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simone-over-blog Vivre la foi chrétienne au quotidien ici et ailleurs: réflexions , réactions et méditations en chemin.

Diminuer pour qu'il grandisse

Lundi 13 Novembre,  Librairie ( celle où l'on peut lire gratuitement mais prendre un café payant, un bon café, ce qui n'est pas toujours gagné ici)

Ce matin, j'ai décidé finalement de ne pas être ailleurs mais d'être ici....ce qui veut dire, ne pas rester chez moi ….chez moi où je peux me connecter et écrire un blog en français dans une langue qu'on ne parle pas autour de moi, et donc à des gens qui sont absents de ma réalité.

Être présente ici ça veut dire me déconnecter.... et là je me rends compte combien cette technologie qui nous permet d'être branché a ses limites....quand elle nous empêche d'être proche... de notre prochain et c'est ce que je me suis dit en décidant d'accepter d'aller à une réunion de pasteurs à une heure de route.. c'était accepter de vivre ici, de m'engager où je suis...

J'arrive à un moment où le temporaire et l'incertitude me pèsent, ou être assise entre deux chaises devient de plus en plus problématique : mon esprit oscille entre un lieu et un autre, entre une langue et une autre....peut à peu l'une s'estompe et l'autre prend le dessus. C'est difficile de vivre dans plusieurs mondes à la fois et c'est pour ça qu'on peut voyager beaucoup mais en réalité ne jamais vraiment partir de chez soi: si on ne change pas de langue et surtout pas d'interlocuteur ; on observe peut-être un monde différent, mais si on part en voyage pour raconter après ce qu'on a vu, que ce soit une thèse, un article de journal ou compte rendu de mission, on n'est pas vraiment parti.

Pour vraiment communiquer, il faut d'abord écouter avant de parler … .et c'est pourquoi je suis très sceptique de tous ses gens qui font des missions de quelques semaines ou même de quelques jours (mission quelle soit religieuse ou pas) et qui viennent décharger leur cargo de mots, de concepts, d'idées de théories, d'enseignements sur un public plus ou moins attentif mais en général poli envers ces gens aux motifs divers.....et dont les enseignements sont plus ou moins utiles, plus ou moins viables dans l'endroit où ils se trouvent et comme en général il y a toujours un repas offert avec le conférencier alors pourquoi ne pas se faire plaisi et y assister.....Évidemment pour le conférencier c'est tout bénéfice : ça ajoute des galons à ces manches, la mention internationale à son CV et en plus il a voyagé gratuitement...

Par contre lui Jésus, "il a habité parmi nous » pendant plus d'une trentaine d'année...il a mangé avec nous, participé à nos fêtes et nos enterrements...

Mais là je digresse un peu trop....j'ai commencé cette réflexion, parce-que j'ai de nouveau lu mais cette fois-ci dans une petite revue de méditation chrétienne un article oui, sur la méditation de pleine conscience et qui citait un livre que je n'ai pas lu et qui semble être un classique selon l'auteur de l'article : « Living Buddha, living Christ. ». de Tchit Nhat Han......et à ma grande surprise, je découvre que c'est un moine d'origine vietnamienne qui vit en France où il a fondé une nouvelle secte bouddhiste dont l'une des idées centrales est la « méditation de la pleine conscience » Tout s'explique donc ! Étant donné qu'il a enseigné à la fois en France et aux États Unis, ce n'est pas étonnant que la méditation de la pleine conscience soit devenue aussi populaire dans notre monde à nous... !

Ce que je lis sur lui en tant que personne et ses actions en faveur de la paix et de la non violence me semblent tout à fait digne d'admiration et c'est pour son action contre la guerre au Vietnam particulièrement qu'il a été connu aux États Unis ( il était aussi professeur à Princeton) et apprécié de personnes comme Thomas Merton et Martin Luther King, ce dernier l'ayant proposé comme candidat au prix Nobel pour la paix. Donc a priori, c'est quelqu'un qui me plaît...

jusqu'à ce que..... j'aille sur le site du village des Pruniers où se trouve son centre et là tout à coup, je me sens très mal à l'aise....car c'est vraiment un culte qu'on lui rend. Ce n'est pas une méthodologie qu'il enseigne mais un discipulat : il y a un appel à le suivre, lui le Maître (avec m majuscule)....et les autres ce sont ses disciples...il est véritablement devenu un bouddha... Je cite ici les paroles qui m'ont fait grincer des dents écrites à l'occasion de ses 91 ans :

« Au Village des Pruniers, nous ne disons pas “Joyeux Anniversaire” ; à la place, nous nous souhaitons “Joyeuse Continuation”. Qu’est-ce qui continue ? Qui est continué ? Aujourd’hui nous pouvons contempler la continuation de Thay ainsi que celle de ses disciples, qu’ils soient laïcs ou monastiques. Qu’est-ce que ça veut dire de continuer Thay? En tant que disciples de Thay, vous devez être sa continuation à travers chaque respiration et chaque pas que vous faites »

Et c'est là que je ne peux pas suivre....et c'est là que nos chemins se séparent. Certainement bien des enseignements sont compatibles avec ceux de Jésus, mais compatibles ou pas compatibles n'est plus la question, mais de qui je suis le disciple est la question centrale. Je ne peux pas avoir d'autre maître que Jésus-Christ.

C'est là le piège.

Je garde toujours les paroles de Jean Baptiste en tête comme ma mantra ( pour utiliser le mot à la mode) « Il faut qu'il croisse et que je diminue » Il est intéressant de noter, comme pour le cas de ce moine bouddhiste, Jean avait des disciples, et ses disciples l'appelaient maître....mais Jean a rectifié le tir en disant bien à ses disciples de se tourner vers un autre que lui, de suivre un autre que lui... C'est le message que doit donner tout chrétien quelque soit son rôle, le messager n'est pas le message...

 «  Ils vinrent trouver Jean, et lui dirent: Maitre (Rabbi) celui qui était avec toi au delà du Jourdain, et à qui tu as rendu témoignage, voici, il baptise, et tous vont à lui. Jean répondit:(...) Je ne suis pas le Christ, mais j'ai été envoyé devant lui. Celui à qui appartient l'épouse, c'est l'époux; mais l'ami de l'époux, qui se tient là et qui l'entend, éprouve une grande joie à cause de la voix de l'époux: aussi cette joie, qui est la mienne, est parfaite. Il faut qu'il croisse, et que je diminue »


Et c'est ça le piège...

Pas seulement pour les maîtres à penser bouddhistes, mais pour ceux qui sont chrétiens....que nous on croisse et que lui il diminue....

Seigneur, garde-nous, de tomber dans cet abîme..

 

P.S Quelques réflexions personnelles de plus sur le bouddhisme

La première fois que j'avais lu des textes classiques des écritures bouddhistes, j'avais été frappé par le fait que tous ces textes disaient que la souffrance était au centre de l'expérience humaine. Je ne sais pas pourquoi je ne m' y attendais pas … mais ça m'avait interpelé surtout que pendant longtemps j'avais pensé que vivre était vraiment douloureux et éviter la souffrance ou arriver à la diminuer avait été une de mes préoccupations majeures.( ça l'est toujours un peu!)

Le remède que les différentes traditions bouddhistes donnaient, c'était le détachement de tout ce qui était éphémère pour ne pas souffrir et la méditation était le moyen d'y arriver. Méditer ( la méditation de pleine conscience en est seulement une forme)était donc central aux pratiques bouddhistes et ce qui permettait d'arriver au bonheur à la sérénité, en se débarrassant de nos mauvais désirs, nos émotions négatives et nos attachements terrestres, pour cheminer vers la lumière, la pureté, la perfection, le nirvana etc.....

Et tout à coup quand j'y ai pensé, j'ai pris conscience (ah ah) que ce que Jésus avait fait et préconisait c'était le mouvement complètement inverse : ce n'était pas se détacher de l'éphémère pour arriver à l'éternité mais au contraire abandonner l'éternité pour se plonger dans l'éphémère, pour marcher dans le chaos et la confusion du vivre au jour le jour, « il est venu habiter parmi nous ». Le mal, il l'a vaincu en fonçant la tête la première, et c'est pour ça que nous on peut y aller derrière lui...

Alors ça aussi ça change tout....Ça change tout pour nous aussi qui le suivons.

« Je ne te prie pas de les ôter du monde, mais de les préserver du mal. Jean 17:15

Alors, méditer pas pour se détacher du monde, pour se laisser ressourcer par Dieu, et y retourner...

 

 

 

 

 

 

 

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