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simone-over-blog Vivre la foi chrétienne au quotidien ici et ailleurs: réflexions , réactions et méditations en chemin.

Heureux vous qui savez faire la fête...

Lundi 9 octobre, de retour chez nous...

J'aime bien partir et j'aime retourner chez moi : je dis "chez moi" quand je reviens à un lieu où j'ai vécu plus de 3 mois. C'est ça que j'avais calculé, qu'il me fallait à peu près trois mois pour qu'un lieu nouveau devienne un chez moi. Moins évidemment quand c'est un endroit où j'ai déjà habité.

Quelques jours seulement et le paysage et le climat ont changé. Certains changements étaient attendus, comme le fait que la moisson du soja ait été faite dans nos champs comme dans tous ceux des alentours, et qu'il y ait beaucoup plus de feuilles aux couleurs automnales qui jonchaient la pelouse. Mais ce qui était totalement imprévu c'est que l'on retrouve en ce mois d'octobre, la chaleur et l'humidité étouffante de l'été : on était content de voir de la pluie mais ce n'était pas une pluie fraîche d'automne, c'était une pluie chaude qui venait certainement de la dernière tempête tropicale (Nate était le nom) qui était remontée jusqu'à chez nous.

Moralité, les pèches que j'avais laissées mûrir dans un récipient dans la cuisine, avaient commencé à pourrir avec le désagrément de voir des petits vers blancs gigoter dessus...Heureusement que cette fois-ci le réfrigérateur avait fonctionné correctement et que la nourriture à l'intérieur n'était pas abîmée (finalement la réparation qu'a faite mon mari a été efficace, donc pas de nouveau réfrigérateur...)

L'actualité n'est pas réjouissante : j'ai jeté un coup d'oeil et les dernières décisions de l'administration en place ne font certainement pas avancer les valeurs du royaume de Dieu et encore moins ces règlements de compte à travers twitter des hommes politiques qui sont indignes du mandat qui leur a été confié.

Mais le royaume de Dieu se manifeste autre part heureusement !  Et ce n'est pas chez les puissants !

Samedi soir, à Washington, dans la maison attenante à celle où l'on était, où s'entassent plus d'une dizaine de latinos ( le nombre varie) dont le statut légal laisse certainement à désirer, il y avait une fête d'anniversaire, ce qui veut dire, musique à fond dans le patio de derrière, jusqu'à au moins 3 heures du matin...On ne risquait pas de dormir ni non plus les autres voisins, mais qui se plaindrait dans un quartier, où il n'y a pas encore beaucoup de nantis et où faire la fête c'est ce qu'il y a de plus normal. Quand la vie n'est pas particulièrement facile, on aurait tort de ne pas s'éclater de temps en temps, en mangeant bien, en dansant et en buvant peut-être …..un peu trop !

Ils jettent de l'argent pas les fenêtres diraient certains, ils feraient mieux de mettre de l'argent de côté diraient d'autres et  de se tenir à un budget raisonnable pour ne pas se retrouver sans un rond à la fin du mois pour payer le loyer et les charges sans parler de tous les choses à crédit dont ils n'ont pas besoin...Nous, disent leurs critiques (qui n'ont jamais connu la précarité ou la pauvreté), on n'achète pas une TV grand écran pour regarder les matchs de foot ou des jouets inutiles pour nos enfants ni des meubles avec des dorures pour décorer notre intérieur …..( je connais bien tous leurs arguments!)

Qu'importe les rabat-joie, eux, ils ont partagé leur festin avec nous: on a été invité à rejoindre la fête ou petits et grands, jeunes et vieux mangeaient et dansaient et où il y a eu l'inévitable piñata que les enfants ont frappé avec un bâton pour qu'en sorte toutes sortes de bonbons colorés  . En plus il y avait un vrai DJ et des lumières de toutes les couleurs qui changeaient au rythme de la musique, un vrai night club, tout ça sur le porche et pas besoin de papiers d'identité pour entrer! On était bien loin de ces réceptions exclusives, vernissages de tout poil, où il y a un garde à l'entrée qui fouille les sacs et vérifie l'identité des invités ! Quand on a tellement à perdre, on a peur d'être volé!

Chaque fois que je suis invitée à ce genre de fêtes, je suis frappée par la générosité de ces personnes qui vivent vraiment au jour le jour, et du naturel avec lequel elles partagent ce qu'elles ont. J'admire aussi leur débrouillardise qui leur permet de survivre et qui est possible, en grande partie grâce à l'entraide qui existe : pas besoin de comité spécialisé qui analyse à la loupe les demandes des uns et des autres pour savoir qui est digne de recevoir l'argent du trop plein des plus fortunés. Si ton voisin/frère a faim, tu lui donnes à manger sans lui reprocher d'être sans le sou parce-qu'il a fait la fête la veille...

Comparé à ça, moi avec mes calculs d'apothicaire, je ne fais pas le poids !

Mais surtout quand je vais à ces fêtes, je pense à Jésus qui semblait-il y allait sans arrière pensée. Tout le monde connaît au moins, l'histoire des noces de Cana où il a transformé l'eau en bon vin pour un groupe de personnes qui de toute évidence avaient déjà trop bu (ici ça aurait été de la bière, et ça aurait été vers une heure du matin quand les réserves ce seraient terminés et tous les magasins auraient été fermés) :

"Le troisième jour, il y eut des noces à Cana de Galilée, et la mère de Jésus y était. Jésus aussi fut invité à ces noces, ainsi que ses disciples (…) Jésus leur dit : " Remplissez d'eau ces jarres. " Ils les remplirent jusqu'au bord.  Il leur dit : " Puisez maintenant et portez-en au maître du repas. " (…) le maître du repas appelle le marié et lui dit : " Tout homme sert d'abord le bon vin et, quand les gens sont ivres, le moins bon. Toi, tu as gardé le bon vin jusqu'à présent ! " ( Jean 2:1-10)


Au fil de la soirée j'ai appris que tous venaient du Salvador ou de Honduras. Une femme m'a raconté qu'elle venait d'arriver avec ces 3 enfants et son mari il y avait à peine 2 mois C'était son frère qui les avaient aidés à venir et elle n'avait pas encore trouvé du travail.  Elle m'a parlé d'un de ces enfants qui « gracias a Dios » était encore en vie après avoir été opéré à plusieurs reprises. Je n'en ai pas su beaucoup plus. Mais qu'un certain Jésus  pouvait faire des miracles, comme changer de l'eau en vin, de ça elle était au courant...Pas besoin de lui expliquer !

Je me suis interrogée si toutes ces personnes n'étaient pas à la merci d'un raid de ICE (Immigration and Customs Enforcement) en faisant la fête à la vue de tous. Personne, bien sûr n'aurait appelé la police pour se plaindre du bruit, car m'a -t-on expliqué, comme Washington est une ville sanctuaire, s'ils ne commettent pas de délits, ils ne peuvent pas venir faire une descente chez eux. Par contre, si quelqu'un les avait appelés pour se plaindre, ils auraient été obligés d'intervenir. La solidarité ça existe !

Cela ne veut pas dire que j'idéalise ces fêtes ni la vie de ceux qui y participent : vivre dans la précarité pour ne pas dire la misère ne fait pas des gens automatiquement des saints, loin de là! Pourtant Jésus a bien dit :

"Alors Jésus, levant les yeux sur ses disciples, dit: Heureux vous qui êtes pauvres, car le royaume de Dieu est à vous!" Luc 6:21

(parce-qu'ils savent faire la fête?)

En tout cas, il a bien dit que le « royaume de Dieu » leur appartenait, il n'a pas dit ça aux puissants...

P.S : Bien entendu on préfère souvent  la version qui dit «  bienheureux les pauvres en esprit » car on se sent moins exclu et on peut garder ses richesses...mais c'est pas de ma faute s'il a dit cela !

 

 

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