitées par l'assemblée où personne ne bougeait et regardait le prédicateur en chien de faïence sans réagir pendant le sermon, je me disais: mais qu' est-ce que c' est que ce truc...elle est morte cette église!

 ( Faut dire aussi que bien souvent c' était vrai, elles étaient mortes ces églises ou en tout cas en soins palliatifs même si l'on y trouvait une ou deux personnes qui avait une foi encore vivante et qui persistait à rester dans une église agonisante, attendant un réveil qui n' était pas encore là mais grâce à qui l' église n' avait pas encore fermée ses portes!)

                    *   *   *

Alors évidemment, si le silence n' était pas de mise dans les églises, il n' était de mise nulle part...ni dans les familles où l' on ne gardait pas sa langue dans sa poche et on ne s' exprimait pas calmement quand l' autre nous tapait sur les nerfs, où c' était normal de faire profiter tout le voisinage de sa musique préférée ou du match de foot que l' on écoutait...où dans les maternités a une époque où il n' y avait pas de péridurale, les femmes avaient le droit de casser les oreilles à tout le personnel soignant...( vous n' avez pas crié m' avait dit l' infirmière toute étonnée et vous n' avez pas insulté votre mari qui était là...et il ne s' est pas évanoui non plus... faut dire que c' était à une époque où les maris n' étaient generalement pas invités... c' était il y a très très longtemps)

Alors quand je revenais en France, mes enfants étaient sidérés que l' on dise " chut" à tout bout de champ et que surtout, il ne fallait pas faire de bruit dans les escaliers des immeubles ou habitaient leurs cousins... et moi j'étais angoissée à l' idée qu' ils parlent trop fort dans les endroits publics et j' avais hâte de retourner dans un pays où l' on vit avec les portes grandes ouvertes et on peut laisser ses enfants ( ou petits-enfants) crier tout leur saoul ( même si vivre avec  les portes ouvertes. ne pas avoir d' intimité, d' espace protégé où pouvoir me retirer seule, avait été très difficile à vivre au début)

C ' est quand même intéressant: on a d' un côté la tradition monastique des pères du désert où la présence de Dieu se manifestait dans le silence et la solitude où la plénitude de l' Esprit, c' était l' extase mystique...  et d' un autre, l'église pentecôtiste des Corinthiens où la présence de Dieu, la plénitude de l' Esprit Saint se manifestait dans le brouhaha du parler en langues ...tant et si bien d' aillleurs que le pauvre apôtre Paul, habitué certainement à la liturgie bien organisée du judaïsme, et un peu dépassé par les événements, a essayé de remettre de l' ordre,  et qu' il n' y a pas été par 4 chemins en disant carrément  aux femmes...de la fermer! C' était toujours ça de pris!

D' un côté, on a ce Dieu dont on n' ose pas ou plutôt on ne veut ni prononcer ni écrire le nom de la tradition juive, de peur de l' enfermer dans nos définitions, et qui existe dans le silence tant le langage humain est inadéquat pour le cerner...ce Dieu que l' on ne peut entendre que dans le silence...

D' un autre, on a ce Dieu que l' on peut appeler Père et avant cela avec lequel on peut essayer de négocier le salut de la ville de Sodome commeAbraham ou peut-être même plus culotté,  on peut  comme Job interpeler Dieu et lui demander des comptes au milieu de sa souffrance.... et ce Dieu qui nous parle aussi dans les cris et les invectives de ses prophètes...

Et évidemment on a le livre des psaumes où là tout est permis: les pleurs, les lamentations, aussi bien que les chants et les danses, les cris de désespoir ou même de haine et de vengeance, et les expressions de repentir et de contrition, d' espérance de joie ineffable...le silence souvent entre les uns et les autres (combien de fois il y a cette mention " pause" au milieu d' un psaume)...

Et tant qu' on y est, il y a aussi ce monde si grand, si vaste, si divers ( la biodiversité, le mot du jour) où il fait chaud par ici et froid là-bas, où la jungle grouille de bruits multiples et le désert demande que l' on  prête l' oreille pour entendre quelque chose... et tous ces gens répandus sur notre planète, tous différents ( mais aussi tous semblables )...qui vivent dans des lieux et sous des climats tellement differents que pendant que les uns crèvent de chaleur les autres crèvent de froid, quand les uns vivent dans la lumière aveuglante du jour, les autres sont dans l' obscurité de nuits sans fin...

Pourquoi devraient-ils tous communiquer avec Dieu de la même manière, dans le même langage, avec les mêmes chants, dans des lieux à la même configuration uniforme?

                    *   *   *

Ce qui est sembable, dit ce fameux Paul, ce qui nous rassemble, ce ne sont pas nos habitudes ou nos liturgies, nos hiérarchies ou nos théologies...: nous ne créons pas l' unité, elle nous est donnée! On la reçoit en partage! Le verset préféré de toutes les réunions de la semaine de l' unité des chrétiens que l' on cite et recite, que l' on chante et rechante, une fois par an:

Il y a un seul corps et un seul Esprit, comme aussi vous avez été appelés à une seule espérance par votre vocationun seul Seigneur, il y a un seul Seigneur, une seule foi, un seul baptême, un seul Dieu et Père de tous, qui est au-dessus de tous, et parmi tous, et en tous.…

 Un seul Esprit qui se manifeste quand il veut, comme il veut où il veut! L' Esprit de Dieu est incontrôlable!

Alors voilà, aujourd' hui, il se manifeste pour moi plus dans le silence que dans la parole.
( ça doit être le retour aux sources, ou peut-être d' avoir trop vu derrière les belles paroles se cacher des langues de vipère...merci à l' apôtre Jacques de l' avoir dit avant moi!)

                    *   *  *
Il reneige!

Vive la neige qui recouvre tout de son silence!

 

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