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simone-over-blog Vivre la foi chrétienne au quotidien ici et ailleurs: réflexions , réactions et méditations en chemin.

De la shoa, de l'avortement, et de la prière pour les morts...

Simone

 

Le 6/7/8/9 juillet 2018 : ça fait beaucoup à la fois!

Les vacances d'été : l'exception française....c'est les grands départs avec les trains bondés et les routes encombrées, cette migration des français pendant l'été apparaît unique et difficile à comprendre ou à expliquer outre atlantique (peut-être est-elle aussi européenne) : comment peut-on mettre en sourdine toute une vie politique et économique pendant deux mois ? ( sauf qu'évidemment il y a toute une économie qui s'est mise en place autour des congés payés et qui permet aux régions de vivre grâce au tourisme). Une exception française que l'on trouve tellement normale quand on y est habituée qu'on se demande comment on pourrait vivre sans l'attente de ce moment béni qui vous permettait de tenir pendant l'hiver...Un sabbat prolongé.... mais qui sait si ce rythme vacancier viendra aussi à disparaître avec ce rouleau compresseur qu'est la mondialisation ?

En vrac:

les matchs...la France qui gagne et le Brésil éliminé. Beaux matchs : le plaisir de voir du beau football

Pendant ce temps-là , ceux qui s'occupent de choses sérieuses, les théologiens (et il faut préciser les théologiennes) continuent à vivre au Moyen âge...pendant que le monde flambe ils (et elles) discutent de quoi ? Du sexe des anges ? Non du sexe de Dieu....évidemment on ne dit pas du sexe de Dieu, ce serait trop choquant mais du genre de Dieu ...c'est l'église épiscopale (anglicane) qui s'interroge sur sa liturgie pour savoir si elle doit utiliser les pronoms et les adjectifs féminins quand on parle de Dieu..( en anglais avec les pronoms possessifs qui s'accordent avec les sujets, la question se présente différemment). Je cite la une avec une traduction rapide en français :

Is God gender-neutral? Episcopal Church debates altering language in Book of Common Prayer to make it clear 'God is not male'( est-ce que le genre de Dieu est neutre ? L'église épiscopale ( anglicane) discute sur l'idée de changer le langage du « Book of Common Prayer »pour montrer clairement que Dieu n'est pas masculin »

Franchement, il ne faut vraiment rien avoir à faire pour passer du temps à discuter ce genre de choses....et franchement aussi, est-ce que vous prenez vos paroissiens pour des imbéciles... ( ce qui est le cas d'ailleurs de nombreux théologiens) Combien d'entre eux croient que Dieu est un mâle....ou un homme....On sait très bien que Dieu n'est pas un homme, ni non plus un être humain...C'est de là que vient l'interdiction d'en faire des images...pour éviter ce genre d'ineptie.

Préoccupez-vous plutôt de secourir les femmes qui meurent de faim ou n'ont pas accès à l'éducation ni aux services de santé, il y a suffisemment d'injustices commises contre les femmes et de causes à défendre, pour ne pas perdre son temps à ce genre de discussion : vous risquez de faire comme les scribes et les pharisiens à qui Jésus disait «  vous filtrez votre boisson pour en éliminer un moustique, mais vous avalez un chameau » C'est facile de changer quelques pronoms dans un texte d'une prière, ça n'engage personne et ça donne bonne conscience. Bref...regardez les matchs, ça vous changera les idées...

 

* * *

La Shoa...

Cette semaine, avec la mort de Lanzman et la mise au Panthéon de Simone Veil et son mari ( bon leurs dépouilles bien sûr) est revenu sur la scène l'histoire de la Shoa (l'Holocauste comme on l'appelle autre part)....avec toutes les polémiques qu'elle a suscité et qu'elle continue à susciter à commencer par la question palestinienne que j'évoquais à propros d'Heschel. Serait- il possible de séparer les deux : l'horreur de la Shoa, peut- elle rester un événement unique qu'il faut connaître et ne pas oublier tout en la séparant de la question Palestinienne aujourd'hui ? Peut-on les dissocier ? Peut-on condamner l'un et l'autre sans toutefois les comparer : bien sûr que le traitement des Palestiniens aujourd'hui ne peut pas être comparé à la Shoa, bien sûr... il n'en est pas moins injuste... On se sent piégé par l'histoire.

Peut-être parce-qu'on oublie souvent qu'il y a aussi des Israéliens qui dénoncent les abus commis contre les Palestiniens ainsi que la colonisation … comme de même du temps du Christ, il y a eu des juifs qui étaient pro-Jésus et d'autres qui l'ont condamné. Mais c'est toujours plus facile quand on veut dénoncer les autres de faire appel à leur spécifité identitaire et les condamner ou les disculper tous en bloc sans se rendre compte qu'en faisant cela on nourrit les haines des uns et des autres...

Je me souviens de cette conférence de l'archevêque, Elias Charcour, Palestinien, auteur du livre « Frères de sang » et apôtre de la non-violence, quand il disait que les chrétiens en occident qui défendaient la cause palestinienne comme ceux qui défendaient la cause israelienne, envenimaient le conflit car ils ne vivaient pas sur place et leurs opinions n'étaient pas nuancées. Et c'est cela le problème quand on défend des opinions et pas des personnes, alors on cesse d'être artisan de paix ! Venez travailler avec nous disait-il, au lieu de polémiquer sur la question. Souvent le problème c'est qu'on ne sait pas de quoi on parle, car au lieu d'écouter les gens qui vivent sur place, on s'auto-proclame porte-parole d'une cause au lieu de faciliter la prise de parole à ceux qui sont concernés..

En tout cas, pour en revenir àu décès de Lanzman rien qu' en lisant les commentaires des internautes on note la polémique que suscite la question juive...Justement son film la Shoa est présenté à la télévision : moi qui ne l'avais jamais vu je le regarde sur Arte, en tout cas des extraits...

Sans commentaire : on risquerait d'en dire trop

* * *

Le lendemain...

Quand même... cet épisode de l'horreur avec tant et tant de victimes et surtout la mise en place de moyens sophistiqués pour exterminer des centaines de milliers de personnes suscite beaucoup de questions, et là il me semble plus pour le croyant que l'incroyant car on se demande vraiment comment Dieu a pu laisser son peuple être conduit comme des moutons à l'abattoir, mais pas un, mais pas cent, mais pas 100.000 mais plus d'un million et quand on dépasse une telle quantité, il arrive à un moment donné où les chiffres sont tellement énormes que dans notre imagination ils ne correspondent plus à rien.....Le problème du mal, ici n'est plus un thème de discussion stérile dans l'enceintre protégée ou cossue d'une Université ou d'un séminaire...(il faudra que je trouve des témoignages là-dessus) mais d'une réalité incompréhensible

Mais la Shoa interroge aussi ceux qui sont athées, car cette horreur remet en cause toutes les descriptions conciliantes, ou apaisées de l'humanité : la violence pour la survie est compréhensible, mais cette violence là, cette entreprise de mort à grande échelle, qu'est-ce qu'elle nous dit sur la « nature » de l'être humain ? Sur le progrès de l'humanité ? Maintenant qu'on a cessé de dire que c'était leur identité d'allemands qui expliquait tout..

( on veut toujours expliquer les massacres de l'histoire par les circonstances du moment et l'identité particulière d'un groupe car de cette manière on en fait un moment unique mais surtout étanche aux risques de contamination sur nous tous, on l'isole du Nous maintenant, pour en faire un « eux en ce temes là » ...et l'on peut en sortir sain et sauf)

On ne peut pas éluder la question de qui est l'être humain et la réponse 'scientifique' qui fait de lui uniquement un animal supérieur évolué est une arnaque intellectuelle qu'il faut dénoncer : on devrait en être conscient en cette Europe qui a pu produire cette monstruosité qu'a été la Shoa (en même temps qu'elle a proclamé et continue à le faire, haut et fort la mort de Dieu) Après cette catastrophe c'est la chute de l'homme rationnel imaginé qu'elle devrait proclamer, cet être humain fantasmé du siècle des lumières auquel on s'accroche encore.

Et en ce sens, le devoir de mémoire de la Shoa, ne peut se restreindre à la question juive mais doit être un miroir pour l'humanité qui lui rappelle inlassablement  : voilà de quoi vous êtes capable et ne l'oubliez pas, que vous soyez juifs, allemands ou français, ignorants ou cultivés, regardez à quels abîmes le mal qui existe en vous est capable de vous conduire, et une fois que la machine est engrangée qui l'arrêtera avant qu'elle ne broie des milliers de victimes...

(Mais regardez aussi ces justes qui brillent comme une lumière au milieu des ténèbres trop peu nombreux malheureusement pour que vous puissiez croire que vous en auriez été l'un d'eux au lieu de faire partie du gros de la troupe, indifférents, lâches ou même traitres )

* * *

« Celui qui croyait en Dieu et celui qui n'y croyait pas » commence un poème connu d'Aragon pour rendre hommage aux résistants comme si ça avait été indifférent...mais ça ne l'a jamais été, ou plutôt le problème est mal énoncé, car c'est ce en quoi on croit profondément qui nous pousse à l'action, pas ce en quoi on ne croit pas... et c'est cette capacité de croire et d'avoir des convictions morales sur ce qui est juste et ce qui ne l'est pas, sur ce qui est bien et ce qui est mal qui nous caractérise...L'ADN de l'être humain comporte un gène religieux immatériel, l esprit qui le rend capable du meilleur comme du pire et dont la réalité ne fait pas de doute même si l'explication relève du domaine de la foi.

En filigrane de tout cela, les commentaires sur des sites du judaïsme francophones tournent autour de savoir qui de Lanzman ou De Simone Veil étaient vraiment athées. Pour beaucoup de personnes qui vivent en dehors de l'Europe occidentale, la notion de juifs athée est totalement incompréhensible( un oxymore) et essayer de définir le judaïsme en dehors de paramètres religieux est une ineptie.. Pourtant pour toute une génération de juifs français intellectuels, le judaïsme en termes religieux n'a pas été constitutif de leur identité : c'est quand est venu la guerre qu'ils ont découvert qu'ils étaient juifs (Un sac de billes de Joseph Joffo dont on a fait un film qui vient de sortir, semble-t-il: http://www.allocine.fr/film/fichefilm_gen_cfilm=235620.html).

Toujours est-il que ces sites notent que Lanzman avait demandé de ne pas avoir un enterrement religieux tandis que Simone Veil avait elle demandé qu'on dise le kaddish, prière traditionnelle pour les morts preuves selon certains de ses sentiments religieux...En tous les cas, comme l'un comme pour l'autre, la plongée dans la Shoah qu'ils ont fait ou on refait pour Simone Weil qui avait été déportée, la dimension religieuse du judaïsme a dû apparaître comme une réalité incontournable.

* * *

Simone Weil ou Simone Weil ?

Entendre parler ces dernières semaines de Simone Veil et surtout entendre dire que sa plus grande réussite, c'était d'avoir fait voter la loi en faveur de l'avortement, a suscité de nombreux doutes dans mon esprit...moi, j'en étais restée à une Simone Weil juive certainement, mais qui s'était convertie, il me semblait au catholicisme mais qui était décédée en 1943, pendant la guerre...Il y a même un lycée à Clermont-Ferrand qui porte son nom....J'ai donc vérifié et vu qu'il y en avait deux, et que les deux étaient très différentes...

Il y a bien une autre Simone Weil, philosophe, ( mystique disent certains, terme que je n'aime pas) engagée qui a écrit des textes magnifiques sur la foi chrétienne même si elle ne s'est jamais fait baptisée ni n'a non plus ait jamais rejeté son identité juive...Personnage fascinant semble-t-il, d'une radicalité extrême dans sa volonté de partager la souffrance de son peuple même si elle pouvait échapper à leur destin, elle est décédée en Angleterre de la tuberculose combinée avec une faiblesse extrême à cause de sa volonté de survivre sur les mêmes rations que celles de juifs dans les camps... par solidarité

( On peut s'interroger sur cette terrible culpabilité mortifère de tant de survivants qui les a conduits au suicide ...impressionnant le pouvoir destructif de cette extermination qui convainc jusqu'aux survivants qu'ils n'ont pas le droit de vivre...)

En tout cas, quelqu'un qui vaut la peine d'être connue mais qui est éclipsée par l'autre Simone Weil ancienne ministre de la santé.

La question de l'avortement

Je dois avouer que je me suis sentie mal à l'aise de la manière dont on en a fait l'éloge de cette autre Simone Weil pour avoir présenté et défendu la loi sur l'avortement au parlement comme si elle n'avait fait rien d'autre de mieux que cela, ou qu'elle en aurait fait l'apologie ...car si l'on écoute son discours, elle dit bien que l'avortement est une tragédie pour les femmes mais qu'on doit décriminaliser cet acte pour empêcher les avortements clandestins avec toutes leurs conséquences fatales. Il n'y a pas l'argumentation actuelle,qui en banalise le recours, aseptise la pratique et en fait un droit  des femmes à "disposer de leur corps" comme si l'enfant à naître n'existait pas : l'accent est ailleurs...

Mais malheureusement, cette loi qui était nécessaire a dérapé dans son intention et la pratique actuelle de l'avortement qui aurait être dû être rare étant donné les méthodes de contraception qui sont offerts aujourd'hui, est devenu un acte dont on minimise la portée et la gravité. Entre les femmes qui continuent à y avoir recours dans la douleur pour bien souvent faire plaisir (sinon obéir) à un homme irresponsable et celles qui le font sans état d'âmes, l'avortement n'est jamais un acte anodin et le présenter seulement comme un droit de la femme, est un raccourci de mauvaise foi qui ne permet pas un dialogue honnête sur la question...Pas plus d'ailleurs que les théories qui disent qu'il y a un être humain au sens fort du terme, quelques secondes après la fertilisation...Le mystère de l'humain...

* * *

Bon, je crois que ça suffit pour aujourd'hui !

Hier au village, les cloches de la chapelle où l'on ne dit la messe qu'une fois par an, ont sonné...pour annoncer qu'il y avait eu un décès...Ce n'était pas un glas mais un carillon joyeux et la manière dont le carillon est sonné, indique s'il s'agit d'une femme ou d'un homme ( m'a expliqué une dame du village qui était venu sonné les cloches avec son fils) Le carillon sonnera de nouveau, demain après-midi à la messe d'enterrement, occasion pour les gens du village et des alentours de se retrouver...On ne rate pas une messe d'enterrement.... ( par contre la procession jusqu'au cimetière derrière le corbillard....quand il fait chaud est moins concouru)

Je m'étonne de ces coutumes qui résistent et de cette France de la campagne déchristianisée et fort peu pratiquante qui se retrouve encore auprès d'une église pour le temps d'un enterrement....preuve que....preuve que....(tirez-en vos propres conclusions


 

* * *

En tout cas, je termine en donnant les paroles magnifiques que je viens de découvrir du kaddish (consciente qu'il y a beaucoup de variantes) que l'on prononce au moment de la mort, qui s'ouvre par cette proclamation de la grandeur de Dieu et termine par une supplication pour la paix.... ( pour plus de détail sur cette prière, allez au site indiqué où vous trouverez le texte en hébreu et une version un peu différente)

Traduction française du Kaddish :

Magnifié et sanctifié soit le Grand Nom dans le monde qu’il a créé selon sa volonté,
et puisse-t-il établir son règne, faire fleurir son salut, et hâter le temps du messie,
de votre vivant et de vos jours et des jours de toute la maison d’Israël,
dès que possible et dites : amen !
Puisse son Grand Nom être béni à jamais et dans tous les temps des mondes,
béni et loué et glorifié et exalté,
et élevé et vénéré et élevé et loué soit le Nom du Saint, béni soit-il,
au-dessus de toutes les bénédictions et cantiques et louanges
proclamés dans le monde, et dites : amen !
Qu’une paix parfaite et une vie heureuse nous soient accordées à nous et à tout Israël,
que celui qui fait régner l’harmonie dans les sphères célestes l’étende parmi nous et dans tout Israël, et dites : amen !

http://s154905991.onlinehome.fr/index.php?option=com_content&view=article&id=97&Itemid=224

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Prière pour Israël...prière qui exprime ce que tous les peuples désirent : la paix.

Que ton Règne arrive que ta volonté soit faite sur la terre comme au ciel !

Celle-là qui commence aussi par demander que le nom de Dieu soit sanctifié, prolongation ou expansion de l'autre, cette nouvelle variante donnée par Jésus...

Et que l'on prononcera demain dans cette petite chapelle...


 

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